par Christophe Abramovsky sur www.frituremag.info
Depuis le 30 octobre 2007, tous les derniers mardis du mois, de 18h30 à 19h30, à l’initiative des frères franciscains, un cercle de silence se forme au milieu de la place du Capitole de Toulouse. Entretien avec l’initiateur des « Cercles de silence », le frère franciscain Alain Richard.
Pourquoi ces cercles de silence ?
Pour dénoncer l’enfermement des personnes étrangères en situation irrégulière dans les centres de rétention, comme celui de Cornebarrieu, en bout des pistes de l’aéroport de Blagnac. C’est là que l’on « stocke » les étrangers qui n’ont pas les papiers adéquats !
Nous avons voulu témoigner que ces conditions de détention, puis d’expulsion, était quelque chose qui heurtait notre conscience. Nous voulons inviter d’autres gens à se joindre à nous, dans un mouvement plus large.
Il y a aujourd’hui entre 180 et 190 cercles de silence dans les villes de France.
A qui vous adressez-vous ?
On s’adresse à des gens qui ne vont pas forcément dans les manifs, mais qui acceptent de faire un bout de chemin avec nous, qui se demandent : « et maintenant qu’est-ce que je peux faire d’autre ? » Dans les cercles de silence, on écoute ce qu’il y a à l’intérieur de nous. Nous l’appelons la conscience, d’autres peuvent l’appeler autrement, je m’en moque. Ce qui compte c’est que les gens s’éveillent, se réveillent, car c’est tellement grave.
Considérez-vous que ces centres de rétention sont inhumains ?
En mettant ces gens en prison, on les dégrade. Pour nous, c’est une violation de l’humanité. On enferme des étrangers qui sont en France depuis 10 ans ou 15 ans, qui ont un commerce, qui travaillent et qui par négligence n’ont pas fait leurs papiers dans les temps. Nous ne disons pas qu’il faut accepter tous les étrangers, mais qu’on les accepte ou qu’on les refuse, il faut les traiter avec humanité.
Il y a des lois qui empêchent le juge des libertés de vérifier que l’arrestation a été faite en respect de la loi. Le contrôle de ce juge est souvent court-circuité…
Et puis, il y a des acteurs de l’administration qui pensent que pour garder leur job, ils doivent être très zélés… D’autres, au contraire, dans les préfectures, dans la police, disent qu’ils n’aiment pas faire ce qu’ils font, qu’ils ont honte… Dans ces cercles on ne juge personne.
Finalement, vous faites de la politique !
Absolument, les Chrétiens qui ne font pas de la politique ne sont pas Chrétiens.
Tout cela est trop grave. On n’a pas trouvé d’autres moyens pour s’indigner que de faire silence. Ça marque beaucoup de gens. Le silence fait peur, dans les préfectures, dans les ministères... Quoiqu’il en soit, il faut faire ce qu’on a à faire, écouter l’intérieur et bouger les pieds.
- Prochain cercle de silence, le mardi 25 à 18 h 30