Tout autour. Une oeuvre commune - Déclaration d'hospitalité n°10

Déposition infinie écrite à partir de témoignages reçus de France et de Navarre. Déclamée lors de Nuit Blanche Paris, samedi 7 octobre, Place Baudoyer, de 19h à 2h. Versée dans la collection du FRAC Centre le 12 octobre. Poursuivie bien au-delà, à partir de nouveaux témoignages qui nous parviendront à contact@perou-paris.org. Pour qu'enfin soit neutralisé le "délit de solidarité".

Charlotte K., retraitée habitant Sainte-Marie-aux Mines, est bénévole aux Restos du cœur de la ville. Elle connaît le prénom et veille à satisfaire les goûts alimentaires de chacun des réfugiés du Centre d’accueil qui viennent régulièrement déjeuner dans les locaux de l’association. Le 25 mars 2017, une fois son service achevé, la vaisselle faite et rangée, Charlotte K. passe plusieurs coups de téléphone et entreprend les diverses démarches qui permettent à Zekrullah M., réfugié afghan de 23 ans, de retrouver son sac qu’il a oublié dans le bus.


Patricia G., 43 ans, animatrice, demeurant à Molezon, apprend par le collectif de soutien RESF Lozère que les familles tchétchènes A. et G., ayant chacune quatre enfants, sont menacées d’expulsion. Elle décide de les aider à déménager des deux appartements voisins où elles ont été logées par le Centre d’hébergement et de réinsertion sociale de Mende. Le 23 juin 2017, Patricia G. se stationne devant l’immeuble et y dépose des valises et des grands sacs afin que chacun puisse emporter toutes ses affaires. Plusieurs voyages sont nécessaires pour conduire ensuite les douze personnes auprès des quatre familles que Patricia G. a sollicitées : elles hébergeront chacune un adulte et deux enfants le temps que les diverses procédures de demande d’asile aboutissent.


Claire P., 54 ans, assistante sociale domiciliée à Paris, propose à trois Érythréennes campant sur le trottoir en août 2016 de lui confier leur linge pour le passer en machine, et de profiter de sa salle d'eau pour s'y doucher. Le dialogue s'engage autour d'un café. Alléchées par l'évocation d'une recette de cuisine traditionnelle, Claire P., Nura K., Nura M. et Selam B. vont ensemble à la supérette la plus proche, achètent légumes et poulet, préparent le plat, puis s’attablent pour le déguster. Après le déjeuner, devant l’ordinateur, les jeunes femmes font découvrir à Claire P. une star érythréenne, et évoquent leur avenir en Allemagne ou en Grande-Bretagne.


Bertrand R., 34 ans, demeurant à Saint-Frion (Creuse), va chercher Mahmadi S., Ivoirien de 18 ans, à son stage de charpenterie, le 17 février 2017. Comme tous les vendredis après-midi, il l'emmène au supermarché faire ses courses, puis à l'entraînement de foot au club de Felletin. Ils rentrent ensuite ensemble chez Bertrand R. et Julie O, sa compagne. Ils passent le weekend tous les trois.


Erwan D., 25 ans, animateur sportif domicilié à Rennes, mène un entraînement de football pour un groupe de 22 migrant(e)s le 7 mars 2017 à Calais. Les deux équipes jouent pendant deux heures trente, puis improvisent un pique-nique sur le terrain, qui se prolonge jusqu’en milieu d’après-midi.


Shririn A. et Jaleh L., jeunes architectes iraniennes habitant à Paris, entrent en contact avec des réfugiés afghans lors de l’occupation du lycée Jean Quarré, un établissement désaffecté dans le 19e arrondissement. Après l’évacuation du lycée, elles adhèrent au BAAM, bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants. Au cours du printemps 2017, Shririn A. et Jaleh L. se rendent plusieurs fois par semaine, le soir après le travail, le samedi ou le dimanche, à Jaurès ou place de la Bataille de Stalingrad, pour assister les demandeurs d’asile et leur expliquer, en farsi, les démarches à suivre. Elles traduisent en français leurs récits pour l'OFPRA, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides.


Trois familles de Clisson accueillent en alternance pendant sept mois, de janvier à août 2017, Aboubacar M., Guinéen de 16 ans, le temps que sa minorité soit reconnue.


Laure A., 34 ans, habitant dans le 10e arrondissement de Paris, fait le tour des boulangeries de son quartier le 10 avril 2017 en fin de journée, lorsqu’elle rentre du travail. Elle y récupère les invendus et les apporte le lendemain matin aux membres du collectif Flandre qui servent des petits déjeuners aux migrants installés sous le métro aérien, entre Stalingrad et Crimée.


David R., 48 ans, professeur de lycée, domicilié à Lorient, organise avec des membres de sa famille et l’aide de quelques amis des récoltes de vêtements et de chaussures dans toute la Bretagne. En février 2017, David R. se rend plusieurs fois à Paris pour apporter le fruit de ces collectes au camp de la Chapelle.


Thomas P., 43 ans, agent d’assurance, Irène M., 41 ans, restauratrice d’art, et David R., 48 ans, professeur de lycée, créent en décembre 2016 avec d’autres personnes vivant à Lorient le Collectif d'accueil en pays de Lorient, après l’arrivée dans la région de nombreux migrants qui ont été installés dans les Centres d’accueil et d’orientation de Lorient, Guidel, Le Pouldu, Brech. Le Collectif organise une fois par mois des repas de l’amitié, cuisinés tantôt par les accueillants, tantôt par les migrants qui souhaitent faire découvrir les plats de leur pays. Les membres du collectif se relaient pour assurer le transport des demandeurs d’asile à leurs rendez-vous officiels à Vannes (40 km) ou à Rennes (150 km) et leur garantir un hébergement dans les situations d’urgence.


Bernard T., 51 ans, menuisier, demeurant à Dunkerque, réserve un garage depuis le début de l'année 2017 à la collecte de planches, d'outils, de clous, de sciure. Le week-end avec sa camionnette, il livre ces matériaux dans les divers campements des Hauts-de-France pour que les migrants consolident leurs installations. Il a construit des toilettes sèches, et traduit en anglais un document qui explique leur fonctionnement.


Philippe et Marie H., tous deux âgés de 50 ans, cadres dans la fonction publique, résidant à Ivry-sur-Seine, accueillent depuis le 17 août 2017 Hatch, Afghan de 25 ans sans papier, dans une chambre chez eux. Leurs trois enfants, de 8, 14 et 15 ans, avec qui ils en ont préalablement discuté, les ont encouragés.


Anne-Marie J., 48 ans, membre d’un réseau protestant de soutien aux migrants à Grenoble, accueille des personnes chez elle depuis deux ans. Elles restent parfois une seule journée, parfois plusieurs semaines. Actuellement, elle héberge Dany, 22 ans, qui a fui le Congo.

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