Philippe Blanchet
Professeur de sociolinguistique et didactique des langues, département Communication, université Rennes 2. Membre de la Ligue des Droits de l'Homme et du conseil d'orientation de la Fondation Copernic. Élu national FERC-SUP-CGT.
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Billet de blog 3 mai 2018

Les personnels de Rennes 2 dénoncent les violences policières sur leurs étudiant·e·s

Lors de la traditionnelle manifestation du 1er mai qui a eu lieu à Rennes hier, les étudiants et étudiantes de l’université Rennes 2 ont été par deux fois victimes de violences policières délibérées. L’intervention arbitraire et violente de la police et de la gendarmerie, sans aucune raison avérée, aucune proportionnalité ni aucun discernement, est totalement inadmissible.

Philippe Blanchet
Professeur de sociolinguistique et didactique des langues, département Communication, université Rennes 2. Membre de la Ligue des Droits de l'Homme et du conseil d'orientation de la Fondation Copernic. Élu national FERC-SUP-CGT.
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Le cortège des étudiant·e·s de Rennes 2, venant du campus Villejean pour rejoindre la manifestation place de la mairie, par son trajet habituel, a été une première fois attaqué par un groupe de policiers lors de son passage sur le pont entre le Mail et les quais de la Vilaine. La vidéo, reprise par la presse en ligne1, et les témoignages révèlent une agression soudaine, courte et violente (coups de matraques et de pieds, personnes jetées au sol, se défendant comme elles pouvaient). Plusieurs personnes ont été blessées mais ont pu rejoindre la manifestation, un étudiant a été interpelé et accusé de « rébellion ».

Déjà le 22 mars le cortège des étudiant·e·s de Rennes 2 avait été « nassé » et gazé au même endroit et empêché de rejoindre le départ de la manifestation. C'est lorsque la manifestation, partie sans eux et sans elles, est arrivée sur les lieux que les forces de polices ont été bien obligées de les laisser passer. Les étudiant·e·s de Rennes 1, venu·e·s vers le rassemblement par un autre trajet, n’ont eu, de leur côté, aucun problème.

Plus grave encore, lors de la manifestation du 1er mai, alors qu’un groupe d’étudiant·e·s manifestaient en tête du cortège arrivé boulevard de la liberté, les CRS ont brutalement chargé, à coups de matraques, de boucliers et de gaz lacrymogène, pour les séparer de la suite du cortège. Les CRS les ont poussés jusque la rue St Hélier où les violences ont été poursuivies avec injures et destruction d’objets personnels, faisant plusieurs dizaines de blessé·e·s.

Ces deux interventions ont eu lieu sans qu’aucun acte répréhensible n’ait été commis, sans aucun motif avéré. Tous les témoignages, y compris ceux de journalistes, confirment qu’aucune violence ni agression n’avait eu lieu et que personne n’a compris la manœuvre dangereuse des forces de police. La préfecture prétexte que certain·e·s de ces étudiant·e·s étaient « cagoulé·e·s », auraient été en possession de projectiles et que des personnes d’apparence similaire ont commis des dégâts matériels le 19 avril. Pour condamnables que puissent être les dégradations du 19 avril, rien ne prouve qu’il s’agissait des mêmes personnes ; celles présentes le 1er mai n’en ont pas commis, quoi qu’on pense du masquage des visages. Parmi les manifestant·e·s masqué·e·s (et non « cagoulé·e·s ») y compris pour se protéger des gaz lacrymogènes et des photos prises par la police pour les ficher, il y avait des étudiant·e·s et d’autres personnes à visage découvert.

L’intervention arbitraire et violente de la police et de la gendarmerie, sans aucune raison avérée, aucune proportionnalité ni aucun discernement, est totalement inadmissible. Nos étudiant·e·s font l’objet de préjugés et de discrimination dans leur droit à manifester leur opposition à la politique menée par le gouvernement, qui cherche à les discréditer et à séparer leur contestation de l’ensemble du mouvement social. En s’en prenant directement au cortège, pacifique, les autorités ont cherché à créer la division et pris le risque d’une réaction forte de milliers de personnes, qui aurait pu conduire à des drames. 

Le Président de la République a déclaré au soir du 1er mai qu’il condamnait « avec une absolue fermeté les violences » et que « tout sera fait pour que leurs auteurs soient identifiés et tenus responsables de leurs actes ». Que cela soit fait pour les violences commises à Rennes le 1er mai 2018 par les forces de police et les autorités dont elles dépendent.

Signataires: 

Comité de mobilisation des personnels de Rennes 2

FERCSup-CGT Rennes 2 — SNESUP-FSU Rennes 2 — SUD éducation Rennes 2

1 : https://www.20minutes.fr/rennes/2264187-20180501-video-1er-mai-police-intervient-cortege-manifestation-degenere-rennes

http://www.liberation.fr/direct/element/a-rennes-le-debut-de-la-manifestation-perturbe-par-une-intervention-policiere_81245/

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