Des «gilets jaunes» composites et des gauches embrumées: différences avec Mediapart

Quelques repères quant au mouvement des «gilets jaunes», en décalage avec les éclairages dominants fournis par la rédaction de Mediapart, et à propos, surtout, des brouillages confusionnistes accentués à cette occasion à gauche…

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En-dehors d’un premier article de Dan Israel du 19 novembre 2018, pointant la tendance à un consensus médiatique et politicien favorable aux « gilets jaunes » et quelques dérapages dans le mouvement lui-même, et d’un texte d’Edwy Plenel du 23 décembre 2018, identifiant un double écueil à gauche, celui de « l’attentisme » et celui du « suivisme » (en oubliant toutefois de signaler, dans la logique d’un « penser contre soi-même », que la rédaction de Mediapart a largement participé à ce « suivisme »), la rédaction de Mediapart a livré une vue très globalement positive du mouvement des « gilets jaunes » de manière trop homogène, comme la grande majorité des médias. Par ailleurs, les points de vue intellectuels sollicités ont été unilatéralement favorables. Des éclairages plus nuancés, davantage en adéquation avec les valeurs de Mediapart, n’auraient-ils pas pu souligner des tendances majoritaires effectives (surgissement de la question sociale à travers l’expression de sentiments de dignité face à l’injustice dans des secteurs des milieux populaires et des couches moyennes, critique des pentes oligarchiques des régimes représentatifs faussement appelés « démocratiques », formes d’auto-organisation citoyenne…), tout en informant davantage sur des zones d’ombre minoritaires (par exemple, sont remontées des canaux militants, y compris de personnes favorables au mouvement, la tenue de propos anti-migrants sur des barrages comme la circulation entre des barrages d’une prose conspirationniste via Facebook) au sein d’un mouvement composite ? Comment se fait-il que personne dans la rédaction n’ait critiqué les propos faisandés exprimés dans Mediapart le 7 décembre 2018 par l’éditeur Eric Hazan dans un entretien avec Joseph Confavreux ? Rappelons qu’Eric Hazan y avance :

« le fait que l’extrême droite soit présente dans cette violence en défrise pas mal. Mais moi, ça ne me gêne pas.

Pourquoi ?

Parce que les ennemis de mes ennemis ne sont pas vraiment des amis, mais un peu quand même. »

Or, ces phrases justifient des alliances ponctuelles avec l’extrême droite contre le pouvoir macronien et banalisent un peu plus cette extrême droite. Ces phrases ne rentrent-elles pas alors dans le cadre de ce qu’Edwy Plenel récusera fermement le 23 décembre : « Toute complaisance vis-à-vis des tentatives de l’extrême droite antisémite, raciste et xénophobe d’annexer et de dévoyer le mouvement des "gilets jaunes" annonce la ruine de ses exigences démocratiques et sociales initiales. » ? Il faudrait toutefois apporter une nuance à ces « exigences initiales », car les zones troubles minoritaires dans le mouvement ont aussi été « initiales », et bien souvent des militants et sympathisants d’extrême droite y ont été présents au départ, avant même ceux de « la gauche radicale ».

Pour alimenter une vue davantage nuancée d’une réalité contrastée, en étant également attentif aux contradictions du réel et aux effets d’un contexte politico-idéologique marqué par l’extension des domaines du confusionnisme (c’est-à-dire de zones rhétoriques banalisées établissant des passages entre thèmes de gauche, de droite et d’extrême droite), j’ai proposé le 23 décembre sur le site de réflexions libertaires Grand Angle quelques matériaux introduits et commentés sous le titre « "Gilets jaunes" : repères libertaires et pragmatiques sur un mouvement composite. Pour que la vue sur le mouvement des « gilets jaunes » ne soit cependant pas déséquilibrée au profit des inquiétudes, ce texte est accompagné d’un article de l’anthropologue Charles Macdonald sur les composantes libertaires du mouvement : « Les Gilets jaunes sont-ils des anarchistes ? ». Les deux contributions sont insérées dans un chapeau commun : « A propos des Gilets jaunes », http://www.grand-angle-libertaire.net/a-propos-des-gilets-jaunes/.

Dans ce billet de Mediapart, je reprends successivement trois composantes partielles de mon texte publié le 23 décembre :

1) son introduction ;

2) une courte tribune qui m’a été commandée par le journal Le Monde pour réagir aux propos d’Eric Hazan sur Mediapart et publiée dans le numéro daté des 16-17 décembre 2018 ;

et 3) un texte paru le 20 novembre 2018 et consacré à la présence d’un tweet antisémite sur un site national des « gilets jaunes ».

Le respect critique défendu dans ces textes constitue un espace incluant au moins deux positionnements pratiques vis-à-vis du mouvement des « gilets jaunes » : une extériorité compréhensive (ma propre position personnelle) ou un participation critique, et récuse tant la condamnation globale (fort marginale, en fait, dans les prises de position publiques) que le suivisme paternaliste (positionnement de la plupart des organisations dites de « la gauche radicale » : Attac, Fondation Copernic, PCF, la France insoumise, NPA…).

Ce billet se veut un hommage critique au travail de la rédaction de Mediapart via le volet participatif de ce média indépendant et pluraliste, qui apparaît indispensable dans la période brouillée qui est la nôtre.

Les photos cheminant avec les analyses de ce billet ont été reproduites avec l’amicale autorisation de leur auteure, Eve Lomé (voir http://www.evelome.fr/).

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I  - Des difficultés d’une approche nuancée du mouvement des « gilets jaunes » en contexte politico-idéologique confusionniste

- Introduction à « "Gilets jaunes" : repères libertaires et pragmatiques sur un mouvement composite », site de réflexions libertaires Grand Angle, 23 décembre 2018, http://www.grand-angle-libertaire.net/a-propos-des-gilets-jaunes/ (onglet « Repères ») -

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Le mouvement dit des "gilets jaunes", amorcé en octobre 2018 sur le territoire français, apparaît composite, doté de contradictions et d'ambiguïtés, avec ses faces ensoleillées (affirmation d'une dignité bafouée au cœur de la question sociale pour certaines fractions des milieux populaires et des couches moyennes ou formes d'auto-organisation légitimement rétives aux logiques oligarchiques des régimes représentatifs indûment appelés "démocratiques") et ses faces troubles (attraits des discours conspirationnistes ou zones idéologiques d'extrême droite présentes dans le mouvement). Il y a peut-être plusieurs mouvements différents dans ce qui est appelé "le mouvement des gilets jaunes"?

Une de ses caractéristiques extérieures est d'avoir été soutenu par un arc de forces politiques improbable : le Rassemblement National de Marine Le Pen à l'extrême droite, Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan entre l'extrême droite et la droite, Les Républicains de Laurent Wauquiez du côté de la droite ultra-conservatrice, le Parti socialiste d’Olivier Faure, La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon et de François Ruffin, le Nouveau Parti Anticapitaliste d’Olivier Besancenot et de Philippe Poutou, l’organisation politique Alternative libertaire et (plus tardivement) la Fédération Anarchiste. Du côté de ce qu'on appelle "la gauche radicale", le mouvement des "gilets jaunes" a aussi été soutenu par l'association Attac, la Fondation Copernic et l'Union syndicale Solidaires. Dès les premiers pas du mouvement, il a été traité avec sympathie par une très grande partie des médias (comme l'a mis en évidence un article du journaliste Dan Israel sur Mediapart, et ce contrairement à ce qu'ont répété des soutiens du mouvement, comme si la dénonciation des "méchants médias" était devenue un mantra, de la gauche radicale à l'extrême droite, même quand la réalité du traitement médiatique dément cette formule devenue un dogme magique). Du côté de la presse d'opinion, le mouvement des "gilets jaunes" a été soutenu de la droite ultra-conservatrice de Valeurs actuelles et du Figaro à la gauche critique de Mediapart et de L'Humanité. Une part importante des milieux intellectuels inscrits dans la mouvance de la gauche radicale a également appuyé le mouvement, mais également des intellectuels d'extrême droite. L'arc des soutiens intellectuels aux "gilets jaunes" va ainsi d'Alain Soral ou Eric Zemmour pour l'extrême droite à Emmanuel Todd ou Frédéric Lordon pour les gauches critiques, en passant par des figures affectées de confusionnisme comme Christophe Guilluy et Jean-Claude Michéa.

Qu'il s'agisse des organisations ou des intellectuels, les discours de soutien au mouvement ont principalement consisté à projeter sur celui-ci les conceptions propres à ces soutiens, dans une attention faible à ses caractéristiques effectives. L'attitude de ces soutiens a alors souvent débouché sur une forme de paternalisme, avec la prétention de fixer le(s) sens pluriel(s), mouvant(s), ambigus(s) et hésitant(s) du mouvement de l'extérieur, en fonction de leur propres visions des choses, le mouvement étant ravalé au rang d'illustration d'orientations politiques et/ou intellectuelles pré-constituées. L'extrême ridicule a été atteint par intellectuels, des universitaires et des chercheurs qui ont vu dans le mouvement la confirmation de leurs propres travaux... Un respect critique vis-à-vis de ce mouvement aurait été plus digne, respect pour l'inédit et critique des ambiguïtés. Pour exprimer ce respect critique, suit une sélection de repères dans ce qui a été écrit sur le mouvement des "gilets jaunes". Afin de nourrir un tel respect critique, il faudrait pouvoir prendre en compte ensemble ces analyses et points de vue partiels.

Je fais l'hypothèse que les ambiguïtés du mouvement des "gilets jaunes" sont pour partie liées au contexte politico-idéologique actuel de brouillage des repères politiques antérieurement stabilisés autour des notions de "gauche" et de "droite" (qui ont émergé à la fin du XVIIIe siècle). On assiste en particulier à une fragilisation des liens historiques entre critique sociale et émancipation et, sur cette base, à un développement des usages ultra-conservateurs de la critique sociale via des tuyaux rhétoriques conspirationnistes, en particulier sur internet et sur les réseaux sociaux. Dans ce cadre, on observe une extension des domaines du confusionnisme, c'est-à-dire de zones idéologiques et politiques permettant des passages entre des thèmes de gauche, de droite et d'extrême droite, au profit principalement de bricolages idéologiques ultra-conservateurs. Un signe récent des brouillages idéologiques propres à ce confusionnisme est incarné par les déclarations confuses du démographe Emmanuel Todd le 17 décembre dernier à propos de l’extrême droite dans une émission de Frédéric Taddéi sur RT France (la branche francophone de la chaîne russe d’information internationale) consacrée aux "gilets jaunes" et reprises ci-après à la fin du point 2. Il faudrait pouvoir déployer les différents aspects de l’analyse globale du confusionnisme et fournir davantage d’indices empiriques l'étayant. Cela devrait être amorcé dans un livre que je devrais faire paraître en avril-mai 2019 aux éditions du Cerf : La grande confusion. Winter is coming. Selon cette approche, nous allons peut-être devoir nous habituer à des mouvements sociaux réunissant dans les mêmes cortèges des personnes qui auraient hier rejoint ceux du Front Populaire, d’autres qui auraient manifesté le 6 février 1934 avec les ligues d’extrême droite et d’autres, plus nombreuses encore, pour qui ces catégorisations politiques n’ont plus de sens...

Philippe Corcuff

ancien militant de la gauche radicale défunte

aujourd'hui militant d'une gauche libertaire et cosmopolitique d'émancipation

22 décembre 2018

Plan de la suite du texte consultable sur http://www.grand-angle-libertaire.net/a-propos-des-gilets-jaunes/ (onglet « Repères ») :

2) Contexte idéologique et politique

3) Faces ensoleillées d'un mouvement inédit

4) Faces troubles du mouvement dans un contexte idéologico-politique confusionniste

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II – L’agonie claironnante de la gauche radicale

Tribune publié dans Le Monde daté des 16-17 décembre 2018, https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/15/les-gilets-jaunes-ont-le-droit-au-soutien-paternaliste-de-la-gauche-radicale_5397967_3232.html (accès abonnés)

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Apportant son soutien au mouvement des « gilets jaunes », Eric Hazan a lancé, le 7 décembre, dans un entretien donné à Mediapart : « Les ennemis de mes ennemis ne sont pas vraiment des amis, mais un peu quand même ». On a là une expression de la déliquescence de la gauche radicale par une de ses figures intellectuelles. Une agonie qui se vit comme un illusoire revival tapageur.

On peut dater l’émergence de ladite « gauche radicale » autour d’avril 1991, quand l’ancien ministre communiste Charles Fiterman initie le manifeste « Refondations ». Elle prend son envol lors du mouvement social de l’hiver 1995 et pèse intellectuellement et politiquement sur les débats publics jusqu’en 2005 (date de la victoire du non au référendum sur le traité constitutionnel européen) et 2006 (marquée par le succès du mouvement social contre le contrat première embauche).

Cependant, le sarkozysme, comme facteur de libération publique d’une xénophobie sécuritaire - y compris sous des formes soft à gauche -, l’entêtement social-libéral de la gauche de gouvernement, le relookage de l’extrême droite mariniste, ainsi que la percée de discours « néo-réac » vont contribuer à accélérer le brouillage des repères politiques et l’extension du confusionnisme idéologique. La présidentielle de 2017 a stimulé davantage encore ce brouillard.

Aujourd’hui, l’un des piliers intellectuels de la gauche depuis sa naissance à la fin du XVIIIe siècle, qui associe la critique sociale et l’émancipation, est même en train de s’effondrer. Quand on critiquait des injustices, c’était en prenant appui sur un horizon social d’émancipation individuelle et collective. Or, sur la fragilisation de ce lien historique, des usages ultraconservateurs de la critique se développent, un peu dans les médias traditionnels, et surtout sur les réseaux sociaux : la critique du « système », de « la mondialisation », de « l’Europe » », de « la finance », des « médias » est reliée, de plus en plus souvent, à une défense de « l’identité nationale », menacée par « les migrants », « les musulmans », « les juifs », « le multiculturalisme » ou « le communautarisme » ; les « lobbys antiracistes », « féministes » ou « gay » sont dénoncés ; et le libéralisme politique est amalgamé au libéralisme économique. Le « peuple » est appréhendé comme une entité compacte et fermée.

Renouer les liens entre critique et émancipation constitue un des enjeux intellectuels importants d’une possible réinvention de la gauche. Pourtant, nombre de secteurs de la gauche radicale ne perçoivent pas ces risques. La formule « les ennemis de mes ennemis » d’Éric Hazan constitue une trace de cet aveuglement. Le thème de « l’ennemi » privilégiant le combat contre des visages identifiables dans une rhétorique dérivant facilement vers le complotisme.

Quant aux « gilets jaunes », ils ont le droit au soutien paternaliste et avant-gardiste d’une gauche radicale qui prétend détenir le sens du mouvement de l’extérieur, dans une sorte de course effrénée et tragi-comique derrière « ce qui bouge ». On peut penser qu’un respect critique, qui ne serait ni apologie ni caricature, serait à la fois plus humble et plus nuancé. Respect pour la dignité qui s’affirme et l’inédit qui tâtonne.

Philippe Corcuff est maître de conférences en science politique à l’Institut d’études politiques de Lyon.

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III - Quelques réflexions sur un tweet antisémite sur le site national des « gilets jaunes »

Paru sur le site d’Antoine Bevort, 20 novembre 2018, https://antoinebevort.blogspot.com/2018/11/philippe-corcuff-quelques-reflexions.html

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Rappels (3 janvier 2019) : Le tweet antisémite concerné a été repéré en Une d’un site national du mouvement des "gilets jaunes" (https//www.blocage17novembre.com/ transformé depuis en https://www.gilets-jaunes.com) par le sociologue Antoine Bevort le 20 novembre 2018 (capture d’écran à 10h38, https://antoinebevort.blogspot.com/2018/11/derapage-antisemite-intolerable-sur-le.html). Ce message était encore présent à la même place 24h après la première capture d’écran (capture d’écran le 21 novembre 2018 à 10h52). Puis le tweet antisémite disparaît de la Une du site, mais demeure sur le site via le lien https://www.blocage17novembre.com/direct avec la complaisance active des administrateurs du site (voir Antoine Bevort, « Tweet antisémite toujours en place avec semble-t-il l’aval des administrateurs du site blocage17novembre.com », site d’Antoine Bevort, 22 novembre 2018, https://antoinebevort.blogspot.com/2018/11/tweet-antisemite-toujours-en-place-avec.html). Le tweet antisémite est finalement resté présent sur ce site plus de sept jours après le repérage initial (capture d’écran le 26 novembre 2018 à 23h). Il a aujourd'hui disparu avec la transformation du site. Aucun média ne semble avoir signalé ce problème, et donc pas plus Mediapart (dont plusieurs journalistes ont été prévenus du problème dès le départ) qu’un autre. L‘antisémitisme – comme l’islamophobie, les préjugés anti-migrants et encore davantage les schémas conspirationnistes - ne constitue donc pas un problème extérieur au mouvement des « gilets jaunes », qui aurait seulement été introduit par des militants d’extrême droite lors de « l’acte VI » du mouvement le samedi 22 décembre 2018, mais se présente comme un élément minoritaire au sein de ce mouvement depuis le début. C’est un élément qu’il ne s’agit pas de grossir exagérément, mais pas non plus d’effacer du dessin d’un réel composite, sous peine de prendre ses désirs (de gauche) pour la réalité.

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Le sociologue Antoine Bevort a signalé dans la matinée un dérapage antisémite sur le site national des "gilets jaune" : https://antoinebevort.blogspot.com/2018/11/derapage-antisemite-intolerable-sur-le.html . Il a effectué une capture d'écran à 10h38 ce mardi 20 novembre et j'ai refait une capture d'écran à 17h42 (en PJ), et ce tweet antisémite est toujours en Une du site (sur la bande de droite : https://www.blocage17novembre.com/ ). Plus de 7h donc qu'un tweet qui met en cause "la juivisie" est mis en valeur sur le site national des "gilets jaunes" sans que cela semble poser de problème aux animateurs et aux visiteurs de ce site! Un mouvement social présenté plutôt positivement par les médias, et qui voit Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Laurent Wauquiez, Olivier Faure et Jean-Luc Mélenchon-François Ruffin rivaliser pour lui faire les yeux doux, donc un spectre politique assez large.

Or le texte du tweet est bien explicite :

[awax95200

Traduction: "ils"= l'état français @gouvernementFR avec l'aval des état unis et la juivisie ont hésiter à perpétuer un attentat le 17 novembre #GiletsJaunes#gouvernementvoyou #etatterroriste #bhl]

Et le compte twitter d'awax95200 apparaît suspendu : https://twitter.com/account/suspended .

Mais on trouve les tweets d'awax95200 (de Sarcelles) en caché sur internet :
https://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:7H1l751hLVgJ:https://twitter.com/awax952002+&cd=2&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&client=firefox-b [n’est plus accessible en janvier 2019, mais le compte twitter est réapparu sous une nouvelle dénomination à partir du 21 novembre 2018 : A l’ancienne awax 95200, https://twitter.com/ALancienne7].

Ce compte twitter relaye beaucoup Egalité et Réconciliation, le groupe d'extrême droite d'Alain Soral, mais on ne trouve plus le tweet incriminé (qui est donc pourtant encore sur le site des gilets jaunes au moment où j'envoie ce message), peut-être le motif de la suspension de tweeter? Suspendu par tweeter pas par les "gilets jaunes"?

Je suis de ceux qui ne sont pas partisans de condamner a priori et globalement le mouvement composite dit des "gilets jaunes", malgré certaines confusions qu'il charrie avec lui. Ma position est celle d'une ouverture perplexe à ce qui se passe, mêlant compréhension et inquiétude critique. Car dans la période actuelle de brouillard idéologique, où les repères quant à ce qu'on appelle gauche, droite et extrême droite apparaissent brouillés, il est logique que les mouvements sociaux qui émergent hors des cadres organisés traditionnels de la gauche (syndicaux, associatifs, partisans...) soient affectés par ces confusions. Mais il faut être implacable quant aux dérapages constatés, comme celui-là.

On paye tout d'abord un aveuglement dans de nombreux secteurs des mouvements sociaux critiques et de la gauche radicale quant à la montée ces dernières années des usages ultra-conservateurs et "post-fascistes" de la critique sociale sur internet et sur les réseaux sociaux : "critique du système", "critique du néolibéralisme", "critique de la finance", "critique des banques", "critique des médias", "critique des élites", "critique de ceux d'en haut", "critique de la mondialisation", voire "critique du capitalisme"...connectés non pas à une perspective d'émancipation sociale, mais à des xénophobies (notamment visant "les musulmans" et/ou "les juifs"), au sexisme et à l'homophobie sur fond de nationalisme et de conspirationnisme.

Dans ce cadre global, on paye aussi la relativisation de l'antisémitisme dans le combat antiraciste par des secteurs significatifs de la gauche radicale. Relativisation, c'est-à-dire que c'est devenu un domaine marginal de la lutte antiraciste pour ces secteurs, qui ne participent presque plus aux mobilisations contre les actes antisémites (depuis au moins l'assassinat d'Ilan Halimi en janvier-février 2006). Relativisation ne veut donc pas du tout dire que ces secteurs sont devenus antisémites comme certains l'avancent faussement dans certains médias (si l'antisémitisme existe bien dans la gauche radicale, il est aujourd'hui marginal). Cette pente à la relativisation de l'antisémitisme dans des secteurs significatifs de la gauche radicale dans la dernière période a bien été documentée et analysée par le militant de la gauche radicale (ancien militant de la Ligue Communiste Révolutionnaire et aujourd'hui membre d'Ensemble!) et historien Robert Hirsch dans son livre Sont-ils toujours des Juifs allemands? La gauche radicale et les juifs depuis 1968 (Arbre bleu éditions, 2017, http://www.arbre-bleu-editions.com/sont-ils-toujours-des-juifs-allemands.html ).

salutations libertaires

Philippe Corcuff

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