En partant de l’auteur de roman noir James Sallis, une mise en perspective humoristique de la campagne présidentielle, avec un dessin de Charb…
« Phil noir » est une chronique irrégulière, accompagnée à chaque fois d’un dessin de Charb (de Charlie Hebdo) ; que je réalise sur le site culturel alternatif lyonnais Le zèbre, en partant du polar. Voilà la 20ème édition, en compagnie de James Sallis (l’auteur de Drive, récemment adapté au cinéma) !
Phil noir 20
La foire électorale aux truffes et le polar : Sarkozy, Hollande et les autres
Par Philippe Corcuff/dessin de CHARB
«- Savez-vous ce que c’est une truffe, monsieur Turner ?
- Plus ou moins, je pense.
- C’est un tubercule. Ça pousse sous terre, sur les racines d’arbre qui ont passé des années à se faire une place, à lutter, à s’ouvrir un chemin jusqu’à la lumière. La tubercule profite de l’arbre et ne donne rien en retour.
- D’accord.
- Emily est une tubercule.»
James Sallis, Bois mort (Cypress Grove, 2003).
John Turner, ancien flic et ancien taulard, devenu à sa sortie de prison psychologue, se réfugie à la campagne dans le Tennessee. Toutefois il va être réimpliqué dans une affaire criminelle à la demande du shérif local. Cypress Grove constitue le premier volet de la trilogie des enquêtes de Turner. Du polar imprégné de sagesse mélancolique. Des perles philosophiques accompagnant l’action. Une sérénité nourrie de l’expérience ordinaire de l’imperfection et des faiblesses humaines :
«Je songeais à la fragilité de nos existences, au fil ténu qui nous reliait à ce monde.»
Un sens du tragique n’excluant pas les pointes d’humour, comme une réjouissante description de la truffe… L’auteur ? James Sallis, également créateur de la série des Lew Griffin, détective noir de la Nouvelle-Orléans, mais aussi de Drive, adapté magistralement au cinéma par le réalisateur danois Nicolas Winding Refn à Hollywood en 2011.
Dans l’échange mis en exergue, nous redécouvrons donc comment la truffe est forte de ce qu’elle n’est pas, profite en contrebande de la solidité d’un arbre sans réciprocité aucune, afin de « s’ouvrir un chemin vers la lumière » par usurpation, en court-circuitant la longue patience des racines, à l’esbroufe. Une belle métaphore pour certaines figures d’humains que nous croisons. Pour une dénommée Emily dans le roman et pas mal d’autres dans la vraie vie !
Cette métaphore apparaît également suggestive en ces temps de foire électorale, qui peut être lue comme une véritable foire aux truffes. Á droite bien sûr, où, par exemple, la truffe Nicolas Sarkozy hésite quant à l’arbre qu’elle va pomper : de Gaulle, le petit commerce vindicatif de Pierre Poujade ou tout le bosquet des comiques troupiers (Henri Guaino, sa plume, connaît toutes leurs chansons par cœur !), en n’hésitant pas à louvoyer autour de la frontière poreuse délimitant l’exaltation patriotarde et la quête xénophobe de « l’ennemi de l’intérieur », en particulier les Sarrasins des nouvelles croisades post-coloniales. Comme le dit un personnage de Cypress Grove :
« II ne croit pas. Pas même au capitalisme, d’après ce que j’en sais. Tout cela est affaire de pragmatisme, je pense ».
Mais la gauche n’est pas en reste : notre famille politique fait même le plein truffier. La truffe light François Hollande…
La suite de la chronique sur le site Le Zèbre : « Phil noir 20 »/Le Zèbre [cliquer ici]
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On peut retrouver l’ensemble des « Phils noirs » sur Le Zèbre : Panorama « Phils noirs »/Le Zèbre [cliquer ici]