BCE, la banque du plein emploi

Croissance européenne trop timide, chômage de masse, manque de réactivité et d'agressivité face aux grands blocs ... le temps semble venu de s'interroger sur le bien-fondé de la politique monétaire de la BCE et du diktat de la maîtrise de l'inflation.

BCE, la banque du plein emploi

Lors de sa récente intervention sur France Info, François Bayrou n’a pas hésité à jeter un pavé dans la mare des certitudes technocratiques de la Banque Centrale européenne: "sans doute y aura-t-il des interrogations à l'égard de la politique de la Banque centrale européenne" (…) "Il faut que les gouvernements européens, entre eux, se posent la question de savoir quels sont les buts à atteindre" pour la BCE, "et y ajouter le plein emploi, parce que le plein emploi c'est l'unité de la société dans laquelle on vit".

Il était en effet de bon ton, jusque-là, de considérer que la maîtrise de l'inflation et la crédibilité de la BCE allaient, comme l’affirmait Jean-Claude Trichet, "dans l'intérêt même de la croissance européenne et de la création d'emplois".

Cette tautologie se heurte pourtant depuis plusieurs années au dur principe de réalité : l’obsession du resserrement de la politique monétaire de la stabilisation des prix, à un niveau proche de, mais inférieur à, 2%, s’est, entre autres effets pervers, accompagnée d’un chômage de masse. Quant à la croissance, elle peine à s’affirmer.

Ce changement de logiciel devient d’autant plus indispensable que, sous d’autres cieux, la mise en place d'une politique monétaire beaucoup plus agressive et plus réactive en situation de crise donne de bons, voire d’excellents résultats. Comment dans ces conditions pouvoir jouer dans la même cour que les grandes banques centrales mondiales comme la FED, Bank of Japan ou Bank of China ?

Comme le constate en effet Nicolas Goetzman, les Etats-Unis, par exemple, sont parvenus à voir le nombre d'emplois progresser de plus de 15% depuis le creux de la crise, constaté dans le courant de l'année 2010. Depuis son creux de 2013, la zone euro n'est parvenue qu'à une progression inférieure à 7%. Quant à l'écart de croissance nominale entre l’Europe et le Etats-Unis, il est de 15%. Autant de constats qui remettent en question la politique monétaire menée dans la zone euro, pendant ces vingt dernières années.

Il devient donc urgent, dans la compétition monétaire actuelle, de passer à une gestion concurrentielle de la monnaie, via un ajustement par le volume et les taux. La monnaie doit pouvoir permettre de favoriser les afflux de capitaux, ainsi que les investissements directs étrangers, et par là-même de réindustrialiser, une nécessité économique vitale pour notre pays.

Cela passe par une modification importante du financement par le système bancaire. En l’état, les banques françaises sont des banques de proximité avec une obligation de fonds propres en titres d’état trop importante, qui leur fait courir des risques en cas de remontée des taux d’intérêt. Gorgées de liquidités, elles ne sont cependant pas en mesure d’irriguer le tissu économique privé.

Il va donc falloir modifier les règles de financement et, notamment, les notations mises en place, lors des accords de Bâle (II et 1/2, III), afin de permettre un accès plus facile au crédit pour les TPE-PME et les particuliers, et à l’emploi pour les citoyens.

Il y a encore quelques mois, cette perspective se heurtait à l’intransigeance de l’Allemagne dont les exportations ont pleinement bénéficié de la forte croissance de l’économie américaine.

En revanche, dans le contexte actuel d’une stratégie économique américaine qui s’appuie sur une demande intérieure forte, l’économie allemande pourrait voir d’un bon œil un renforcement du marché intérieur européen, et donc assouplir sa position.

S’il est un moyen, selon l’expression consacrée, de ré-enchanter l’Europe, c’est bien la perspective du plein emploi. Nos concitoyens ont besoin de sécurité économique avant d’adhérer au projet européen ou plutôt, c’est en accédant à la sécurité économique qu’ils seront mieux à même s’intéresser, de façon apaisée et constructive, à l’avenir politique de l’Europe.

Pour toutes ces raisons, nous, député.e.s du Mouvement Démocrate et apparentés, appelons de nos vœux cette nécessaire évolution de la politique monétaire européenne. Il y a là matière à convaincre eurosceptiques et réfractaires à l’idéal européen, lors des prochaines élections européennes.

P. Latombe, S. Baudu, J. Bénin, P. Berta, V. Bru, S. El Haïry, N. Essayan, M. Fanget, I. Florennes, B. Fuchs, L. Garcia, B. Hammouche, F. Lainé, M. Laqhila, S. Mette, B. Millienne, J. Poueyto, N. Turquois, S. Waserman, député.e.s du Mouvement Démocrate et apparentés et Pierre-Jean Baty, Président des Jeunes Démocrates.

 

 

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