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Billet de blog 3 janv. 2022

Antoine de Saint-Exupéry : humanisme héroïque ou superbe égotisme ?

Par la permanence de la morale de ses héros, Saint-Exupéry, le pilote-écrivain-journaliste, a apporté une réponse orgueilleuse à la question posée à tous les écrivains de sa génération par la crise des valeurs spirituelles.

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Saint-Exupéry, l’aventurier humaniste sur long courrier 

Une enfance heureuse sert de colonne vertébrale aux premières années de celui qui allait devenir l’aviateur-écrivain-journaliste du siècle. Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), dès l’âge de douze ans, s’intéresse aux avions. Il apprend à piloter après son échec à Navale (et son service militaire dans l’armée de l’air) et se destine à devenir pilote de ligne pour la société Latécoère (où il participe au transport du courrier entre Toulouse et Dakar).

Il appartient à cette génération de bricoleurs homériques qui, comme Costes et Bellonte, Nungesser et Coli, Mermoz, ont fait progresser au travers de miles et de mille aventures périlleuses la technologie des airs. En collaboration avec Mermoz, il crée les lignes vers l’Amérique du Sud (où il épouse Consuelo Suncin, la veuve d’un journaliste argentin). De vieille lignée aristocratique, Saint-Exupéry a conscience de faire partie d’une nouvelle chevalerie.

Ses livres et ses missions se confondent, ses paysages purs de ciel intact donnent sur une morale héroïque qui aboutit à une exaltation du goût de vivre, de la chance d’aimer autrui.

L’Aéropostale dépose son bilan ; Saint-Exupéry connaît des difficultés matérielles. Attaché à Air-France, il tente de battre le record Paris-Saïgon, mais doit atterrir en catastrophe dans le désert. En 1938, voulant relier New-York à la Terre de Feu, il est victime d’un très grave accident ; il souffre de fractures du crâne, et son avion est en pièces[1]. En 1940, malgré le conseil médical qui le déclare inapte, il obtient, à force de démarches et d’interventions, de se faire nommer pilote de guerre[2], et part aux États-Unis. En 1943, il revient servir en Afrique du Nord, et insiste pour obtenir de nouvelles missions (alors qu’il a dépassé la limite d’âge) : « Je ne puis supporter d’être loin de ceux qui ont faim », écrit-il à sa femme.

Ses nombreux accidents et son âge menacent de le faire irrémédiablement interdire de vol, lorsqu’il obtient, en 1944, une dernière mission en Méditerranée dont il ne reviendra pas. Disparu (au large de Marseille ?[3]) sans laisser de trace… Dans sa dernière lettre il avait noté : « Si je suis descendu, je ne regretterai rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leurs vertus de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier ». Ce héros des ciels défaits finit ses jours en héros de la guerre, sous des cieux défunts.

Saint-Exupéry, un homme d’action à qui l’action n’a pas suffit 

L’intérêt romanesque de ces textes, Courrier Sud (1928), Vol de nuit[4] (1931), tient d’abord à leur aspect documentaire, à leur dimension vécue. Ensuite entre en ligne de compte la morale qui en ressort : le bonheur est d’agir pour faire reculer les limites de la mort.

Dans les livres ultérieurs, Terres des hommes[5] (1939), forme d’essai autobiographique, Le Petit Prince[6] (1943), pourtant parabole affectée pour adultes immatures sous un jour enfantin, la réflexion passe d’arrière-plan à première de cordée. Que fait-on ici-bas ? Pour quelles valeurs s’engager ? L’obsession du désert, liée à cet atterrissage forcé en 1938 qui a manqué se dénouer en tragédie, habite ces deux textes : que signifie la pureté immaculée du désert ? Son infini ? La « banquise solaire » ouvre les yeux de l’homme qui, pour y avoir risqué sa vie, a appris à mépriser les biens matériels, à ne faire confiance qu’à ceux de l’esprit et de la fraternité. L’humanité, c’est la conscience de la solidarité nécessaire entre les hommes, une fois éprouvée l’expérience du dépassement de soi. 

Dans ses Écrits de guerre, parus entre 1939 et 1944, Saint-Exupéry loue la guerre, « le goût du pain rompu entre camarades nous a fait accepter les valeurs de guerre », refuse la haine « qui n’ajoute rien à l’exaltation de la course ». « Je veux faire la guerre par amour, et par religion intérieure ». La guerre au nom de l’amitié, au nom de la vérité : « nous avons goûté aux heures de miracle, une certaine qualité des relations humaines : là est pour nous la vérité », est une guerre juste.

Quand la paix civile peut signifier qu’un certain degré d’injustice et de misère est jugé inévitable par ceux qui y échappent et l’engendrent, la guerre est un devoir et signifie la vocation de l’homme à autrui, la responsabilité et la solidarité qui constituent la fraternité. Guerre et paix sont des états que l’amour et la haine informent et alimentent, non des formes déjà constituées.

Plusieurs fois, et c’est ainsi qu’il est exactement et ordinairement héroïque, Saint-Exupéry mit son corps d’aventures en aventures de mort pour épargner le dommage de son peuple. « Je pars pour la guerre. Je ne pars pas pour mourir. Je pars pour souffrir et ainsi communier avec les miens ».

Saint-Exupéry, la permanence de la morale des héros 

Si la critique sociale est si forte dans les années 30, c’est d’abord parce que les valeurs substitutives n’apparaissent pas facilement. Ceux qui ne croient ni en Dieu ni en Marx sont irrésolus et souvent blasés. Ce dégoût de l’Histoire et cette absence d’idéal clair sont souvent formulés par un sentiment de vivre en « décadence ». Le mot revient sans cesse. Cette pensée du déclin est celle d’hommes insatisfaits comme l’antisémite vichyssois et collaborateur Pierre Drieu La Rochelle (Gilles, 1939). Étrange évolution pour cet admirable ancien compagnon des dadaïstes !

Face à de tels abandons, la morale héroïque survit cependant. Pour qui la vie de pilote professionnel a été vécue comme un combat physique, Saint-Exupéry est cet homme voué sincèrement à son idéal de pionnier. Courrier Sud et Vol de nuit, à cet égard, évoquent le courage des aviateurs et leur abnégation. Dans le court récit féérique et symbolique, Le Petit Prince, l’écrivain a voulu illustrer avec un charme fraternel mais un humanisme un peu mièvre une morale simple et pure, détachée des idéologies et des connaissances abstraites.

Mais ce n’est pas seulement son appartenance à la génération qui a succédé à la « grande » génération des environs de 1870 (si l’on veut celle d’auteurs nés aux alentours de 1870, qui s’est révélée l’une des plus riches de notre récente histoire littéraire, celle des Paul Valéry, André Suarès, André Gide, Colette, Paul Claudel, Jean Schlumberger) qui nous amène à rattacher Saint-Exupéry à ces humanistes déclarés, humanistes angoissés.

Contemporain par sa mort autant que par sa naissance, il a été reconnu très tôt, comme un petit maître du roman et du récit de morale. Écrivain célèbre et célébré (Prix Femina 1931 pour Vol de nuit), donc, mais également qui exprime son propre athéisme à travers un vocabulaire quasi religieux. Car c’est bien en définitive un même doute vertigineux qui les rassemble : il a senti la montée des périls et s’est efforcé de la conjurer à la fois par l’action directe et par l’écriture. Pour ce défenseur de l’homme et de la civilisation, la Seconde Guerre mondiale a ouvert la crise majeure, inaugurale.

Il avait pu apparaître, dans la décennie qui précéda la guerre, comme le tenant d’un optimisme social conquis sans trop de peine : son dernier récit, Citadelle, ne sera plus qu’une tentative désespérée de maintenir à tout prix, contre ce qui change ou va changer, ce qui ne doit point changer si l’on veut manéger à l’homme une ultime chance de salut. Tel est toujours vivant, son testament embarrassé de ses colifichets grossièrement « progressistes ». 

Citadelle, le pire et le meilleur livre de Saint-Exupéry

Il est évident aussi qu’il se rattache très étroitement par certains aspects, tantôt à l’inspiration nationale (si l’on veut Mauriac, Malraux), tantôt à l’inspiration religieuse (si l’on veut Weil, Teilhard de Chardin). Il s’en démarque néanmoins dans la mesure où chez lui, même et surtout dans l’essai, la dimension littéraire reste essentielle.

Mais justement cette littérature, à laquelle il n’a pas renoncé, subit elle-même le contrecoup de ses obsessions et de ses luttes : formes et genres éclatent, se renouvellent dans sa dernière œuvre. Les inlassables retours bibliques dans Citadelle, révèlent chez l’auteur du très sage Petit Prince, une crise de la littérature parallèle à la crise de civilisation qu’il dénonce. 

Et, en effet, avec Saint-Exupéry, la tendance paraît justifiée qui veut toujours voir un testament dans toute dernière œuvre d’écrivain. Citadelle, publié en 1948, donc de façon posthume, constitue à coup sûr le testament de celui qui écrivait en 1943, un an avant sa mort, dans la « Lettre au général X » : « Si je suis tué en guerre, je m’en moque bien. Ou si je subis une crise de rage de ces sortes de torpilles volantes qui n’ont plus rien à voir avec le vol et font du pilote parmi ses boutons et ses cadrans une sorte de chef comptable (…) Mais si je rentre vivant de ce job nécessaire et ingrat, il ne se posera pour moi qu’un problème : que peut-on, que faut-il dire aux hommes ? »

Dégoût de son existence, dégoût de ce qu’est devenue l’aviation : « Saint-Ex » s’est mué en Saint-Exupéry et paraît avoir renoncé. Mais il va réussir, jusqu’à la mission dont il ne reviendra pas, à participer de nouveau aux combats aériens dont son âge le dispensait pourtant, et va continuer à composer en secret ce Citadelle auquel il travaille depuis 1936.

Car Saint-Exupéry, à travers le roman, le récit et l’essai autobiographique, n’a toujours écrit, en réalité, que des « traités de morale » selon la fameuse expression de Roger Caillois. Les lecteurs, et le grand public, frappés par la nouveauté des livres du pilote-écrivain, étaient souvent passés à côté de la préoccupation essentielle de l’auteur. Ils avaient admiré cette littérature de l’outil, cette littérature finalement convenue de l’action ; ce salaud de Sartre, rapporte Simone de Beauvoir dans La Force de l’âge, voyait dans Terre des hommes « la meilleure illustration possible, la plus convaincante, des thèses d’Heidegger » par « cette métamorphose de la terre et du ciel qu’éprouve un pilote aux commandes de son appareil ». Pour une fois, le salaud avait vu clair.

Il faut attendre Pilote de guerre, et la défaite, pour que l’humanisme de Saint-Exupéry s’exprime directement en ce qui constitue, selon le même deuxième sexe, « une longue et nébuleuse dissertation d’un humanisme assez équivoque ». Mais tous ses livres avaient toujours célébré l’acceptation du devoir, la fraternité, la solidarité, l’enracinement dans un groupe ou un pays. 

Singulière mutation que celle de cet écrivain qui renonce à ce qui a fait son succès, à ce qu’il connaît bien -le récit d’aviation, la référence à l’actualité, le goût de la chose vue- pour se lancer dans le pseudo-conte pour enfants attardés que constitue Le Petit Prince, publié à New-York en 1943, et dans la parabole de Citadelle. Une certaine maladresse et une naïveté certaine, les mêmes que celles des illustrations dues à l’auteur, sauvent Le Petit Prince, l’un des livres les plus célèbres de notre modernité et l’ouvrage de tous les superlatifs[7], de la faillite littéraire, de la sensiblerie qui le guette à chaque ligne et surtout du ton moralisateur assez insupportable qui va envahir Citadelle

Rarement écrivain s’est, autant que dans ce dernier livre, coupé aussi volontairement de son époque, s’est à ce point privé des atouts qui lui permettraient d’en être entendu. Ni le sujet -les réflexions d’un jeune prince oriental qui reçoit les leçons de son père-, ni la forme adoptée -celle du fragment (il y en a 219) de nature variée : pièces brèves, récits, apologues-, ni surtout le style, curieusement anachronique, hétéroclite, où passent des réminiscences[8] du Gide des Nourritures terrestres, de Claudel et de Saint-John Perse, n’avaient de quoi retenir le public d’après-guerre.

La difficulté était d’ailleurs accrue par l’état d’inachèvement du texte : celui-ci, dicté au magnétophone, n’avait été ni relu, ni corrigé, ni amendé par l’auteur. D’où l’impression de monotonie de ce brouillon et de pesanteur de ce gloubi-boulga qui contraste avec la vigueur rigoureuse des romans et des récits. Au réalisme de ces derniers s’oppose également le symbolisme de Citadelle, cette citadelle de la civilisation humaniste qu’il faut défendre contre toutes les menaces (régimes totalitaires, robots privés d’âmes). Et le lecteur peut s’estimer roulé de ne découvrir en fin de compte qu’une sagesse bien proche de celle du Candide de Voltaire : au « il faut cultiver notre jardin » du philosophe des Lumières répond le plat « moi aussi ce matin j’ai taillé mes rosiers » du Ronsard de Marie-Claire.

Le lecteur vraiment acculé préférera sans doute reprendre la fin du Petit Prince : « Regardez le ciel. Demandez-vous : Le mouton oui ou non a-t-il mangé la fleur ? Et vous verrez comme tout change… Et aucune grande personne ne comprendra jamais que ça a tellement d’importance ! » On a toujours tort de trop publier.

Plutôt que cette leçon, trop simple et finalement trop confuse, on retiendra, chez le dernier Saint-Exupéry, un approfondissement de la notion d’humanisme : il s’agit moins alors de défendre certaines valeurs, dont le prosateur comprend bien qu’elles sont dépassées, que de dégager l’idée, tout à fait actuelle celle-ci, de « lien ». « L’homme n’est qu’un nœud de relations, les relations comptent seules pour l’homme » : cette phrase de Saint-Exupéry qui sert de conclusion à la Phénoménologie de la perception de Merleau-Ponty, peut encore servir à notre période de sujet de réflexion.

Il serait curieux d’étudier de près tous les thèmes qui, dans ces dernières œuvres, se rattachent à l’idée de construction, d’organisation, de canevas relationnel[9] : les mots de « structure », de « système », d’« arbre », de « forme » y reviennent sans cesse, comme décloisonnement combinatoire. Si « la civilisation est un bien invisible », écrit-il au général X, c’est qu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement. C’est pourquoi, Un sens à la vie, paru en 1956, est vraisemblablement l’ouvrage, dans sa discontinuité, le plus intéressant de Saint-Exupéry.

Gardons-nous cependant de vouloir à toute force moderniser Saint-Exupéry, au risque de l’anachronisme. L’échec de Citadelle traduit le désarroi d’un homme qui a cru à la machine et qui se sent dépassé par elle, d’un homme qui jusqu’au bout affirme : « Respect de l’homme ! Respect de l’homme ! Là est la pierre de touche ! (…) La vie crée l’ordre, mais l’ordre ne crée pas la vie ! »[10]  

C’est le dépassement de soi qu’il prône dans la vie et dans ses récits. Comme Malraux et Céline, Saint-Exupéry poursuit sa quête en arpentant la terre. Sur une toile de fond aux couleurs (a)variées, il s’interroge à partir d’actes, pense sa situation au monde au travers de ses expériences. L’écriture ne se concentre pas sur l’âme, mais s’ouvre sur le monde, sur le sens à donner à l’aventure humaine telle qu’elle s’engage dans l’espace et dans le temps, au gré des aléas de la vie privée et de l’histoire politique.

En une période aussi noire que celle que traverse l’Europe des années 40, où le désarroi l’emporte tant la liberté humaine est bafouée, les bombardements atomiques de Hiroshima-Nagasaki -que par décret de l’état-civil Saint-Exupéry ne connaîtra pas- mettent un point final aux élans romantiques de l’auteur du Petit Prince emporté par son lyrisme héroïque. Un point reste sans contestation possible : cet humanisme résolu, Saint-Exupéry l’a vraiment pratiqué dans sa chair, jusqu’à sa mort en mission au combat. En mission de reconnaissance.

[1] C’est pendant sa convalescence qu’il achève Terre des hommes (paru en 1939).

[2] De juin 1940 jusqu’en 1943, il vit aux États-Unis. Il y compose Pilote de guerre (1943), Lettre à un otage (1943), Le Petit Prince (1943), Citadelle (inachevé – 1948). Dans ces livres, il développe une morale de la personne vouée aux autres, dont l’aventure principale est la responsabilité, la liberté, la maîtrise des actions.

[3] https://www.ouest-france.fr/culture/livres/lire-magazine/enquete-la-disparition-de-saint-exupery-en-1944-5f5d0c9e-3732-11ec-bdbf-686ac9091013

[4] Préfacé par Gide, Vol de nuit évoque une équipe de l’Aéropostale en Amérique du Sud, aux premiers temps de l’aviation sur longue distance. Le courrier est devenu la raison de vivre de Rivière et de ses pilotes qui ouvrent de nouvelles voies. Dans cette lutte pour surclasser le train, les hommes ont découvert le goût de se surpasser et, en volant de nuit, en affrontant les tempêtes, le désir de renforcer leurs relations dans une cause collective, apprenant à regarder la mort dans les yeux et à renoncer à tout ce qui les touche personnellement. Une parabole sur le sens de la vie confrontée à la machine et à ses contraintes. L’amour et le devoir peuvent être contradictoires et cependant aussi importants, aussi justes l’un que l’autre. La pleine liberté des hommes consiste à adhérer pleinement à leur devoir, à se soumettre entièrement à leur obligation.

[5] Terre des hommes, reportage romancé de Saint-Exupéry, après un long silence romanesque qui s’explique par l’abondance et l’importance de ses missions : pilote de ligne, pilote d’essai, il a été également correspondant de guerre en Espagne, avant un grave accident survenu alors qu’il tentait la liaison New-York / Terre de feu, en 1938. Il présente dans ce texte une méditation sur l’humanité, tout en faisant de l’avion un instrument d’analyse original au service des plus anciens thèmes moraux. Parmi les sujets abordés : ses débuts, ses camarades Mermoz et Guillaumet, l’avenir de la civilisation technique, les leçons du désert. Un chant d’espoir et un hymne à la fraternité humaine.

[6] Ce récit allégorique de l’amitié et de l’amour répète cette leçon que l’on retrouve dans toutes les œuvres de Saint-Exupéry : il y a un bonheur à être homme, un bonheur plus haut que nous ne saurions l’élever ; il ne faut donc jamais déchoir. Une panne de moteur a contraint le narrateur à atterrir en plein désert « à des milles de toute région habitée ». Surgit devant lui le Petit Prince, un étrange garçon, venu d’une minuscule planète, qui lui raconte son amour malheureux pour une rose capricieuse ; son voyage sur différentes planètes habitées par des êtres aux activités qui improbables, qui absurdes (un roi, un vaniteux, un buveur, un homme d’affaires, un allumeur de réverbères, et un géographe). Sur la terre, le Petit Prince, qui croyait « à la lettre » que sa rose était « unique au monde », est effrayé par les roseraies… Le renard rencontré, sans La Fontaine, en lui demandant de l’apprivoiser, lui révèle le sens de l’amour et de l’unicité : « Si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde… ».

[7] Selon Pierre Echevin (Le Nouvel Obs, 21 avril 2013) : « L'ouvrage, vendu à plus de 145 millions d'exemplaires dans le monde et 12 d'exemplaires en France, est traduit en 270 langues et dialectes, ce qui en fait l'ouvrage de littérature le plus vendu au monde et le plus traduit après la Bible ». Selon les informations du site « petit-prince-collection.com », il existerait 5877 éditions du Petit Prince, ouvrage traduit en 457 langues et dialectes.

[8] « Ah ! d’avoir une fois goûté l’eau du puits d’El Ksour ! Me suffit certes du cérémonial d’une fête pour qu’une fontaine me soit cantique… ». Couleur biblique du style dans la parabole, dans les réalités concrètes évoquées ; forme litanique dans les répétitions ; tenue affichée de la langue ; lourdeur, solennité, obscurité parfois n’excluant pas la familiarité et la simplicité : Gide sort de ce corps ! « Tu cherches la paix et la guerre, les règles du jeu pour jouir du jeu et la liberté pour jouir de toi-même. L’opulence pour t’en satisfaire et le sacrifice pour t’y trouver ».

[9] « Un certain réseau de relations » avec « la parole qui agit » et « le pouvoir qui organise ». 

[10] Lettre à un otage, 1943.

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