Un nouveau lieu d'art signé Renoma

En ouvrant l’Appart, Maurice Renoma qui sut si bien transgresser le dress-code masculin dans les années 60, offre à Paris un nouveau lieu de rencontres artistiques à la programmation énergique et décalée.

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Avec sa première exposition Mythologies du Poisson Rouge à l’Appart, l’automne dernier, Maurice Renoma a offert un choc visuel et plastique dont il a le secret, et qui augure de futures expositions promptes à bousculer tous nos codes culturels. Le fil conducteur en fut un étrange poisson plastique Cristobal que l'artiste immortalisa dans une série de photographies humoristiques, sensuelles, tendres et saisissantes. Sans doute l'artiste voulait-il dénoncer l’omniprésence du plastique dans nos sociétés et interroger les nouvelles générations sur son utilisation. Maurice Renoma ne compte pas s'arrêter là ! L’Appart aura en résidence au printemps prochain, un jeune prodige de la peinture Malienne Famakan Magassa dont les peintures aussi étranges que drôles sont un hymne à la vie. 

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Famakan Magassa, L’EQUILIBRISTE – série « Korèdougas » - acrylique sur toile – 84 x 119 – 2018 

Celui qui se confectionna, dès ses 15 ans à la fin des années 50, des vêtements en suédine ou en loden, dans un style typiquement anglais - du jamais vu pour l’époque - reste un créateur touche-à-tout de génie, visionnaire, autodidacte, qui ne recule devant aucun médium, toujours en quête de projets susceptibles de faire bouger les lignes de la création, face à des institutions culturelles trop rigides à son goût. À l’instar du Renoma Café, où il nous reçoit, le couturier Maurice Renoma nous rappelle que ce lieu magnifique qui allie design, restauration et galerie n’a pu voir le jour qu’au terme d’une farouche bataille contre des règlements absurdes qui séparaient la filière de la restauration de celle des galeries d’art.

De Gainsbourg à Warhol, tous s’y sont fait tailler le costard

Effacer les frontières entre l’art et la mode, mélanger des genres comme on croise des tissus, tel est l’un des credo de Maurice Renoma qui se dit « modographe » en désignant par ce néologisme, son goût de mixer la photographie à la mode, la scénographie au design. Bousculer les standards, il en connaît les vertus et la force, celui qui ouvrit en 1963, la boutique White House Renoma, en bouleversant la mode avec ses blazers en drap militaire, ses costumes cintrés en velours de couleurs et en détournant le vêtement, et le taillant dans du tissu d’ameublement. Matières inédites, couleurs franches et coupes sculpturales, tous les ingrédients furent réunis pour que sa maison de couture se dé- marque des autres. Avec sa vision originale et audacieuse, le style Renoma devient vite célèbre : veste cintrée à larges revers, aux fentes profondes, aux épaules droites associée à un pantalon coupe droite, taille basse. Il bouscula les standards avec ses blazers en drap militaire, ses costumes cintrés en velours vert, grenat, violine...

Veste Lénine Veste Lénine

Veste Lénine

Pour la jeunesse parisienne et les personnalités artistiques et politiques de l’époque, sa boutique devint le lieu incontournable d’une mode inédite sans convention et sans concession. Serge Gainsbourg, ami proche, resta l’égérie de la marque pendant plus de 10 ans. Du rock à l’art contemporain en passant par les personnalités hollywoodiennes et sportives ainsi que les grands noms de la mode, tous s’y font tailler le costard. La liste de stars dont Renoma peut s’enorgueillir d’avoir eu comme client est impressionnante ! Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Eric Clapton, Bob Dylan, Elton John, John Lennon, Mike Tyson, le roi Pelé́, la famille Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Yves Saint-Laurent, Alain Delon, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Jean-Paul Belmondo, Andy Warhol, Keith Richards et Jim Morrison...Sans compter tous les grands créateurs de mode, de Saint-Laurent à Lagerfeld, il fut le Couturier des couturiers.

« Aujourd’hui la mode, c’est une affaire de marque et des machines à fric...je préfère regarder les SDF... ! »

Dans la mode, il n’a plus rien à̀ prouver. Ce qui l’intéresse depuis les années 90, c’est la photographie.

Tous les vêtements que je faisais avait du sens. Aujourd’hui la mode, c’est une affaire de marque et des machines à fric ! Ça n’a rien à voir avec le style. Je préfère regarder les SDF. Ils ont une intelligence, c’est de l’art brut leur manière de s’habiller...

D’ailleurs avec ses derniers projets, Renoma procède à la manière des créateurs d’art brut qui développent de proche en proche leurs œuvres, tel un patchwork dont on ne peut pas saisir la fin. Il privilégie en photographie la pratique du noir et blanc, et donne libre cours à son goût de l’expérimentation, en s’évadant progressivement du domaine de la mode pour investir des univers (plus) poétiques et carrément philosophiques.

Maurice Renoma, Autoportrait Maurice Renoma, Autoportrait

 

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