Philippe Blanchet
Professeur de sociolinguistique et didactique des langues, département Communication, université Rennes 2. Membre de la Ligue des Droits de l'Homme et du conseil d'orientation de la Fondation Copernic. Élu national FERC-SUP-CGT.
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Billet de blog 23 mars 2017

Comparaison des programmes sur l'école pour les élections présidentielles 2017 (V2)

Quelle politique pour et par l’école et l’éducation ? Une comparaison des programmes pour les élections présidentielles 2017 montre l’importance significative des politiques éducatives comme concrétisation d’orientations politiques générales voire de projets de société. Il y a des différences nettes entre des projets de gauche et de droite. Par Ph. Blanchet et B. Mabilon-Bonfils.

Philippe Blanchet
Professeur de sociolinguistique et didactique des langues, département Communication, université Rennes 2. Membre de la Ligue des Droits de l'Homme et du conseil d'orientation de la Fondation Copernic. Élu national FERC-SUP-CGT.
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

NB: Version 2 suite à la publication du programme officiel de J.-L. Mélenchon (LFI)

1. La méthode

Les candidat-e-s ont des programmes officiels souvent plutôt succincts sur tous les plans, y compris celui de l’éducation, et il a fallu les compléter par d’autres sources : sites de leur parti ou mouvement politique, déclarations dans les médias, entretiens. Cette étude s’appuie sur l’ensemble des sources disponibles au 20 mars 2017 (complétées le 25 mars suite à la publication du programme éducation de J.-L. Mélenchon). Pour P. Poutou (NPA) la source principale est le programme éducation paru dans l’hebdomadaire du NPA « L’Anticapitaliste » du 12/01/2017, complété par les pages de la commission Éducation sur le site du NPA. Pour B. Hamon (PS, Y. Jadot de EELV-LFV n’avait que deux propositions ponctuelles avant son retrait au profit de B. Hamon), E. Macron (EM), F. Fillon (LR) et Nicolas Dupont-Aignan (DLF), les programmes sont en ligne et complétés par des interviews ou, pour E. Macron, par son livre « Révolution ». Pour M. Le Pen (FN), la source principale est constituée par les « 100 propositions pour l’École et l’Université » du Collectif Racine (membre du Rassemblement Bleu Marine) remises à la candidate en septembre 2016, les 7 propositions (n° 101 à 107) présentes dans son programme étant directement issues de ces 100 propositions. Pour J.-L. Mélenchon, il s’est agi dans un premier temps d’un entretien avec son responsable du programme éducation faute de publication de son programme éducatif, annoncée pour janvier (cela peut avoir contribué à développer davantage de points), entretien complété suite à la publication tardive du programme éducation de LFI.

Parmi les candidat-e-s accepté-e-s par le Conseil Constitutionnel, N. Artaud (LO) n’a rien proposé de spécifique (à notre connaissance) sur la question dans son programme et ses déclarations.

Nous avons établi une grille d’analyse de ces programmes en matière d’éducation primaire et secondaire (ou « d’école » car certains programmes refusent la notion d’éducation), en laissant de côté l’enseignement supérieur et la recherche qui soulèvent des questions différentes. Cette grille (ci-après) est construite sur notre connaissance des enjeux actuels pointés par de nombreuses publications scientifiques et l’ensemble des propositions des candidat-e-s a pu y trouver sa place. Elle comporte 40 critères détaillés.

2. Les critères sur lesquels tous les programmes disponibles se positionnent

2.1. Les finalités, très opposées, vont de l’émancipation (Poutou, Mélenchon, Macron avec un sens différent) et la lutte contre les inégalités (Poutou, Mélenchon, Hamon), à une instruction autoritaire et sélective visant des savoirs (Dupont-Aignan, Le Pen). Elles vont d’un projet humaniste (Poutou, Hamon, Mélenchon) à une mise au service de la nation par projet social (Mélenchon, Macron), par recherche de la performance (Fillon), par assimilation à un modèle national (Fillon, Dupont-Aignan, Le Pen).

2.2. Les programmes sont toujours un enjeu fort. Ils font l’objet de projets contradictoires allant du refus de l’instrumentalisation par une idéologie nationaliste (Poutou) à un enseignement nationaliste à l’ancienne (Dupont-Aignan, Le Pen). La culture et les langues comme vecteurs d’ouverture sont à développer pour P. Poutou, B. Hamon, E. Macron, J.-L. Mélenchon, alors que pour F. Fillon, N. Dupont-Aignan et M. Le Pen, il faut se centrer sur des « fondamentaux » limités (lire, écrire, compter) mais et N. Dupont-Aignan et M. Le Pen ajoutent du latin, du grec, du droit ainsi que de l’histoire des sciences. Seuls N. Dupont-Aignan et M. Le Pen entrent dans un détail qui touche aux modalités d’enseignement de certains contenus de façon directive et clairement rétrograde. J.-L. Mélenchon a sur plusieurs points des propositions qui mêlent une émancipation démocratique innovante et un projet nationaliste conservateur.

2.3. Les professeur-e-s doivent être mieux rémunéré-e-s, tous les programmes le disent, avec un bémol chez M. Le Pen qui conditionne cela aux résultats des inspections.

2.4. Les principes pédagogiques font l’objet de préconisations divergentes, qui vont d’orientation Freinet (Poutou, pour partie Mélenchon) à du très magistral (Le Pen, qui rejette toute notion de pédagogie) en passant par du « concret » (Macron) ou par une initiation aux mouvements pédagogiques (Mélenchon). L’âge de début de scolarité obligatoire est proposé à 3 ans (Hamon, Mélenchon), 5 ans (Fillon, Le Pen), ce qui semble exclure désormais le droit à une instruction non scolaire (de même que le conditionnement des allocations familiales à l’assiduité scolaire chez N. Dupont-Aignan et M. Le Pen).

2.5. En ce qui concerne les établissements, P. Poutou et J.-L. Mélenchon proposent le maintien d’un collège unique national quand M. Le Pen et N. Dupont-Aignan veulent le supprimer largement ou totalement, ainsi que supprimer toute autonomie des établissements pour M. Le Pen. À l’inverse, E. Macron et F. Fillon proposent de renforcer l’autonomie et B. Hamon un « management plus horizontal ». Enfin, P. Poutou B. Hamon et J-L Mélenchon, dans une moindre mesure E. Macron, soutiennent la mixité sociale (carte scolaire, modalités d’accueil des élèves) alors que F. Fillon veut, à l’inverse, laisser « plus de choix » aux parents en soutenant le privé.

3. Quelques critères sur lesquels se positionnent uniquement certains programmes

3.1. Le rapport aux connaissances scientifiques de l’éducation est valorisé chez P. Poutou (pédagogie), Macron (sociologie des inégalités scolaire), J.-L. Mélenchon (pédagogie, psychologie, etc.) Fillon (neurosciences) et... rejeté par F. Fillon qui veut ramener les programmes dans le giron des « académiciens » ainsi que par M. Le Pen qui veut proscrire les sciences de l’éducation et la pédagogie et aussi par N. Dupont-Aignan qui rejette ce qu’il appelle le « pédagogisme ».

3.2. Sur l’évaluation, P. Poutou est méfiant, J.-L. Mélenchon soucieux d’évaluation nationale, pédagogique et sans fichage, E. Macron  et pour partir J.-L. Mélenchon influencés par la pathologisation des différences de résultats, N. Dupont-Aignan et M. Le Pen en souhaitent davantage, plus sélectives et chiffrées.

3.3. P. Poutou et J.-L. Mélenchon sont les seuls à s’intéresser aux Droits de l’Enfant et affirment un droit général à l’éducation. P. Poutou, J.-L. Mélenchon et B. Hamon visent une lutte contre les discriminations, et B. Hamon ainsi que E. Macron se prononcent pour une laïcité apaisée et inclusive. J.-L. Mélenchon opte pour une laïcité généralisée y compris vis-à-vis du « dogme néolibéral ».  M. Le Pen s’oppose à toute prise en compte de la diversité des élèves ; J.-L. Mélenchon prend en compte avant tout leur diversité sociale.

3.4. F. Fillon, N. Dupont-Aignan et M. Le Pen ont visent l’ « autorité », des sanctions lourdes (pénales pour M. Le Pen). N. Dupont-Aignan et M. Le Pen veulent exclure les parents de grandes décisions concernant le parcours scolaire leurs enfants.

3.5. Aucun des candidats ne met l’accent sur les modalités de recrutement des enseignants et notamment sur la question des critères jusqu’ici fortement disciplinaires des concours, levier portant essentiel d’une refonte du système scolaire, à l’exception de N. Dupont-Aignan qui veut au contraire renforcer ces critères. Cependant, J.-L. Mélenchon avance une nouveauté avec le pré-recrutement et annonce, comme B. Hamon, des recrutements en nombre.

3.6. J.-L. Mélenchon est le seul à mettre l’accent sur la qualité des locaux, équipements et services scolaires à rétablir et à développer.

4. Synthèse des grandes orientations de chaque programme disponible

Le programme de P. Poutou a une forte cohérente philosophique pour une éducation émancipatoire, démocratique, solidaire et égalitaire, avec un fort soutien à l’éducation nationale y compris en zones prioritaire, plus affirmé dans ses principes que dans leur concrétisation. Celui de B. Hamon est d’une philosophie proche mais moins explicitement affirmée dans les principes, davantage dans certaines modalités concrètes. Celui de J.-L. Mélenchon, ancré sur une défense d’un cadre national républicain et égalitaire, revendique une prise en compte volontariste de la lutte contre les inégalités sociales et une rénovation profonde et détaillée du système. Le programme d’E. Macron apparait plus techniciste et plus disparate, dans un esprit plus néolibéral, avec un accent mis sur la préparation à « innover, entreprendre, réussir » et aux TIC. Celui de F. Fillon est marqué par une fibre autoritariste, nationaliste et conservatrice, pour un enseignement traditionnel, faisant plus de place à l’apprentissage en entreprise et au privé, sans négliger l’exercice du métier d’enseignante et quelques innovations. Celui de N. Dupont-Aignan, très détaillé, apparait également traditionnaliste, nationaliste, globalement rétrograde, et présente des incohérences importantes entre certains points (par exemple développer la rationalité par les sciences et enseigner l’Histoire de façon non scientifique comme un récit national) et des affirmations fantaisistes. Enfin, le programme de M. Le Pen, tout aussi détaillé, est un archétype charpenté de conception archaïque, autoritariste et inégalitaire de l’école et de ses personnels, dans une visée de soumission nationaliste (y compris des parents), marquée par un obscurantisme explicite et un retour à des pratiques et des contenus anciens voire dépassés (mais M. Le Pen rejette tout apport scientifique sur l’école), avec quelques propositions précises et parfois nouvelles.

5. Synthèse générale sur l’éducation dans la campagne présidentielle

Cette brève investigation montre l’importance significative des politiques éducatives (point central pour Poutou, Mélenchon, Macron et Fillon) comme lieu de concrétisation d’orientations politiques générales voire de projets de société. Elle montre des différences tendancielles nettes entre des projets progressistes, de gauche (Poutou, Hamon, Mélenchon avec un bémol sur certains points) et, rétrogrades, de droite (Fillon, Dupont-Aignan, Le Pen). Ce n’est pas pour rien que chaque législature est marquée par une volonté de « réformer » l’éducation pour l’orienter selon les convictions politiques des groupes au pouvoir. Les contenus et les impasses flagrantes des programmes sont particulièrement révélateurs d’intentions, d’attentions, de désintérêt, de non-dits. Elle confirme également le caractère incomplet et souvent flou, parfois indigent, de ces programmes électoraux, à des degrés divers. Pire, on trouve dans certains programmes des incohérences (comme « transmettre des savoirs disciplinaires »  et « liberté pédagogique / pédagogie coopérative » type Freinet chez J.-L. Mélenchon) ainsi qu’une ignorance graves de la question allant jusqu’à proposer d’abandonner des choses qui n’existent pas sauf dans des rumeurs (comme « la réforme de la grammaire », dans le programme de N. Dupont-Aignan) ou de réintroduire des choses qui y sont déjà (comme l’apprentissage de la Marseillaise). On y trouve des propositions clairement illégales y compris au niveau du droit national ou international (comme la suppression des allocations familiales, l’exclusion des parents de choix sur l’éducation de leurs enfants ou la non prise en compte de l’instruction non scolaire). On peut légitimement, dès lors, s’inquiéter pour ce que cela révèle de la conception sous-jacente globale de la société et des personnes (notamment des enfants), de la démocratie, des élections et de l’exercice des mandats, du sérieux de certain-e-s candidat-e-s, dans la France d’aujourd’hui.

Tableau comparatif des programmes "école" des candidats © Philippe Blanchet et Béatrice Mabilon-Bonfils (pdf, 512.3 kB)

 Les propositions des candidats à « petit programme sur l’école et l’éducation »

 François Asselineau (UPR)

Finalité : rétablir l’ascenseur social au mérite grâce à l’instruction publique est la solution décisive pour affaiblir les menaces qui pèsent sur la cohésion nationale ; propose la rénovation de nombreux établissements, la « maîtrise » de la langue française, du calcul et l’enseignement approfondi de l’histoire comme objectifs principaux avant le collège , la revalorisation de la fonction enseignante par l’amélioration des conditions de travail et de rémunération, l’interdiction de la privatisation des services publics stratégiques (notamment de l’éducation), la répression sans faille de toute agression physique ou morale contre les enseignants.

Jean Lassalle

Finalité : l’instruction publique pour transmettre le savoir-faire, enseigner langue et culture, préparer à un métier. L’école ne doit pas viser la conformité mais me développement des talents par un suivi attentivement, au long de sa scolarité, par un petit groupe autour des enseignants ; la découverte du travail de la ferme dès l’enfance, l’alternance bien avant seize ans, les classes spécialisées pour les artistes ou les sportifs, participeront à rendre ou entretenir le gout d’apprendre ; il faut aussi apprendre la maitrise des outils de communication.

Jacques Cheminade

FinalitéPenser l’éducation comme une nouvelle frontière pour la France ; rétablir les heures d’étude dans l’enseignement primaire et secondaire, pour aider aux devoirs et aux leçons et recréer ainsi les conditions sociales d’égalité d’accès aux connaissances d’augmenter de 20% le salaire des enseignants et organiser leur suivi des élèves après les heures de cours, dans ce contexte, mettre en place un dispositif de soutien scolaire public et gratuit.


Étude réalisée et rédigée par Philippe Blanchet, Université Rennes 2 et Béatrice Mabilon-Bonfils, Université de Cergy-Pontoise

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