Paris, ville intelligente ?

A l’heure où la course à l’investiture pour Paris est ouverte, il me semble essentiel, avant de penser « qui », de savoir « quoi » et ensuite « comment », élémentaire de ne pas mettre la charrue avant les bœufs et de commencer par décliner cette fameuse « ambition pour Paris », justement. Ce qui importe, ce n’est pas tant l’homme qui l’incarnera, mais le projet.

Paris a cette spécificité incroyable d’appartenir à ceux qui y vivent, à ceux qui y travaillent, à tous les Français et, d’une certaine façon aussi, si éphémère soit-elle, à ceux qui la visitent. Or, ces différentes catégories n’ont pas forcément les mêmes besoins et intérêts, voire même, soyons clairs, divergent ou s’opposent sur de nombreux points.

Un projet parisien, c’est donc avant tout de concilier, voire de satisfaire, toutes ces attentes, même si cela peut sembler une insoluble quadrature du cercle. Or, ce pari prométhéen n’a pas été gagné par l’équipe actuelle : il suffit de noter, entre décisions sujettes à contestation, la piétonnisation des voies sur berges, la circulation anarchique des deux roues, le stationnement, l’invasion improvisée des trottinettes.

Si l’on ajoute à cela les autres sujets qui fâchent, comme la sécurité, la propreté, la mixité sociale en voie de disparition, le logement, la mobilité, le bilan écologique négatif (contrairement à l’affichage qui en est fait)…, difficile de distribuer un satisfecit.

Pour une ville sûre, gouvernée avec rationalité et ambition

Dans un sondage BVA de ce mois de juin, 52% des inscrits sur les listes électorales à Paris affirment que la propreté est un sujet prioritaire pour la ville. Avec 4614 sites en travaux aujourd’hui, (6079 en février), Paris semble en perpétuel chantier, un toilettage permanent qui ne contribue pas à redorer son image de marque. Viennent ensuite la sécurité (38%) et la lutte contre la pollution (36%).

La gestion actuelle souffre d’un déficit d’anticipation, d’une gestion en silos, d’une approche quasi sectaire des problématiques qui n’a fait qu’entretenir un prurit chronique chez ses adversaires. La tâche n’est pas aisée, il est vrai. Il s’agit de concilier vision et réalisme, court et long terme, à une époque où les évolutions rapides multiplient les enjeux, le tout dans un contexte financier qui ne peut être que contraint.

Or, vouloir une « ville qui protège, sûre et gouvernée avec rationalité et avec un regard ambitieux », comme le propose l’un des candidats à la candidature de la majorité, passe inévitablement par les nouvelles technologies. Les dirigeants de Singapour, sacrée ville la plus intelligente du monde par le classement smart city Juniper Research 2016, l’ont bien compris… et anticipé.

Singapour, smart city

Comment cette ville–Etat de 719 km2 (814km2 pour le Grand Paris) et de 5 millions et demi d’habitants (7 millions pour le Grand Paris) a-t-elle mis en œuvre ses ambitions ? Comme pour Copenhague, autre ville exemplaire, il s’est agi d’une volonté politique forte, clairement formulée par Anil Das, directeur innovation de l’agence gouvernementale singapourienne JTC : “On a essayé de combiner plusieurs choses et de voir les choses sous différents angles parce qu’une ville durable n’est pas seulement une ville qui se soucie de la réduction des émissions de CO2 mais surtout une ville où il fait bon vivre”. Les outils essentiels de cette politique : de la psychologie ( Eh oui !) et des données !

Le Haussmann du XXIème siècle sera celui qui saura, entre autres chantiers, digitaliser la gestion de Grand Paris, à l’image de ce que les Singapouriens accomplissent avec brio. La sécurité de notre capitale, par exemple, passe par la multiplication des caméras. Les expériences menées dans certaines villes françaises montrent que cette sécurisation de l’espace public est efficace et ne saurait être attentatoire aux libertés individuelles si elle s’applique dans un cadre juridique fiable. Il en est de même du développement des techniques de reconnaissance faciale.

Paris, ville ouverte

L’utilisation d’une blockchain pourrait apporter simplicité et transparence dans l’attribution des logements sociaux, des places en crèches, dans le respect des plafonds sociaux. Il est bon de revenir aux fondamentaux et de se souvenir, comme l’a rappelé le Premier ministre dans son discours de politique générale, que le service public est « une promesse républicaine », avec le respect des valeurs que cela sous-tend.

Une ville qui perd par an 12 000 de ses habitants est une ville qui meurt. Il faut arrêter l’hémorragie. Né à Paris, j’y ai vécu les vingt-quatre premières années de ma vie. Je l’ai quitté pour des raisons professionnelles ; je l’ai retrouvé affaibli, objet de nombreuses critiques et de comparaisons souvent défavorables avec d’autres capitales européennes.

Il est urgent de développer les opportunités offertes par l’intelligence artificielle, seule capable d’améliorer la circulation des personnes et des flux marchands, alors que les modes de transport présents et à venir se multiplient : covoiturage, autopartage, vélo… Force est de constater que les initiatives boboïsantes, pavées de bonnes intentions, pèchent souvent par amateurisme. L’épisode « trottinette » démontre, s’il en était besoin, les vertus de l’anticipation.

Paris, ville lumière

Paris a acquis sa réputation de ville lumière au XVIIe siècle, en développant l’éclairage public. Les enjeux étaient simples à cette époque, ils étaient sécuritaires. Un «Plan lumière», voté le 2 avril dernier par les élus parisiens, ambitionne de diminuer la consommation d’énergie de la capitale, tout en continuant de mettre en valeur le patrimoine parisien et en garantissant la sécurité et le bien-être de ses habitants. Il va falloir faire coïncider cette ambition avec la nécessité de lutter contre la pollution lumineuse qui représente une menace sérieuse pour la biodiversité.

Là encore, la conciliation d’objectifs contradictoires passe par l’usage des nouvelles technologies et une approche « éclairée », sans mauvais jeu de mots, par le souci de l’intérêt général et non par l’accumulation de mesures au coup par coup qui, en voulant satisfaire les uns, ne font qu’exciter le mécontentement de tous les autres.

Enfin, je ne peux résister au plaisir de mettre en avant une PME de Vendée, territoire cher à mon cœur de député ! Hoffmann Green Cement Technologies (HGCT) vient de lever 15 millions d'euros pour accompagner la montée en puissance de produits innovants, des ciments issus de nouvelles technologies sans cuisson, sans clinker, et dès lors « décarbonés ». A quand enfin, dans le Grand Paris, le recours à ces matériaux de construction vertueux ?

Comme le souligne un autre candidat à l’investiture, « Paris mérite mieux qu’un débat caricatural et hystérisé ». Certes ! Paris vaut bien une grand-messe, celle de l’Intelligence. Et le terme est à prendre ici dans toutes ses acceptions.

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