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Billet de blog 21 mars 2016

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Lettre à la jeunesse

Vous avez, du monde de demain, une vision idyllique, de paix, de solidarité, de fraternité, mais sachez-le dès à présent, c'est pure utopie, car le bonheur pour tous n'est pas programmé dans le nouveau logiciel des décideurs mondiaux.

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Vous les jeunes, lycéens, étudiants, salariés, apprentis, chômeurs, devez comprendre et accepter que votre seul avenir est dans la soumission à l'ordre établi par le libéralisme mondialisé, irrésistible facteur de progrès planétaire que NOUS, responsables politiques avons le devoir d'accompagner pour le bien des peuples. Vous avez, du monde de demain, une vision idyllique, de paix, de solidarité, de fraternité, mais sachez-le dès à présent, c'est pure utopie, car le bonheur pour tous n'est pas programmé dans le nouveau logiciel des décideurs mondiaux. Un oubli sans doute, mais maintenant que la machine tina est lancée, il n'est plus possible de revenir en arrière, ce serait nier tous les progrès déjà accomplis. Alors, en tant que gardiens d'une République irréprochable, NOUS vous devons la vérité : pour faire partie des éligibles à une place au soleil, vous devrez faire quelques petits sacrifices mineurs qui n'entacheront en rien pour vous, un avenir radieux. NOUS avons l'expérience, quoi de plus naturel que de NOUS faire confiance ?

La qualité première de l'homme moderne est sans nul doute sa capacité d'adaptation. Les multiples lois votées par vos représentants vous ont déjà permis de mettre en pratique cette flexibilité que vous avez appréciée par l'espiègle fantaisie qu'elle apporte à votre vie. Dorénavant vous verrez, dans vos futurs parcours professionnels, les contraintes liées à la nécessité de produire concurrentiel, tout au plus comme de légères sujétions, ce qu'une certaine opposition stérile nomme encore précarité. Ce sang qui a coulé sur vos visages de jeunes immatures, c'est le même qui plus tard, ruissellera à flots si perdure votre obstination à refuser la vie épanouie que NOUS vous garantissons. Alors un peu de réflexion ne peut vous nuire, écoutez vos aînés en droit et en sagesse, vos chimères ne peuvent produire qu'amères déceptions, pensez d'abord à vous-même avant de vouloir offrir aux autres ce que vous n'aurez peut-être jamais. C'est d'ailleurs cette voie salutaire d'ambition personnelle qui NOUS a permis d'accéder jusqu'à la tête de l’État avec maintenant la lourde responsabilité d'assumer cette impérieuse mission de vous guider sur le difficile chemin d'une vie de confort à l'abri des dangers venus d'ailleurs. Ce n'est qu'un ressentiment infondé et malsain contre une loi qui n'a pourtant pour objet que de vous ouvrir grandes les portes des entreprises pour des parcours professionnels sécurisés, que vous avez mal comprise et qui vous a fait réagir. Cette animosité impulsive vous jette dans les rues, NOUS avons le devoir de vous en dissuader et si les forces de la paix républicaine ont pu avoir la matraque un peu lourde, ce n'est que par l'obligation de convaincre, ordonnée par des supérieurs consciencieux.

Ainsi pense monsieur Valls, convaincu qu'un autoritarisme qu'il croit généreux, désintéressé et protecteur est largement plus bénéfique aux citoyens désorientés, qu'une molle démocratie exercée par un peuple peu instruit et sans vision. Mais monsieur Valls est-il capable de penser vraiment par lui même, d'autres puissances pas occultes du tout et sans la moindre pincée d'altruisme n'ont-elles pas eu quelque influence sur ses certitudes ? C'est une logique absurde, alimentée par l'aveuglement idéologique d'un fanatisme néolibéral que François Hollande, faux social-démocrate, a imprudemment laisser s'amplifier avec Valls, Macron, Cazeneuve et en arrière plan, l'ogre Gattaz qui rêve d'esclavagisme. En totale décomposition intellectuelle, ce régime n'admet pas que vous, les vrais penseurs d'avenir, osiez clamer haut et fort votre dégoût d'un système qui vous condamne à n'être que les valets de l'oligarchie financière. La force brutale est sa seule réponse, pathétique !

Il faut quand même que vous sachiez que moi, vieux bonhomme qui en mai 68, épanoui des mêmes rêves que les vôtres en déterrant les pavés du quartier latin, j'avais naïvement cru qu'enfin les jeunes générations non encore sclérosées par l’égoïste confort de la cécité et de l'indifférence, prendraient en charge l'avenir d'une humanité déjà désorientée par la main-mise sur la marche du monde, d'une oligarchie financière féroce et sans âme. Alors aujourd’hui, je pleure chaque goutte de votre sang versé, chaque coup de matraque reçu, et la désespérance qui vous gagne. Dans la mesure de mes moyens, vous aurez toujours mon soutien. Un peuple qui n'aime pas sa jeunesse est voué à disparaître, un pouvoir qui la combat a perdu à jamais son âme et sa légitimité. 

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