Incube de poésie

En publiant Les Chuchoteurs d’Olivier Bringer, les éditions artderien poursuivent leur exploration des chemins de l’expérimentation artistique. Une denrée aussi précieuse que rare en un temps où l’originalité se perd.

Olivier Bringer Olivier Bringer
« Je déteste le dessin moins que la poésie mais tout de même il y a de ça l’art me donne la nausée… ». Le premier texte du nouvel opus, Les Chuchoteurs, donne le ton : ce livre d’art qui mêle une trentaine de dessins et 12 poésies inédites est résolument iconoclaste à l’égard d’une certaine vision académique de l’art. À l’image de son auteur personnage inclassable, artiste dans l’âme, génialissime dans sa radicalité, écrivant et dessinant dans une nécessité et une immédiateté absolue, les textes et les dessins fascinent par leur présence, au moment même où ils semblent « représenter » l’horreur, la chute ou le raté. Le travail graphique évoque parfois les personnages lovés des espaces indéterminés et crasseux chers à Roger Ballen. Plus généralement, l’univers esthétique d’Olivier Bringer semble inséparable d’un phylum de références littéraires - Poe, Jarry, Sade…- dont l’artiste a imbibé ses lectures de son écoute passionnée des musiques expérimentales – le tout macéré avec l’efficacité d’un riff des Stooges ou de Captain Beefheart !

 Vous allez m’égorger m’ouvrir le ventre m’énucléer m’émasculer je vous aime tant  

Je suis cet ange odieux

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Illustration de couverture, Passage de ces morts dans ce temps rétracté d’Olivier Bringer, Les Chuchoteurs

Admirateur des « fous littéraires » à l’instar d’Isidore Liseux, de James Hogg ou de Gabrielle Wittkop, Olivier Bringer s’entoure des écrits oubliés aux titres étrangement dissonants à nos oreilles aseptisées : De la Démonialité et des animaux incubes et succubesConfession du pécheur justifiéLe nécrophile…N’a-t-on jamais écrit, dessiné que pour résister à une forme d’oppression, fût-elle sanitaire et scientifique ?

Olivier Bringer, l'habitant du coin, à sa façon. © nilonilaz

Dans une époque où l’originalité se perd, Olivier Bringer fait partie de ces têtes à l’envers qui résistent plus que jamais, à la pointe de leurs folies, au lissage des subjectivités. Entre démonologie et sorcellerie, à l’instar d’un Pétrus Borel qui dressait, au début du 19ème siècle, la figure du lycanthrope en un temps où les excentriques, les écervelés, les casse-cous, et les aventuriers de l’esprit semblaient déjà avoir disparu, Olivier Bringer insiste et signe !

Une leçon de résistance aux nouvelles inquisitions qui nous attendent, à découvrir sans modération !

Livre d'art. Série de 30 dessins et 12 textes inédits d’Olivier Bringer

https://editions-artderien.fr/

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