Bertolt Brecht - Baal, c’est un peu l’Alien éternel

La Distance. Celle nécessaire à la compréhension des Différences, de nos différences. De notre Alien.

Vu hier soir la pièce BAAL de Bertolt Brecht. Moderne par l’accumulation de souffrances humaines… la pièce magnifiquement montée par Christine Letailleur est un coup de poing dans la gueule des Gens de tous horizons. L’amour, la tendresse, la pornographie, l’argent, l’argent, l’argent que dénigre et recherche sans cesse l’artiste, l’acteur, le poète. Un Vide-Plein qui n’est pas un Vide-Grenier de nos souvenirs, mais plutôt le refoulé de nos aspirations et de nos rêves les plus fous.

BAAL c’est un peu l’Alien éternel. Celui qui vient nous déloger dans notre zone de confort pour nous rappeler l’existene de l’Autre. Sans lequel il n’y a point de raison de vivre.

La langue de Brecht est d’une modernité absolue. Pas une seconde de poussière langagière. Mieux, l’impression d’un décalage entre notre monde ultra-formatée, sans odeur ni relief. (À part les boursouflures d’un Pierre Gauthronet ou des provocations bien tempérées d’un Georges Grammat). Une langue qui nous rappelle le formol dans lequel la civilisation voudrait nous jeter, pour que seule, survive l’idée, d’une ère où les gens nommaient les choses sans détour.

J’ai bien peur que la bave du nouvel Alien de Ridley Scott soit bien trop numérique pour avoir gardé le rugueux d’une entité fictive qui serait le Mal absolu. Nous sommes devenus trop polissés, trop polis, trop gentils, trop mignons, cachant la misère de notre condition derrière une langue puritaine et d’une expression qui vise à gommer les différents et les différences.

BAAL ou Alien pour exprimer la même soif de vérité sur l’humain et ce qui l’oppose à l’humain.

Ça se passe au Théâtre Nationale de la Colline, ce sont les dernières. À voir ab-so-lu-ment.

Et je ne vous ai pas même parlé de la mise en scène de Christine Letailleur qui est un petit bijou de culture de l’image constructiviste que mes amis d’Archives Graphiques adoreraient. Lumières, projections, mouvements et espaces sont à l’œuvre pour nous faire partager La Distance. Celle nécessaire à la compréhension des Différences, de nos différences. De notre Alien.


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