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Pas de bol. Mais vraiment, là, pas de bol. Confiné volontaire depuis quelques semaines dans une cabane cachée dans les bois, sous les pins qui dominent Lacanau-Océan, en Gironde, me voilà donc à nouveau assigné à résidence. Le bouquin en cours d'écriture attendra. Merci M. Covid ! Mais au moins, j'ai un coup et quelques astuces d'avance pour survivre au confinement. D'autant qu'il m'a fallu déménager. Une famille en galère profitera mieux que moi des silences de la cabane. Me voilà donc installé dans un petit appartement, sur un grand balcon d'où l'on aperçoit l'océan, et depuis cinq jours, le vide sidéral qui l'entoure. Bye bye mimosa, écureuils bondissant, sangliers sauvages et matins gazouilleux...bonjour les embruns, le grand large, à écouter les rouleaux de printemps de sa majesté Atlantique. Lacanau, paradis des surfeurs, teufers et autres promeneurs, c'est aussi vide l'hiver qu'un compte en banque en fin de mois. 1000 habitants grand maximum qui se calfeutrent, des rues désertes, quelques surfeurs aventureux, deux restaus ouverts, deux supermarchés, un tabac et... c'est tout. Une station balnéaire qui s'endort longuement avant la folie de l'été, style Venise, sans les paquebots. Le bruit continuel des vagues, un décor de Western moderne, d'immenses barres d'immeubles vides qui contemplent désespérément le grand bleu, quelques autochtones qui boivent des coups au bar à vin du coin. Point. Pas de quoi me plaindre cependant, je pense à toutes celles et ceux qui vivent là-bas, dans les grandes villes bétonnées avec les gamins qui braillent ou le papa qui commence à picoler sévère, ou ceux, seuls, paumés dans leurs campagnes. C'est donc reparti pour un tour en solitaire. Alors autant meubler les journées, à renifler ce vent mauvais qui souffle sur la planète, et contempler. D'autant qu'une copine géographe m'a appris que je me trouvais exactement sur la ligne du 45 ème parallèle, soit à équidistance du pôle Nord et de l'équateur. Tu parles d'un équilibre !
Et si la Terre n'était pas vraiment ronde ? Entre les bleus marins et le bleu vaporeux, la ligne d'horizon donc, tracée au bout des vagues. Limite ou précipice. Cela me rappelle le livre du géographe François Partant, La ligne d'horizon, véritable bible pour ceux qui ont pensé dès les années 1980 une critique du développement et lancé des réflexions sur l'après-développement. On y parlait déjà des fractures du tiers-monde, de la crise des paysans, du fric roi, de la folie industrielle, du dérèglement climatique.. pour poser cette question : « Quelles sont les ruptures nécessaires pour enrayer l’exclusion de populations de plus en plus nombreuses et pour redonner de l’humanité aux relations sociales ?». Ben tiens, nous y voilà. Si la terre est ronde, les écrans, eux, nous aplatissent. Depuis une semaine tournent donc en boucle sur les chaînes d'infos les décomptes macabres, la peur généralisée. Inutile d'en rajouter, je vous laisse à vos zapettes. Pour ma part, entre confinement obligatoire et télé-travail, je vais donc aller fureter - pendant combien de jours ????- sur les plages interdites, les rues vides, le supermarché devenu le centre du monde canaulais. Respirer les embruns, tenter de garder une vie sociale dans ce désert bordé de mer. Ecouter le vent, les oiseaux, les rares discussions, les bonnes et mauvaises nouvelles glanées chez les copains du coin. M'asseoir sur un banc, comme dans la superbe chanson de Nougaro, en attendant des jours meilleurs, qui seront forcément différents. A en croire Wikipédia, « l'observation de la mer stimule le cortex préfrontal, c'est-à-dire la zone du cerveau responsable de l'émotivité et de l'introspection. L'activation de cette région du cerveau génère des sentiments de bonheur et de tranquillité. Le son des vagues simule également ce qui était perçu dans l'utérus et évoque la protection et la sécurité.» De plus, on apprend qu'il faut se rappeler que notre corps est composé d'un pourcentage considérable d'eau, donc la proximité de cet élément est un appel biologique, magnétique, un retour à la condition primordiale. Un véritable appel à la sobriété. Loin du stress et du chaos ? Pourquoi pas. Je vais donc tenter ici, régulièrement, de scruter le vide et puiser dans les silences. Pas dans un trip égotique mais à l'écoute du fracas actuel du monde, des discussions de coursives, de forêts et de plages, des nouvelles qui vont courir dans le bled endormi. Au moins je me sentirai l'égal du malheur des autres. Pas d'autre solution. Que de prendre son mal en patience.
A demain donc, si Covid le veut bien.
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