Vidéo conférence Edwy Plenel: 10e anniversaire de l’Université Populaire de Lyon!

Pour fêter le 10e anniversaire de l’Université Populaire de Lyon, une conférence d’Edwy Plenel sur « Médias indépendants et participatifs, esprit des universités populaires et avenir de la démocratie » au TNP de Villeurbanne le 6 octobre 2014 : la vidéo et l’introduction de la séance…

Pour fêter le 10e anniversaire de l’Université Populaire de Lyon, une conférence d’Edwy Plenel sur « Médias indépendants et participatifs, esprit des universités populaires et avenir de la démocratie » au TNP de Villeurbanne le 6 octobre 2014 : la vidéo et l’introduction de la séance…

Devant une salle attentive de 600 personnes au sein du Théâtre National Populaire de Villeurbanne (voir http://www.tnp-villeurbanne.com/), Edwy Plenel est venu fêter avec nous nos 10 ans. Nous avons ainsi commencé nos activités, dans un cadre associatif marqué par la gratuité de cours ouverts à tous, le 12 janvier 2005 au lycée professionnel Diderot sur les pentes de la Croix-Rousse. Le thème transversal de cette année 2014-2015 est :

Le corps a ses raisons

Les cours se déroulent principalement aujourd’hui sur deux sites : les Archives municipales de Lyon et le TNP de Villeurbanne. Pour avoir le programme et toutes les informations pratiques, il faut consulter notre site : http://unipoplyon.fr/. On peut écouter les cours sur le même site quelques jours après les séances.

Lors de cette séance du 10e anniversaire, la sociologue turque Pinar Selek (vivant en exil en France et pour l’instant à Lyon, voir son site : http://www.pinarselek.fr/) est intervenue pour parler de l’acharnement de son gouvernement contre elle.

Mais place à l’entrecroisement de l’esprit des universités populaires et de l’aventure Mediapart, avec la vidéo de la conférence d’Edwy Plenel !

Conférence de Edwy Plenel - 10 ans de l'Université Populaire de Lyon © Théâtre National Populaire - TNP

« Médias indépendants et participatifs, esprit des universités populaires et avenir de la démocratie »

Durée : environ 1h05

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Double actualité des Universités Populaires et de Mediapart

(Introduction de Philippe Corcuff à la séance du 10e anniversaire de l’Université Populaire de Lyon, le 6 octobre 2014)

Je suis un des cofondateurs de l’Université Populaire de Lyon qui, répondant à l’appel de Françoise Bressat-Blum – devenue l’âme de cette université populaire -, s’est lancé dans l’aventure en janvier 2005.

Ce beau parcours associatif et bénévole de 10 ans rencontre une actualité particulière dans ce que le philosophe Maurice Merleau-Ponty appelait « l’époque », dans un texte de juillet 1948 :

« L’époque, c’est notre temps traité sans respect, dans sa vérité insupportable, encore collé à nous, encore sensible au jugement humain qui le comprend et qui le change, interrogé, critiqué, interpellé, confus comme un visage que nous ne savons pas encore déchiffrer, mais comme un visage aussi gonflé de possibles. » (1)

Edwy Plenel va justement nous parler dans quelques instants de « l’époque » actuelle, avec ses chausse-trappes et ses potentialités, en rapport avec l’esprit des universités populaires et d’une autre belle expérience parente, Mediapart.

« Le côté obscur de la force »

Il y a donc une actualité de l’Université Populaire de Lyon dans notre « époque », tout particulièrement ! Tout d’abord, notre université populaire s’est voulue un lieu d’appropriation de savoirs critiques, dans le pluralisme et la rigueur ; rigueur puisée dans le monde universitaire mais en s’efforçant de sortir des fermetures des milieux académiques. Savoirs critiques des préjugés, des lieux communs, des fantasmes, qui encombrent pas mal l’espace public et celui, semi-public, d’internet ces temps-ci. Je pense tout particulièrement au « côté obscur de la force » de « la période », c’est-à-dire au néoconservatisme xénophobe, sexiste, homophobe et nationaliste qui monte, avec le pôle islamophobe et négrophobe qui a pignon sur rue dans les médias, incarné par Eric Zemmour, et le pôle antisémite, avec la starlette de l’underground d’internet, Alain Soral, inspirateur intellectuel de Dieudonné (2).

Les savoirs critiques mis à disposition par les universités populaires sont tout particulièrement utiles dans « la période » face aux délires de ces faux rebelles. Une des cinq premiers enseignants de notre université populaire en 2005, l’historienne de la Révolution française Sophie Wahnich, a fort justement rendu compte, dans « Le Monde des livres » paru ce vendredi 3 octobre, des origines troubles du mot « rebelle », le premier « rebelle », dans sa trahison de la Révolution, étant Louis XVI. Aux « rebelles » qui peuvent aller dans n’importe quelle direction, et s’opposer aux idéaux de l’humanité, Sophie Wahnich a raison de préférer « une éthique révolutionnaire de la résistance à l’oppression ». Car les scènes politique et médiatique comme le web voient de plus en plus surgir des rebelles conservateurs et des critiques en rupture avec les valeurs humanistes. Il y a de la confusion et des brouillages qui s’installent dans ce que l’on qualifie de « critique », et on a encore plus besoin des savoirs critiques à visée de rigueur de nos universités populaires.

Potentialités émancipatrices

Cependant, dans notre université populaire, les savoirs critiques viennent nourrir une perspective émancipatrice, d’émancipation indissolublement individuelle et collective. Il s’agit d’ouvrir des zones de partage et de coopération autour de savoirs critiques, partages des plaisirs de la connaissance et de la rencontre notamment. Mais ces espaces communs ne sont pas là pour assommer par un marteau « collectiviste » obligatoire les individualités singulières, bien au contraire. Dans nos cours, avec plus de distance, et dans nos ateliers, avec plus d’implication, les unes et les autres, celles et ceux que nous appelons « les upistes », viennent glaner des éléments pour se construire elles-mêmes et eux-mêmes. Les universités populaires constituent un des lieux du bricolage de soi dans le partage et la coopération. Cela nous rappelle que « l’époque » dont parle Merleau-Ponty n’a pas que des traits sombres, mais se révèle « aussi gonflé de possibles ».

De la fermeture de la politique institutionnelle à Mediapart

Malheureusement, ces aspirations émancipatrices, individuelles et collectives, qui sont mises au travail et en partage au sein des universités populaires, sont de plus en plus ignorées de la politique institutionnelle de nos sociétés qu’on appelle « démocratiques », et que je préfère nommer des régimes représentatifs professionnalisés à idéaux démocratiques. C’est sur ce plan également qu’Edwy Plenel a à nous dire des choses d’importantes à partir de l’expérience de Mediapart.

Un des paradoxes de la situation actuelle en France, c’est que la société exprime des désirs et des potentialités émancipatrices – et ici il faut récuser fermement la thèse conservatrice de la prétendue « droitisation de la société » -, alors que l’aimant principal du champ politique devient l’extrême droitisation, y compris pour des secteurs significatifs de la gauche. Une odeur âcre d’années 30 plane sur la politique institutionnelle, tandis que des passions démocratiques, des résistances populaires, des expériences alternatives, des attentes émancipatrices apparaissent à l’œuvre dans la société, sans guère de relais publics, en-dehors de nos fragiles et modestes expériences d’universités populaires, d’initiatives citoyennes localisées et…de Mediapart, notamment.

Je suis heureux de recevoir ici mon ami Edwy Plenel. Quand il m’a demandé aux débuts de Mediapart d’y ouvrir un blog en avril 2008, il devait y avoir à peine 10000 abonnés. Aujourd’hui, Mediapart a dépassé le seuil des 100000 abonnés, 10 fois plus ! Une nouvelle réjouissante qui rencontre un silence assourdissant du côté des médias traditionnels, en pleines difficultés et ayant du mal à se renouveler véritablement. Incarnant, dans l’espace public un peu du côté ensoleillé des aspirations démocratiques et émancipatrices à l’œuvre dans la société, il est alors assez logique que Mediapart en général et qu’Edwy Plenel en particulier reçoivent les crachats de ses « chers » confrères et même la prose venimeuse des néoconservateurs.

Encore les crachats de Zemmour…

Ainsi ce jeudi 2 octobre 2014, Eric Zemmour intitulait sa chronique hebdomadaire du Figaro « Prêchi-prêcha Plenel ». La non-pensée zemmourienne cultive souvent les paradoxes non argumentés. Puisqu’Edwy Plenel vient de publier un livre intitulé Pour les musulmans, c’est que « Plenel aura tout fait pour que les Français détestent de plus en plus les musulmans » (sic) ! Notons au passage, un des tours de passe-passe de la magie néoconservatrice, « les Français » de Zemmour ont connu une sorte purification ethnique symbolique, puisque « les musulmans » en ont été exclus, et que même les dits « Français » semblent surtout se définir par la détestation des « musulmans », qui, ajoute-t-il, refusent de « s’assimiler ».

On trouve aussi au cœur de ce texte une des incohérence logiques fréquentes dans la non-pensée néoconservatrice, qui ne s’embarrasse guère de logique en général : les défenseurs de l’humanisme et du métissage des cultures, comme Edwy Plenel (ou les animateurs de l’Université Populaire de Lyon), y sont accusés d’être du côté de « la morale » (ce qui a l’air d’être mal) et, en même temps, on leur reproche d’avoir détruit « la morale » avec Mai 68 (et là la morale ça a l’air d’être bien).

N’en restons toutefois pas à ces non-pensées qui salissent la pensée, pour revenir avec Edwy Plenel au sujet principal de ce soir à l’occasion du 10e anniversaire de l’Université Populaire de Lyon : « Médias indépendants et participatifs, esprit des universités populaires et avenir de la démocratie ». A toi Edwy !

Notes :

(1) M. Merleau-Ponty : « Complicité objective » (1e éd. : juillet 1948), repris dans Parcours, 1935-1951, éditions Verdier, 1997, p.113.

(2) Voir sur cette question mon livre Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard (éditions textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », octobre 2014) ; et pour une introduction : a) sur Mediapart : « Zemmour and co : les néo-con’s français et la tyrannie du "politiquement incorrect" », 13 octobre 2014 ; et b) un entretien paru dans l’hebdomadaire Les Inrockuptibles (avec Anne Laffeter, n°984, semaine du 8 au 14 octobre 2014), incluant les réactions d’Alain Finkielkraut et Laurent Bouvet : « Années 30, le remake ? ».

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