Pour enrayer l'extrême droitisation idéologique comme seule réponse au néolibéralisme encore hégémonique dans les milieux politiciens, mais récusé par une large majorité de la population, il faut casser nettement le social-libéralisme (pacte de responsabilité, loi Macron, loi travail...) aimanté par l'extrême droitisation (romophobie, usages dévoyés du bel idéal de laïcité principalement contre "les musulmans", tout-sécuritaire...) incarné par Manuel Valls. Il faut donc amplifier le score de Benoît Hamon au deuxième tour des Primaires du PS élargi ce dimanche 29 janvier.

Les amis de la gauche de gauche, les "révolutionnaires" et les libertaires ne peuvent se désintéresser totalement, en contexte d'extrême droitisation, de ce qui se passe dans la gauche institutionnelle et "réformiste". Non pas pour alimenter de nouvelles illusions électoralistes quant à la possibilité d'apporter des changements sociaux significatifs via le recours aux urnes dans le cadre des régimes représentatifs professionnalisés actuels, mais pour déplacer le curseur de l'air du temps idéologique en un sens moins nauséabond (la xénophobie, le nationalisme et l'hystérie identitaire), en réorientant les débats publics vers une association de la question sociale et de la valorisation du multiculturel dans une ouverture internationaliste.

Les rancœurs à l'égard du PS sont légitimes. Depuis le tournant social-libéral de 1983, il est devenu progressivement un des principaux facteurs de décomposition de la gauche historique et un des principaux obstacles à une relance du pari de l'émancipation sociale, le quinquennat Hollande-Valls offrant par ailleurs de nouvelles possibilités de développement à l'extrême droite. Cependant une politique du ressentiment serait, tout particulièrement aujourd'hui, aveuglée et aveuglante. L'enjeu de l'extrême droitisation en cours, et du possible effacement des politiques modernes d'émancipation (la conquête d'une autonomie individuelle et collective contre les dominations au moyen d'une transformation sociale) nées avec les Révolutions américaine et française au XVIIIe siècle et prolongées aux XIXe et XXe siècles par les socialismes, le féminisme ou l'anticolonialisme, apparaît plus importante que la satisfaction amère de nos appétits compréhensibles de vengeance.

N'oublions pas non plus, pour peser, via la campagne présidentielle officielle, sur les évidences idéologiques du moment, de rendre possible la "qualification" de Philippe Poutou, ce qui suppose qu'il ait les signatures d'élus nécessaires (voir la pétition "2017, Philippe Poutou doit en être", https://www.change.org/p/elus-de-france-2017-philippe-poutou-doit-en-%C3%AAtre).

A court terme : résister à l'extrême droitisation idéologique par tous les moyens à notre disposition. A moyen terme : relancer en pratique et en théorie une nouvelle gauche anticapitaliste, démocratique et libertaire, c'est-à-dire une nouvelle politique d'émancipation pour le XXIe siècle. Et maintenir des passerelles entre les deux, dans une tension inévitable entre ces deux temporalités, afin que les politiques modernes d'émancipation ne se réduisent pas prochainement à n'être qu'un objet d'étude pour les historiens et qu'un objet de folklore pour des groupuscules militants.

 

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Ce billet se situe dans le prolongement d'un précédent : "Election (présidentielle), piège à cons? Oui, mais...", 20 janvier 2017, https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/200117/election-presidentielle-piege-cons-oui-mais, initialement paru dans Libération daté du 19 janvier 2017, http://www.liberation.fr/debats/2017/01/18/elections-piege-a-cons-pas-si-sur_1542422.

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