Enjeux démocratiques et altermondialistes des Indignés: si loin de Montebourg

Voilà un kaléidoscope (entre philosophie, sociologie, cinéma - La planète des singes et Drive - et chansons de Joe Dassin) sur les promesses et les écueils des Indignés, en décalage avec les tentations d'un new look politicien chez Arnaud Montebourg...

Voilà un kaléidoscope (entre philosophie, sociologie, cinéma - La planète des singes et Drive - et chansons de Joe Dassin) sur les promesses et les écueils des Indignés, en décalage avec les tentations d'un new look politicien chez Arnaud Montebourg...

Je récapitule donc ici, de manière chronologique, une série d'interventions faites autour des mouvements sociaux actuels, des défis posés à la rénovation incertaine des partis et des tentations d'un chauvinisme européen (voire national) dans "la démondialisation" montebourgeoise. 

 

De La planète des singes à Drive : ciné-politique

 

* "«Planète des singes», planète des indignés?" Rue 89, 7 septembre 2011

L'intéressant retour de la rébellion dans le cinéma hollywoodien, mais aussi ses limites d'un point de vue libertaire (l'obsession du chef !)...

 

* "«Drive» philosophique : Ryan Gosling, mieux qu'Arnaud Montebourg", par Philippe Corcuff, Rue 89, 12 octobre 2011

Comment l'éthique mélancolique du personnage joué par Ryan Gosling dans Drive, le film de Nicolas Winding Refn adapté du roman noir de James Sallis, nous dit plus de choses sur les enjeux de la politique contemporaine que le brushing de Montebourg au cours de la Primaire socialiste...Rappelons que Montebourg est un de ceux qui incarne depuis pas mal d'années un paradoxal créneau au sein du marché politique professionnalisé : un créneau supposé être critique vis-à-vis de la professionnalisation politique (par exemple, ayant fait du thème du mandat unique un des chevaux de bataille de son lancement politicien, il a pourtant cumulé à partir de 2008 son mandat de député et celui de président du Conseil Général de Saône-et-Loire)...

 

Les Indignés et les partis

 

* "Le sociologue Philippe Corcuff sur les nouveaux engagements politiques", vidéo intégrale (environ 20 mn) de l'entretien avec Chloé Leprince, chronique Carte d'électeur, France Info en partenariat avec Rue 89, 28/10/2011, Dailymotion

Le sociologue Philippe Corcuff sur les nouveaux engagements politiques © France Info

Sur les nouveaux rapports à l'engagement (comme les Indignés), qui ne sont pas complètement nouveaux, et sur leurs ambivalences...

 

* "Pour reprendre vie, la forme parti devrait se faire plus expérimentale et mobile", entretien de Philippe Corcuff, avec Lina Sankari, L'Humanité, 18-20 novembre 2011

Un prolongement des réflexions précédentes, avec en particulier le risque d'envoûtement dans un zapping « présentiste » (pour l'historien François Hartog1, "le présentisme" constitue une tendance contemporaine dans notre rapport au temps tendant à nous enfermer dans un présent perpétuel et dans une logique de l'immédiateté) dans nos rapports aux mouvements sociaux et à la politique, ainsi qu'une exploration des conditions d'émergence d'organisations politiques réellement rénovées (alors que les tentatives récentes ont plutôt échouées pour l'instant à la faire pour l'instant : NPA, Front de Gauche, Parti de Gauche ou FASE)


Les Indignés ou Montebourg ?

 

* Forum de Lyon Libération : "Les nouvelles frontières !" (25-27 novembre 2011) : débat "Les indignés : la classe moyenne fait la révolution ?", avec Philippe Corcuff et avec Avirama Golan (journaliste israélienne à Haaretz), modéré par Annette Lévy-Willard (journaliste à Libération), 26 novembre 2011 :

 

- "Converger avec les couches populaires...", Libération, 25 novembre 2011

Une mise à distance critique de l'équation "la classe moyenne" = "les Indignés" et certains enjeux de « la classe salariée ».

 

- Vidéo du débat (environ 1h30), rubrique "Les films du forum", débat "Les indignés : la classe moyenne fait la révolution ?"

De la nécessaire humilité des organisations politiques de gauche vis-à-vis des Indignés : remplacer les tentations de récupération politicienne et/ou d'arrogance avant-gardiste par la mise à disposition d'un savoir négatif : « Nous avons dans nos bagages deux siècles d'expériences d'échecs, de défaites et d'impasses d'un anticapitalisme émancipateur, cela peut vous être utile afin de pas répéter des erreurs similaires ».

Par ailleurs, l'identification de deux pôles opposés face à la crise actuelle du capitalisme :

1) le pôle Indignés : anticapitalisme, mise en cause de la professionnalisation politique et métissage internationaliste ;

et 2) le pôle Arnaud Montebourg (ou plutôt la lecture de « la démondialisation » par Arnaud Montebourg dans son livre Votez pour la démondialisation !, Flammarion, 2011) : maintien de « l'économie de marché mondiale » (p.53), maintien de la professionnalisation politique (mais sous le marketing new look "6e République", quelque peu rétrécie par rapport à ses débuts, du fait des nécessités de carrière du politicien professionnel Arnaud Montebourg lui-même, voir plus haut) et protectionnisme européen (ou, à défaut, national).

 

L'opposition métissage internationalisme/protectionnisme européen ? Les Indignés, dans le sillage de l'altermondialisme, donnent une actualité à la cosmopolitique des Lumières du 18e siècle2 et à l'internationalisme prolétarien ("l'Internationale sera le genre humain" de la chanson écrite par Eugène Pottier au cours de la Commune de Paris de 1871, L'Internationale). Le livre d'Arnaud Montebourg insiste sur "la Chine", "le travailleur chinois" et "les Chinois" (qui, par exemple, "volent" nos technologies, p.41 ; voir aussi pp.30, 40 et 42) comme sur "l'Allemagne" (marquée principalement par l'"égoïsme", p.73 ; voir aussi pp. 42, 74, 77 et 79) ) en tant que menaces principales, en défendant un "protectionnisme" autour de la sacralisation de "la frontière européenne" (p.52), tout en n'hésitant pas à recourir à des trémolos cocardiers (du type "de notre grand et beau pays, la France", p.14, ou "comme les Français, qui composent une grande nation politique, l'ont à leur manière toujours réussi", p.51). C'est un syndicaliste cheminot, Basile Pot, qui m'a alerté sur ces aspects potentiellement chauvins (chauvinisme européen ou, à défaut, national) du livre de Montebourg. Dans une période de crise du capitalisme, où les concurrences entre régions du monde et nations sont accentuées et où diverses formes de xénophobie sont renaissantes, n'est-ce pas prendre le risque, sous une forme certes soft et républicaine, de voir se développer le schéma "nous" (européens et/ou français) contre "eux" ("les étrangers", notamment "les Chinois") ? Gagner des parts de marché dans la concurrence face aux "Chinois", dans un capitalisme maintenu, sous la direction de politiciens professionnels "modernes" : c'est la démarche inverse des Indignés, qui tissent des réseaux internationaux de solidarité et métissent les expériences arabes, espagnoles, américaines, etc.

 

Il ne s'agit pas ici de récuser la possibilité pragmatique pour l'Europe ou un pays de recourir à des protections temporaires (ou plus durables, dans le cadre de biens communs comme l'éducation, la culture, etc.) dans certains circonstances, mais de pointer l'oubli par certains discours "démondialisateurs" en vogue de l'horizon de l'action émancipatrice : « l'Internationale sera le genre humain » ! L'économiste Jean-Marie Harribey, ancien co-président d'ATTAC France, avait posé les termes du débat dès juin 2011 : "Démondialisation ou altermondialisme ? "3.


En France, tout finit par des chansons ? Mélancolie joyeuse de Joe Dassin...

 

* "Joe Dassin et les mouvements sociaux : interférence électrique", site Le Zèbre, 26 novembre 2011

Trois chansons de Joe Dassin ("Si tu t'appelles mélancolie", "Salut les amoureux" et "Dans les yeux d'Emilie") pour éclairer les mouvements sociaux en France...

Et si l'on associait "mélancolie" et "joie de vivre", percée philosophique majeure de Joe Dassin ?

"On n'est pas couché" 25-02-2012

 

Ouvertures et prolongements

Voir B.a.-ba philosophique de la politique pour ceux qui ne sont ni énarques, ni politiciens, ni patrons, ni journalistes de Philippe Corcuff (Textuel, collection "Petite Encyclopédie Critique", 2011) ; voir aussi à propos de ce livre sur Mediapart dans l'édition Petite Encyclopédie Critique : "Á contre-courant de la politique du buzz : une gauche des cerveaux lents et des cerfs-volants ?", 11 mars 2011.

Notes :

1 - Dans François Hartog, Régimes d'historicité. Présentisme et expériences du temps, Seuil, collection "La librairie du XXIe siècle", 2003.

2 - "un État cosmopolitique universel arrivera un jour à s'établir", écrit Emmanuel Kant, dans "Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique" (1784) repris dans Opuscules sur l'histoire, GF/Flammarion, 1990, p.86.

3 - Dans Jean-Marie Harribey, "Démondialisation ou altermondialisme ?", 7 juin 2011 ; voir aussi "La démondialisation heureuse ? Éléments de débat et de réponse à Frédéric Lordon et à quelques autres collègues", 16 juin 2011.

 

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