La femme castratrice.

Messieurs, toute ressemblance avec une ou plusieurs personnes de votre entourage ne sera pas fortuite. Ce billet est le résumé d'une longue étude anthropologique menée conjointement par plusieurs spécialistes européens qui ne peuvent être taxés de partialité. Pour ne pas biaiser l'enquête, ceux-ci ont pris soin de ne pas interroger directement les intéressées, mais de les observer in-vivo dans leur milieu naturel. Leurs conjoints ou amis ont eu l'amabilité d'apporter spontanément leurs témoignages, garantissant ainsi à l'étude, l’authenticité et la rigueur que l'on doit légitimement attendre d'un travail scientifique. 

Quand on la drague, on est aussitôt catalogué pervers, mais si on ne la drague pas, on est un goujat. Dans son carnet d'appréciation, elle s'est bien gardée, pour mieux nous émasculer, de prévoir une catégorie intermédiaire. Nous devons choisir entre le satyre et le moine. Essayez, messieurs de trouver un positionnement intermédiaire, c'est très délicat et assez inefficace : Un air détaché, limite indifférent la laissera de marbre, à moins d'être Robert Redford jeune ou Kevin Kosner (je cite au hasard mais vous avez certainement madame, dans votre carnet, à la rubrique « mecs super beaux mais inaccessibles » d'autres noms plus significatifs) et donc vous ferez choux blanc. Vous pouvez aussi tenter le style comique troupier qui semble à priori plus prometteur car elle va éclater de rire à la première vanne foireuse pour flatter un ego qui va vous perdre, mais vous ne le savez pas encore, car une fois dans votre chambre, elle vous en réclamera encore, des bien graveleuses qu'elle pourra ensuite raconter à ses copines et puis, quand son panier sera rempli, elle prendra prétexte d'une légère migraine pour rentrer chez elle, ne vous laissant même pas tâter les fruits de votre labeur . La posture intello que d'aucuns pourraient hasarder, est celle des dragueurs débutants qui apprendront bientôt que leurs quelques neurones, elle les voient graviter dans un petit espace délimité plus bas que leurs nombrils que, prétend-elle ils ne cessent de regarder avec admiration (l'espace et le nombril). Mais si cette hypothèse s'avère vérifiée, elle ne pourra s'étonner que cette cohabitation entre neurones et spermatozoïdes folâtres, puisse de temps à autre engendrer des Einstein ou des Mozart et donc renforcer la position des mâles dominants.

Cette image qu'elle perçoit de notre intellect est volontairement très dégradée : elle place d'office notre cerveau à l'endroit que pointe notre cravate. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, lors de mes cours à des étudiantes, je m'empressais de l'enlever afin de garder un minimum de crédibilité aux vérités que je m’apprêtais à leur infliger. Dans des circonstances plus solennelles, je préférais le nœud papillon tout en sachant que lui aussi faisait folâtrer l'imagination de ces dames.

Cette stratégie n'est pas innocente ; cette sédition de l'ombre, ourdie depuis fort longtemps a pour but inavoué la prise d'un pouvoir que logiquement le règne animal a dévolu au plus musclé. Comme chez les primates, le chef est celui qui a le plus gros gourdin, ce qui, dans cette rude bataille pour le poste suprême, mesdames vous disqualifie d'entrée. Alors, elles tentent de nous castrer, gagnant certes au passage la satisfaction de résoudre enfin l'épineux problème de la surpopulation mais en perdant le jouissif plaisir de séduire sans lendemain, des mecs désormais indifférents. L'émasculation effective s'opère simplement en nous imposant, entre le satyre et le moine, d'être le cul entre deux chaises avec au milieu, la lame tranchante de la dérision. Alors messieurs, pour rester des hommes, des vrais, il nous faut rester debout. Et vous mesdames si, pour votre satisfaction personnelle vous vous désolidarisez un temps de vos factieuses complices, évitez de choisir les hommes qui s'asseyent puis qui se couchent. Il est vrai malgré tout que, pour aller plus avant si affinité, cette situation verticale risque de poser problème, mais je ne doute pas que vous ayez prévu, en cas de nécessité hormonale urgente, des arrangements diplomatiques qui concilient notre digne virilité et nos plaisirs communs enfin partagés. 

Mesdames, nous vous concédons que certaines d'entre vous ne sont pas dénuées d'une certaine lucidité. Pour que la nature humaine soit dévoilée dans son intégralité, il serait judicieux qu'a votre tour, vous engagiez une étude de L'HOMME, mais sans outrepasser le respect que vous lui devez.

 

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