Philippe Blanchet
Professeur de sociolinguistique et didactique des langues, département Communication, université Rennes 2. Membre de la Ligue des Droits de l'Homme et du conseil d'orientation de la Fondation Copernic. Élu national FERC-SUP-CGT.
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Billet de blog 13 avr. 2018

Protestation dans les universités: la surdité du pouvoir mène à l'impasse

Le Président de la République a réduit le mouvement de contestation dans les universités à l'action d'«agitateurs professionnels» (interview TF1 12 avril) et la Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche s'appuie sur la «légitimité démocratique» de la Loi ORE (interview France Culture 13 avril) pour refuser de modifier Parcoursup.

Philippe Blanchet
Professeur de sociolinguistique et didactique des langues, département Communication, université Rennes 2. Membre de la Ligue des Droits de l'Homme et du conseil d'orientation de la Fondation Copernic. Élu national FERC-SUP-CGT.
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Pas besoin d'être long pour constater la surdité, l'aveuglement et la mauvaise foi du pouvoir, qui continue à nous conduire dans une impasse.

Des "agitateurs professionnels" les 1600 étudiant·e·s qui ont voté le blocage de Rennes 2 mardi 10 avril? Voilà une profession qui aurait beaucoup recruté ces derniers temps... Et les personnels des universités, administratifs et enseignants qui les soutiennent? Et ces universités entières et cette centaine de départements, dont la liste s'allonge chaque jour, qui votent collectivement le refus de collaborer au dispositif Parcoursup tel qu'il est imposé au prétexte de la loi ORE (relative à l' "orientation et à la réussite des étudiants")? Ils et elles ne comptent pas pour le pouvoir qui ne discute que le symptôme (les blocages des universités) et pas la cause: entre refus massif de sa transformation radicale de l'accès à l'université et simple constat de l'impossibilité matérielle de faire fonctionner Parcoursup.

La Ministre avançait comme argument majeur ce matin les bonnes intentions du gouvernement et la légalité de sa réforme, répétant que le Conseil Supérieur de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESER) avait donné un avis favorable. Mais il y a tout ce qu'elle ne dit pas, et qui aurait dû l'alerter beaucoup plus tôt pour (ré) ouvrir la discussion et corriger son dispositif:

  • Vote du Conseil Supérieur de l'Éducation (CSE) sur la loi ORE:
    42 votes contre et 30 pour, jeudi 9 novembre 2017. Refus clairement majoritaire.
  • Avis du CNESER sur la loi ORE:
    35 pour (dont CFDT, Unsa, CPU, Peep), 32 contre (dont FSU, CGT, Unef, Solidaires) et 8 abstentions (dont la Fage), 13 novembre 2017. Accord à une petite majorité toute relative (35 pour sur 75 voix).
  • Vote final de la loi ORE à l’Assemblée nationale:
    49 député·e·s pour et 13 contre (15 présent·e·s effectivement), sur 577, le 15 février 2018. Peut-on appeler ça une majorité?
  • Vote du CSE sur Parcoursup:
    36 voix contre, 0 pour, le 5 mars 2018. Refus total, chose inédite.
  • Vote du CNESER sur Parcoursup:
    34 pour, 32 contre, le 8 mars 2018. Toute petite majorité.

Quand on fait face à des refus aussi massifs et à de si courtes majorités, on peut se dire que ça pose la question de la légitimité, même si on a obtenu de peu la légalité. On se dit qu'il doit y avoir un problème qu'on n'a pas vu, que tant de gens opposés ont probablement des arguments, de bonnes raisons. On se  doit de réexaminer les choses. Le mépris et l'agression (verbale ou policière), ne font que renforcer la contestation, que tendre un peu plus la situation, et ne résolvent rien. Quand on voit que le dispositif est bloqué, on discute pour essayer de trouver des solutions.

Sauf quand on confond arrivée au pouvoir et chèque en blanc pour imposer ce qu'on veut, quand on confond élection ponctuelle et débat démocratique, surdité autoritaire et véritable concertation.

De nombreux collectifs universitaires ont fait des propositions pour remédier aux effets iniques, désastreux et clairement contradictoires avec sa finalité annoncée, du dispositif Parcoursup (au final pire qu'APB) que j'ai analysés dans mon précédent billet: augmenter les capacités d'accueil des filières concernées, ouvrir les inscriptions librement et ajuster ensuite la répartition des moyens supplémentaires que le ministère dit mettre à disposition de sa réforme, laisser les  demandeurs et demandeuses d'accès en 1ère année indiquer leur(s) choix prioritaire(s), sectoriser, ne pas exiger de classement des dossiers, autoriser les ex-aequos, etc.

Il est encore temps pour le pouvoir de se mettre à l'écoute, de négocier et d'adopter une bonne solution. Sauf si la finalité profonde de Parcoursup et de la loi ORE sont bien celles que beaucoup craignent: une réduction de l'accès à l'université par sélection arbitraire et injuste pour faire des économies et contribuer à un projet de société inégalitaire.

Petit complément du 14 avril: la tribune des 425 universitaires (dont je suis) publiée sur le site de France-Info TV le 10 avril et ensuite ouverte à signatures a déjà recueilli à ce jour 7000 (sept-mille) signatures d'universitaires. "Quelques agitateurs professionnels", M. le Président et Mme la Ministre?

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