La promesse d’émancipation et le «côté obscur de la force»

Une contribution dans la perspective d’une intervention au 26e Forum Philo Le Monde/Le Mans (14-15-16 novembre 2014) sur le thème « Qui tient la promesse ? », avec également la participation de Florence Aubenas, Alain Badiou, Michela Marzano, Jean-Luc Nancy, André Orléan, etc.

Une contribution dans la perspective d’une intervention au 26e Forum Philo Le Monde/Le Mans (14-15-16 novembre 2014) sur le thème « Qui tient la promesse ? », avec également la participation de Florence Aubenas, Alain Badiou, Michela Marzano, Jean-Luc Nancy, André Orléan, etc.

 

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I – Article paru sous le titre « L’horizon émancipateur »

Le Monde, cahier « Le Monde des livres », daté de vendredi 7 novembre 2014

 

 

Grâce à sa double tonalité d’espérance et d’engagement, la notion de promesse inscrit l’émancipation individuelle et collective des chaînes du capitalisme et de toutes les discriminations dans une dialectique de l’horizon et de l’action. Jacques Derrida a su, dans Spectres de Marx (Galilée, 1993), en livrer une formulation acérée. Pour le philosophe, la promesse appelle l’ouverture d’un « écart entre une promesse infinie » et « les formes déterminées, nécessaires mais nécessairement inadéquates de ce qui doit se mesurer à cette promesse ». L’horizon émancipateur aurait quelque chose d’un infini sans cesse à relancer. Ce faisant, les institutions apparaîtraient tout à la fois « nécessaires », en tant qu’inscriptions lacunaires et provisoires d’un idéal, et « nécessairement inadéquates », car en deçà de cet idéal toujours pour partie déformé par les logiques socio-historiques de domination et fragilisé par les faiblesses humaines.

 

Cependant, pour Derrida, l’action à laquelle engage la promesse émancipatrice ne s’énonce pas uniquement dans le registre de l’écart entre des réalisations imparfaites et la boussole d’un horizon mouvant. Empruntant à l’éthique du visage d’Emmanuel Levinas, il introduit dans Force de loi (Galilée, 1994) l’aiguillon de l’urgence qui nous convoque ici et maintenant. L’idéal au sens d’une promesse ne doit pas pouvoir se dégrader en invocation lointaine qui n’engage pas vraiment, à la manière des cerises que posent de jeunes normaliens, chargés de rédiger les discours, sur le gâteau des topos indigestes de nos dirigeants politiques. Il y va de visages singuliers affectés par la détresse, de situations sociales concrètes et de dégradations écologiques qui n’attendent pas.

 

La promesse d’émancipation s’exprime aujourd’hui en France à travers une variété de résistances et d’aspirations à la justice sociale, à la dignité personnelle, à l’autogouvernement de soi et des collectivités au sein desquelles nous sommes insérés ou à la sauvegarde des conditions écologiques de vivabilité de la planète. Ce qui dément la thèse de la prétendue « droitisation de la société française ». Mais ces potentialités émancipatrices ne sont presque plus audibles au sein des institutions de notre régime représentatif professionnalisé. Et même, tant du côté de la politique dominante que de discours néoconservateurs montants dans les médias et sur Internet, c’est l’extrême droitisation politique et idéologique qui sert d’aimant principal à l’air du temps parmi les élites. Le plus visible sur la scène publique apparaît saisi par « le côté obscur de la force » dans des relents d’années 1930, en déphasage avec les mouvements et les attentes contradictoires travaillant la société. Ce Star Warsdes temps qui viennent si vite impose à ceux qui n’ont pas perdu de vue la promesse émancipatrice, à la différence de nos gouvernants sociaux-libéraux devenus de simples porte-parole du business et de la gendarmerie, de faire face à une vieille urgence réactualisée : émancipation ou barbarie ?

 

 

II – 26e Forum Philo Le Monde/Le Mans (14-15-16 novembre 2014)

 

* Programme complet : http://www.lemonde.fr/livres/article/2014/11/06/forum-philo-le-monde-le-mans-le-programme_4519534_3260.html

 

J’interviens sur le thème « La promesse d’émancipation et le "côté obscur de la force" dans la France d’aujourd’hui », dans le cadre de la table-ronde « Peut-on se passer de la promesse ? », le vendredi 14 novembre (15h-18h15), avec Alain Badiou, Alain Boyer et Monique Dixsaut

 

* Informations pratiques : http://forumlemondelemans.univ-lemans.fr/fr/index.html

 

 

III - « "Eric Zemmour héritier de la BHL-isation de la pensée à l’œuvre depuis les années 70" : quand Philippe Corcuff voit la droite dans la bouillasse et la gauche dans le brouillard »

 

Entretien avec Nicolas Goetzmann à propos de l’ouvrage Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard (éditions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », octobre 2014) sur le site Atlantico, 8 novembre 2014, http://www.atlantico.fr/decryptage/eric-zemmour-heritier-bhl-isation-pensee-oeuvre-depuis-annees-70-quand-philippe-corcuff-voit-droite-dans-bouillasse-et-gauche-1845891.html

 

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