Marx, anarchisme, utopie : explorations hérétiques

Á la veille du 1er mai et face à la médiocrité hollando-vallsienne, peut-être faudrait-il revenir à des réflexions de fond, loin des piétinements de « l’actualité » ? Deux vidéos et un audio de trois conférences récentes...sans oublier une chanson de Dick Annegarn.

 Á Basile, mon fils, né le 4 avril 2014, qui me donne encore davantage envie de poursuivre de fragiles explorations utopiques

 

« Je reconnais c'est vrai, tous les soirs dans ma tête

C'est la fête des anciens combattants d'une guerre

Qui est toujours à faire »

Dick Annegarn, « Bruxelles » (1974)

 

1 - Lecture hérétique de Marx au XXIe siècle

 

Conférence organisée par l’Université pour tous de Vaison-la-Romaine, 12 février 2014

 

 

* Plan de la conférence :

Introduction

I - La critique du capitalisme et de ses contradictions

a) La Machinerie capitaliste : plutôt Matrix ou Skynet que James Bond !

b) Contradictions du capitalisme

c) Contradiction capital/travail

d) Contradiction capital/démocratie

II –L’individualité : une dimension importante et méconnue chez Marx

a) Traitements de l’individu par Marx

b) La contradiction capital/individualité

c) Pistes pour l’émancipation : créer les conditions sociales du bricolage de soi

III – Ambivalences de Marx quant à la question écologiste

a) Un Marx productiviste

b) Un Marx écologiste : vers la contradiction capital/nature

En guise de conclusion

 

* Bibliographie : Marx XXIe siècle. Textes commentés, par Philippe Corcuff, Paris, éditions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 2012 ; voir sur Mediapart : « Actualité d’un Marx hérétique », édition Petite Encyclopédie Critique, 31 août 2012

 

* Vidéo de la conférence en quatre parties, filmées par Thierry Le Roy pour Télé Sud Est (http://www.telesudest.com/) :

 

1) Introduction

 

Lecture hérétique de Marx - Introduction -- Philippe Corcuff - 12 02 14 © Télé Sud Est

 

2) Critiques du capitalisme et de ses contradictions

 

Lecture hérétique de Marx -- Critique du capitalisme -- Philippe Corcuff - 12 02 14 © Télé Sud Est

 

3) La question de l’individualité

 

Lecture hérétique de Marx -- l'individualité -- Philippe Corcuff - 12 02 14 © Télé Sud Est

 

4) La question de l’écologie

 

Lecture hérétique de Marx -- l'écologie -- Philippe Corcuff - 12 02 14 © Télé Sud Est

 

2 - Marx et l’anarchisme : tensions, intersections, passages

 

Conférence organisée par l’Université Populaire de Bruxelles, commune de Saint-Gilles (Région de Bruxelles-Capitale, Belgique), 4 février 2014

 

 

* Plan de la conférence :

Introduction

I - Repenser la place des individualités-1 : Proudhon/Marx

a) Proudhon

b) Proudhon/Marx

c) Une contradiction capital/individualité

II - Repenser la place des individualités-2 : Stirner/Marx/Emmanuel Levinas/Proudhon

III - Repenser la place des individualités-3 : Marx/Oscar Wilde/Michel Foucault/Michel Onfray/Pierre Bourdieu

IV - Interroger les rapports fins/moyens de l’action émancipatrice : Marx/Bakounine/Proudhon

Conclusion

 

 

 

* Vidéo de la conférence (incluant la présentation par le sociologue du travail belge Mateo Alaluf la précédant et le débat la suivant) :

 

Á voir sur Rhizome TV : http://www.rhizome-tv.be/spip.php?article143

 

3 - Repenser l’utopie aujourd’hui, entre l’individuel et le collectif

 

Intervention au séminaire « De quoi demain sera-t-il fait ? », organisé par la Fondation Gabriel Péri et l’association Espaces Marx, Paris (siège du PCF, place du Colonel-Fabien, 19e), 23 janvier 2014

 

 

* Plan de l’intervention :

Introduction

I - Pistes pragmatiques pour repenser le cadre conceptuel et méthodologique de l’utopie

a) L’utopie réintégrée dans l’espace des expériences : le couple réalité/monde chez Luc Boltanski

b) Le dialogue de l’utopie et du pragmatisme : relire Thomas More autrement

II – Pistes pour repenser le contenu actuel de l’utopie : le cas de l’individuel et du collectif

a) La tension individualité/justice sociale : en partant d’Emmanuel Levinas

b) Des conditions sociales du bricolage de soi : un va-et-vient entre Marx et Michel Foucault

En guise de conclusion

 

 

* Audio de l’intervention :

 

On peut écouter la conférence sur le site libertaire Grand Angle : http://www.grand-angle-libertaire.net/repenser-lutopie-philippe-corcuff/

 

 

4 – Une lecture complémentaire : Marx par Michel Henry

 

« Le Marx hérétique de Michel Henry : fulgurances et écueils d’une lecture philosophique », par Philippe Corcuff, revue Actuel Marx (Presses Universitaires de France), n°55, 1e semestre 2014, pp.132-143

Un article sur un philosophe non-marxiste trop méconnu, Michel Henry (1922-2002), qui a mis au cœur de sa lecture de Marx la subjectivité individuelle. Dans le même numéro d’Actuel Marx, un dossier sur Frantz Fanon, avec notamment une contribution de la théoricienne critique américaine Judith Butler (« Violence, non-violence : Sartre, à propos de Fanon »). Pour consulter le sommaire du n°, voir Actuel Marx 55.

 

 

« Le Marx hérétique de Michel Henry : fulgurances et écueils d’une lecture philosophique »

- Quelques extraits de l’article -

 

En 1976, paraissait chez Gallimard le Marx de Michel Henry en deux tomes, intitulés respectivement Une philosophie de la réalité pour le premier et Une philosophie de l’économie pour le second. Michel Henry (1922-2002) n’était pas un philosophe se revendiquant du marxisme ; il s’inscrivait dans le cadre de la phénoménologie. Il lance d’ailleurs, de manière provocatrice, dès les premières lignes de son introduction : « Le marxisme est l’ensemble des contresens qui ont été fait sur Marx. » Ce qu’il appelle, quelques pages plus loin, « la chute de la pensée de Marx dans le positivisme scientiste ». Michel Henry a commencé à travailler sur Marx en 1965, pour redéployer l’ensemble de l’œuvre de celui-ci autour de la question de la subjectivité individuelle. À sa sortie, le livre important qui résulte de ce travail n’a presque pas été discuté par les différentes catégories de marxistes encore prépondérantes dans l’université française. Il faut dire que, en dehors de quelques vues plus marginales, ce que l’on peut appeler « le logiciel collectiviste », faisant prédominer le collectif sur l’individuel tant sur le plan de la critique sociale que de l’émancipation, était hégémonique, et l’est encore, parmi les auteurs se réclamant du marxisme comme, plus largement, parmi les gauches dominantes.

 

(…)

 

Arrêtons-nous d’abord sur le choc Michel Henry, sous l’angle de la critique sociale comme de l’émancipation. Michel Henry indique dès le départ de son livre que c’est « l’élément subjectif de la praxis individuelle, [qui] seul fonde la valeur et rend compte du système capitaliste ». Et il précise par la suite : « Sur le fond d’une phénoménologie radicale de la vie individuelle et de sa pratique quotidienne, l’économie, la théorie de l’économie, et sa critique, sont possibles. » Selon Henry, « l’interprétation de l’économie comme aliénation de la vie est un thème constant de la pensée de Marx », dans le sens où il y aurait dans la vie une « hétérogénéité radicale à l’économie ».

 

Le thème marxien de la praxis dans Thèses sur Feuerbach (1845) donne à sa conception de l’individualité une tonalité anti-intellectualiste, dans laquelle les familiers du Sens pratique (1980) de Pierre Bourdieu trouveront des résonances convergentes. Henry écrit ainsi : « Agir ce n’est pas intuitionner, ce n’est pas voir, ce n’est pas regarder ». Et d’ajouter : « Il apparaît que le monde offert au regard de la théorie ne procède pas d’elle ».

 

Faire de la subjectivité individuelle le cœur de l’œuvre de Marx, contre nombre de marxistes, appelle à revenir au débat Marx/Stirner. Avec L’Unique et sa Propriété (1845), Max Stirner a incarné, pour nombre de ces marxistes, le pôle d’un individualisme faisant l’objet d’une critique sociale radicale par Marx et Engels dans L’idéologie allemande (1845-1846). Á rebours de cette lecture traditionnelle, Henry perçoit bien que ce sont plutôt deux individualismes qui s’opposent là. Il parle ainsi de « la définition de l’individu réel par opposition au concept idéologique de l’individu qu’on trouve chez Stirner ». « Comment l’individualisme stirnerien manque-t-il l’individu pour le remplacer par les abstractions de la philosophie allemande ? », demande-t-il. Et de préciser que « tout l’effort philosophique de Marx a été de substituer au concept idéologique traditionnel de l’individu défini par sa conscience, c’est-à-dire par la façon dont il se représente les choses, le concept de l’individu réel défini par sa praxis ».

 

Si on revient alors au texte de L’Idéologie allemande, un passage apparaît particulièrement significatif, qui pourrait échapper à notre attention si Henry ne nous dessillait pas les yeux :

 

« C’est parce que la pensée est la pensée de tel individu déterminé qu’elle reste sa pensée à lui, déterminée par son individualité et les circonstances où il vit ».

 

Marx et Engels reprochent ici à Stirner de penser insuffisamment la singularité de chaque individualité au nom de l’unicité trop vide d’une catégorie générale de « moi » Au moi indéterminé, passe-partout, de Stirner, Marx et Engels opposent en quelque sorte un moi concret, doté de déterminations puisées dans l’expérience singulière de l’individu. Ils pointent alors chez Stirner la pensée d’une « particularité ‘en soi’ » opposée à la particularité de tel individu, « la sienne propre, déterminée de façon particulière ».

 

La critique du « moi » stirnerien avancée par Marx et Engels a des proximités avec celle que nous pourrions adresser aujourd’hui à la figure de « l’homo œconomicus » du libéralisme économique ou à la conception de « l’individu » propre à l’individualisme méthodologique dans les sciences sociales. D’ailleurs, c’est dans ce sens convergeant avec de telles critiques qu’Henry critique « l’utilitarisme » :

 

« La prétention de réduire tous les rapports intersubjectifs au seul rapport d’utilisation, au terme duquel j’utilise chaque fois l’autre en vue de mon intérêt. Réduction illusoire, puisqu’elle substitue à la diversité des relations vivantes s’exprimant dans les actes concrets de la parole, de l’amour, etc., un rapport monotone, général, abstrait et qui prétend les subsumer toutes également. » (…)

 

 

* On peut aussi lire un entretien de juin 1996 avec Michel Henry (mené par Philippe Corcuff et Natalie Depraz), sous le titre « Un Marx méconnu : la subjectivité individuelle au cœur de la critique de l’économie politique » (initialement paru dans la revue ContreTemps, n°16, avril 2006) sur le site libertaire Grand Angle depuis le 13 septembre 2013 : http://www.grand-angle-libertaire.net/michel-henry-un-marx-meconnu-la-subjectivite-individuelle-au-coeur-de-la-critique-de-leconomie-politique/

 

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Et terminons provisoirement sur la mélancolie utopique de Dick Annegarn, avec lequel nous avons amorcé ces explorations :

 

Vidéo de « Bruxelles » de Dick Annegarn

Bruxelles - Dick Annegarn © José Ramón San Juan

 

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