Quel avenir pour l'audiovisuel participatif ?

Organisées par la Fédération des Vidéos des Pays et des Quartiers avec le soutien de partenaires institutionnels*, les Rencontres Européennes des médias participatifs : audiovisuel participatif et territoires, se sont déroulées à Aix-en-Provence, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, les 7, 8 et 9 juillet 2010. Au cours de ces Rencontres, on a évoqué un mécanisme de financement qui s'appuie sur le marché et qui gagnerait à être étendu au bénéfice des médias participatifs de l'audiovisuel.
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Organisées par la Fédération des Vidéos des Pays et des Quartiers avec le soutien de partenaires institutionnels*, les Rencontres Européennes des médias participatifs : audiovisuel participatif et territoires, se sont déroulées à Aix-en-Provence, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, les 7, 8 et 9 juillet 2010. Au cours de ces Rencontres, on a évoqué un mécanisme de financement qui s'appuie sur le marché et qui gagnerait à être étendu au bénéfice des médias participatifs de l'audiovisuel.

aix 2010 medias participatifs

 

Tables rondes, ateliers, et projections pendant trois jours dans la Cité du bon Roy René, avec traduction français-anglais dans les oreillettes, pour la quarantaine de participants de l'audiovisuel participatif, venus de toute l’Europe pour analyser, disséquer, le fonctionnement de leurs structures (associatives à une majorité écrasante) afin d'en échanger les bonnes pratiques. Ils se sont ensuite projetés dans le futur. Il s'est agi pour eux de contribuer à la création d'un réseau européen des acteurs de l'audiovisuel de leur secteur. Et préparer les Rencontres internationales des médias participatifs de 2011. Tous ont partagé le désir de faire reconnaître l'originalité de leur mission dans le paysage audiovisuel européen, très contrasté. En Slovaquie, la télé participative, "totalement indépendante", nous a assuré Eva de TVNasa, s'identifie à à la télé commerciale, financée à 100% par de la pub et les sponsors. Tandis qu'en Allemagne, république fédérale par excellence, les Länder peuvent ouvrir des canaux libres à des télés locales. Le financement des 70 télés locales de nos concitoyens d'outre-Rhin est assuré par des redevances régionales.
Dans toute l'Union européenne, l’audiovisuel participatif couvre un vaste champ : insertion professionnelle, économie sociale et solidaire, éducation populaire... Comme leurs collègues des modèles éditoriaux qui émergent sur Internet, tels Agoravox ou l'encyclopédie francophoneWikipedia, les médias participatifs de l'audiovisuel fonctionnent “sur le même modèle réticulaire, où chaque individu est à la fois consommateur et producteur du média“ pour citer Lionel Barbe du CNRS - Laboratoire Communication et Politique. En France, la diffusion des œuvres audiovisuelles des médias participatifs reste toutefois confinée à un espace géographique restreint ou se résume à Internet. En cause : le CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel).

 

“Le CSA censure l'expression citoyenne“

En dépit de la Réforme de la loi de 1986 sur l'audiovisuel, reconnaissant aux télévisions associatives le droit de soumissionner auprès du CSA, cet organisme leur a toujours refusé l'autorisation de diffuser par voie hertzienne de façon permanente, en analogique comme en TNT (Télévision Numérique Terrestre), au plan local comme au niveau national.

C'est ainsi que les nombreux programmes produits par le TSA (Tiers Secteur Audiovisuel) restent à ce jour quasiment inaccessibles au grand public, conduisant à une censure de fait. Aucun espace n’est laissé à l’expression directe de l’engagement associatif et citoyen, qui est pourtant une composante essentielle de l’activité culturelle et sociale comme le démontrent ces Rencontres européennes d'Aix-en-Provence, déplore Guy Pineau, chercheur à l'Ina (Institut National de l'Audiovisuel), présent durant ces trois jours.

Selon lui, “l'un des arguments du CSA pour refuser le droit de vivre aux associations à vocation audiovisuelle est celui de l’absence de « solidité des ressources financières » . Faute de fonds « solides », privés du droit de diffusion le plus large, les médias alternatifs de l'audiovisuels ont l'impression d'évoluer sur la corde raide. Guy Pineau préconise “la création d’un fonds de soutien en faveur des télévisions associatives, alimenté par une taxe assise sur le montant (HT) de tout investissement publicitaire effectué par les entreprises-annonceurs dans les médias et le hors médias... La taxe serait redistribuée au bénéfice de médias radios et télévisuels alternatifs.“

Cette idée n'a pas été reprise ... Le dédain du législateur laisse un goût d'amertume à Guy Pineau, car “les sociétés privées bénéficient des ressources de la publicité, que nous payons tous quand nous faisons nos achats, même si nous n'avons pas la télévision chez nous... Les sociétés commerciales fortes d’un business-plan « réaliste » et adossées à de puissants groupes industriels et aux notables locaux monopolisent donc la place, souligne-t-il. Avec le soutien objectif du CSA, ajoutons-nous, qui repousse loin de la chasse gardée les médias participatifs, ces enfants pauvres du paysage médiatique... mais riches d'expériences citoyennes

 

Une taxe sur la consommation pour contrebalancer la baisse des subventions ?

La donne pourrait changer avec l'asphyxie des collectivités territoriales. Elles ploient aujourd'hui sous les charges que l'État leur transfère sans les ressources correspondantes. Elles ont donc de plus en plus de mal à subventionner ces associations, comme les autres d'ailleurs... On va droit dans le mur. Or, les associations présentes au cours de ces journées bénéficient pour la plupart de ressources publiques, représentant 30 à 40% du budget annuel pour les unes jusqu'à 97% pour la plus demandeuse ! Avec ces Rencontres Européennes d'Aix-en-Provence, la transparence était au rendez- vous. Le dossier de presse donnait les statistiques 2009 pour chacune des associations invitées, faisant apparaître des disparités énormes, la taille des budgets variant de 3000 à 300 000 euros et les ressources publiques de 0% à 97% avec toutefois une constante : aucun salarié en deçà d'un certain budget et sans une aide publique ! On doit donc s'inquiéter des répercussions qu'aura sur l'emploi la diminution des subventions des collectivités territoriales.

Le mécanisme proposé par Guy Pineau reprend la « recette » des sociétés commerciales pour en faire profiter des acteurs non commerciaux, engagés dans des projets culturels et sociaux, utiles à l’ensemble de la collectivité... Ce mécanisme ne grève pas le budget de l’État, ni celui des collectivités, car il s’appuie sur un prélèvement sur la consommation, donc sur le marché... Idée à suivre donc.

 

Aix-en-Provence, ville pionnière

“Le rôle joué par les médias participatifs sur l'ensemble du territoire français ou européen n'est plus à démontrer. Leur mission d’animation locale et de lien social qu'ils contribuent à tisser, se révèlent fondamentaux pour le développement de la citoyenneté et la démocratie, la réduction des inégalités sociales et culturelles, les questions d'insertions professionnelles...“ a commenté la députée européenne Marie-Christine Vergiat**, présente à la dernière journée de ces Rencontres. Lors de cette journée de la synthèse, elle a souhaité que les Médias participatifs “s'emparent des questions européennes... Ce sont des outils très intéressants de ce point de vue et il convient de les soutenir“ a- t-elle affirmé avec conviction. Son point de vue a mis du baume au cœur de tous les participants.

“Le citoyen européen représente l'échelon de base de cette Europe qu'il doit s'approprier, avec la volonté de faire évoluer les choses, d'influer sur les politiques publiques“, a renchéri Michèle Couëtmeur, Directrice des Relations internationales et européennes de la Ville d'Aix-en-Provence. Ces Rencontres Européennes des Médias participatifs 2010 s'inscrivent naturellement dans le partenariat avec la ville d'Aix-en- Provence qui a la volonté de développer la citoyenneté européenne. La ville entend sensibiliser la communauté aixoise au fait qu'au-delà de l'échelon administratif français, il y a l'Europe qui impacte à plus de 60% sur la vie quotidienne de nos concitoyens... Elle ne pouvait qu'être attentive à cette forme d'expression citoyenne, qu'on rencontre d'un bout à l'autre de l'Europe, ainsi qu'à cette volonté affirmée durant ces trois jours de mettre en en réseau les médias participatifs européens de l'audiovisuel. Une attention qui va de paire avec le désir de développer les échanges d'expérience, de partager les compétences et d'essayer de faire progresser les choses plus rapidement.“

Avant de se dire au-revoir et se donner rendez-vous pour les Rencontres internationales des médias participatifs de 2011, les participants se sont plu à souligner l'excellente organisation de ces Rencontres 2010, agrémentées d'instants conviviaux, laissant place à la découverte du pays aixois, de sa culture, et bien sûr d'Aix-en-Provence, une ville où il fait bon vivre et travailler. Philippe LEGER

 

* Les Rencontres européennes des médias participatifs 2010 sont soutenues par le Conseil Régional Provence Alpes Côte-d’Azur, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, la Ville d’Aix-en-Provence et le Haut Commissariat à la Jeunesse - Direction de la Jeunesse et de l’Education Populaire. Avec la participation de la Représentation régionale de la Commission européenne.

** Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique - Front de gauche pour changer d'Europe.

 

LIEN :

Comité Européen Marseille

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