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Billet de blog 30 mai 2020

MANIFESTER : LES SIGNES DU TRÈS GRAND HÔTEL

Atelier ouvert du Très Grand Hôtel, contre-centre d'hébergement pour Paris et au delà. Etude n°4 – dessins : Maëlle Berthoumieu.

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1. Des signes avant-coureurs

Construire sans reconnaître au préalable l'existence de constructions en puissance, c'est faire violence au monde, y compris même si c'est d'abri dont il s'agit. Ce sont les mouvements de rapprochement qui font la ville, ce sont les gestes qui sont porteurs, non les murs. Elargir ce qui porte, tel est l'horizon de ce projet de construction qu'est le Très Grand Hôtel. Architecture de milieu, il est un bâtiment archipel, haut-lieu public articulé à une constellation de chambres, dont les fondations sont constituées de la matière même des actes d'hospitalité d'ores et déjà affirmés. Il est manifeste en cela qu'il rend manifeste ce que notre monde contemporain a de plus précieux. Il est magnifique en cela qu'il fait la lumière sur ce qui, au beau milieu du désastre, n'est pas de l'ordre du désastre. Il est majestueux en cela qu'il fait retentir la puissance et la portée du soin, de la bienveillance, de l'amitié qui s'inventent malgré la violence qui gouverne. Il éclaire ce qui, contre les politique mortifères des temps présents organisant l'éloignement de tout et de tous, se présente plein d'avenir : nos rapprochements.

Depuis plus de trois ans, les Petits déjeuners solidaires construisent sans relâche, ici-même, au cœur du 19e arrondissement de Paris. C'est un réseau dense et complexe qui, sur la carte, dessine dans toute sa vigueur et son épaisseur ce que l'on a coutume de nommer un quartier, la quintessence d'une ville. Qui doit apparaître aux yeux de tous. C'est un rassemblement quotidien qui assure un petit déjeuner de combat, dans la joie et la détermination, en musiques et en danses. Qui doivent retentir. C'est plus d'une vingtaine de langues parlées, mêlées, métissées, vives et vivantes. Qui doivent embellir les murs de nos rues. Ce sont des images, des textes, des signes, des traces, des emblèmes, des histoires à faire se déployer pour dire la permanence et la beauté, pour dire la détermination et la joie, pour dire la pluralité et la rencontre, pour dire qu'il n'en sera pas autrement.

2. Des traces du futur

À la force de nos gestes contre toutes les barrières, nous ferons tomber celles qui encagent la Cour du Maroc, et nous dresserons sur la ligne qu'elles traçaient une forêt de drapeaux portant, couleur or, les mots et les signes de nos ralliements. Suivant l'élan des déploiements quotidiens de tables et de chaises et de tentes et de barnums, nous dresserons une généreuse et victorieuse architecture de bois parée de toutes les écritures, annonçant dans les 20 langues l'amitié qui fait lieu ici-même. Dans le prolongement de nos actions d'augmentation de la signalétique de la ville et du métro parisien, nous égrainerons les signes et les textes de cette amitié pour orienter, pour informer, pour manifester, pour écrire encore combien seule cette amitié là est soutenable, pour affirmer encore combien l'acte d'hospitalité devrait être inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Inspirés par le souffle incroyable de la Permanence chorégraphique de la Chapelle qui régulièrement emporte les corps et fait danser plus que de raison, nous ferons se répandre, en fils dorés, la rumeur que quelque chose se passe ici-même, qui ne peut manquer de se passer ailleurs. À l'écoute des trésors de la librairie voisine Le Rideau Rouge comme de la Bibliothèque municipale Vaclav Havel, nous tirerons encore des fils de textes, traduirons et re-publierons cette poétique de l'hospitalité contenue, par fragments, dans les innombrables livres disponibles tout autour de la Cour du Maroc. Et ces textes, ces lettres, ces mots connus ou inconnus, ces signes d'une identité de l'UNESCO à réinterpréter comme d'une poésie lointaine à interpréter, nous les ferons gagner les rues, les immeubles, les seuils, les intérieurs enfin de ces chambres en constellation du Très Grand Hôtel. Jusque dans la lumière de ces chambres, jusque sur le coussin, jusque sur la porte ou sur la fenêtre, la certitude que nous ne sommes pas seuls doit s'écrire en langues multiples, en signes dorés et argentés, de l'éclat de ce qui nous est le plus cher. Car c'est ici-même aussi que la bâtisse se dresse, dans ces espaces intérieurs co-habités depuis des mois, des années, par les hôtes et les hôtes qui, se rapprochant, font de la politique.

Le Très Grand Hôtel sera la forme que l'on donne à nos présences multiples et rassemblées dans la ville pour construire une autre vie que celle, irrespirable, que les procédures policières et sanitaires organisent. Ici-même, dans le 19e arrondissement de Paris, il sera matériel et immatériel, architecture de gestes et de signes comme architecture de tissus et de bois. Il reste à faire, mais le plus difficile est fait : nous le savons parfaitement pensable et possible, désirable et nécessaire. En un mot : imparable. Alors le ferons-nous ici, et en transmettrons-nous les plans et les signes et les langues ailleurs pour que tout autrement à Bruxelles, à Lesbos, à Rome, à Bordeaux, à Nantes, à Briançon, à Athènes, il rende manifestes les actes d'hospitalité multiples et épars qui seront inscrits, bientôt, à notre patrimoine commun. Nous construirons le Très Grand Hôtel comme on légende ce qui est, comme on écrit la légende de ce qui vient.

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