Marseille Provence 2013 au menu du CRIF

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Bernard Latarjet

"Marseille Provence 2013, capitale de la culture" était le thème du déjeuner débat organisé le 21 octobre 2010 par le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France). Pour exposer les enjeux et répondre aux questions des convives, la nouvelle présidente de la section Marseille Provence du Crif, Michèle Teboul, avait invité Bernard Latarjet, directeur général (depuis 2006) du mythique événement culturel européen qui s'apprête à faire la part belle aux artistes et gens de culture de toute la Méditerranée. Marseille veut profiter de la dimension européenne de l'événement pour présenter au monde entier son nouveau visage, en espérant qu'il sera prêt, celui de la Cité de la Méditerranée, une métamorphose ambitieuse du front de mer sur près de 3 km de longueur, du Fort Saint Jean à Arenc, avec des édifices sans équivalent en Europe, comme celui du "Mucem", le Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée ! Elle veut s'afficher comme une métropole majeure des échanges culturels et économiques entre l'Union européenne et la Méditerranée. Selon Bernard Latarjet, 2013 reste un pari... Un pari, certes, mais quel pari ! Audacieux et exaltant avec, à terme, des milliers d'emplois supplémentaires et durables pour les Marseillais.

La présidente régionale du Crif ne laisse rien au hasard. Le restaurant (1) retenu pour le déjeuner débat avec Bernard Latarjet est situé dans le cœur historique de l'antique métropole phocéenne (fondée par les Grecs il y a 2 600 ans). Il se trouve dans le 2e arrondissement, qui inclut dans son périmètre près de la moitié des musées de la ville, au nombre duquel le Mucem (Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée), en cours d'édification.

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de droite à gauche : Simona Frankel, Consule générale d'Israël ; Michèle Teboul, présidente du CRIF - Marseille Provence

Simona Frankel, Consule générale d'Israël en poste à Marseille, honore de sa présence ce déjeuner débat. Après avoir présenté Bernard Latarjet (2) aux 35 convives (3), élus, responsables culturels ou cultuels, la plupart membres de la communauté juive, Michel Teboul salue dans Marseille-Provence 2013 "un grand projet porteur d'espoirs pour notre cité". En retour, Bernard Latarjet rappelle "le rôle fondateur d'Athènes et de Jérusalem pour la Méditerranée". Ces deux vénérables cités représentent aussi, ajoutons-nous, deux piliers de la civilisation européenne. Leurs concepts et croyances vivent en chacun de nous. À tout le moins, la contribution séculaire, généreuse et féconde de la culture juive ne saurait être occultée... Pour Michèle Teboul, elle représente, "une valeur à partager avec toutes les autres communautés."
À l'invitation de la consule générale Simona Frankel, Bernard Latarjet s'est rendu cet été en Israël, avec toute son équipe, "pour engager une coopération culturelle, une étape logique dans le long périple méditerranéen qu'il a entrepris pour mener des projets du même ordre... au Maroc mais aussi en Grèce, Italie, Turquie, Liban, Palestine, Espagne, Tunisie, Algérie..." Lors du déjeuner débat, il anticipe la réaction de l'organisation Marseille Provence 2013 "face à un éventuel boycott décidé à l'encontre d'artistes juifs. Le directeur général, "qui est aussi le président de l'association des Enfants d'Izieu", affirme sans ambages "qu'il est hors de question de céder aux pressions, aux appels qui ne manqueront pas, hélas ! de se faire entendre..." Ses propos ont valeur d'engagement pour lui et toute son équipe: "forts, fermes et définitifs."
 

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Ces personnalités sont venues écouter Bernard Latarjet

Une dimension euro-méditerranéenne
Bernard Latarjet définit Marseille Provence 2013 selon quatre axes, qui représentent aussi quatre enjeux. "Il s'agit de faire de la doyenne des villes françaises une métropole internationale de référence artistique, avec des œuvres d'art de qualité. Deuxième enjeu : concilier le caractère momentanée de la manifestation avec sa pérennité. Troisième enjeu : intégrer un projet local, celui d'une ville, dans la géopolitique culturelle euro-méditerranéenne définie par le forum de Barcelone - UPM (Union pour la Méditerranée), en produisant des œuvres, en accueillant des artistes des deux rives." C'est en toute logique qu'il mobilise de nombreux acteurs du monde artistique, culturel, politique et économique du « territoire » de Marseille et sa région, d'Arles à Toulon... et du pourtour méditerranéen.

Bernard Latarjet attend des miracles
Le quatrième enjeu concerne les moyens : "on attend des miracles ! Ce n'est pas une boutade. Ce projet réalisé dans un environnement exceptionnel pose des problèmes lourds, structurels, alors qu'il ne mobilise que 10% d'argent en plus sur le territoire de Marseille Provence Métropole. C'est un formidable perturbateur pour un tissu culturel fragile, frappé de plein fouet par le manque d'argent..." Bernard Latarjet ne s'est pas étendu sur le sujet, mais plus d'un élu présent à ce déjeuner débat a dû « gamberger » sur l'état des finances des collectivités territoriales. Elles vont droit dans le mur avec un État qui transfert ses charges sans les ressources. Privées des aides des collectivités, beaucoup d'associations culturelles risquent d'être condamnées à la précarité et l'inaction.
Bernard Latarjet n'est pas avare de chiffres : "le projet a reçu 100 millions d'euros auxquels il faut ajouter 200 millions d'euros par an pendant 4 ans, soit en tout 1 milliard d'euros... "Ce n'est quand même pas rien ! D'autant qu'on assiste à un effet de levier. Le privé mis en confiance investit. Mais, précise-t-il, "le projet n'est pas gagné d'avance... Certaines capitales ont échoué dans leur pari de concilier l'excellence et le populaire, le momentanée et la durable, le local et l'international. Marseille a l'ambition de se transformer durablement avec des édifices sans équivalent en Europe.. Seront-ils opérationnels en 2013 ? "

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Le chantier du Mucem. En arrière plan: pétroliers bloqués en rade de Marseille par des grévistes

Marseille 2013... métropole majeure des échanges culturels et économiques entre l'Europe et la Méditerranée
"Des chantiers sont ouverts du Vieux Port à Arenc, en passant pas le J4, un ancien môle du Port Autonome rétrocédé à la Ville. Fort Saint-Jean, Mucem, CRM (Centre régional de la Méditerranée à Marseille), nouveau Frac (Fonds Régional d'Art Contemporain)... Si on a du retard sur un chantier, même avec le plus prestigieux des programmes en action, on aura perdu..."
En phase avec l'évènement 2013, La Cité de la Méditerranée opère la transformation du front de mer sur près de 3 km de longueur, du Fort Saint Jean à Arenc ! Selon la direction générale d'Euroméditerranée, "c'est l'un des programmes les plus ambitieux d'Euroméditerranée, qui s'inscrit dans le cadre de nouvelles relations entre ville et port. Activités culturelles, de formation, scientifiques, ludiques et tertiaires formeront, avec les équipements du Port, dont la nouvelle gare maritime devant la Major, un ensemble unique témoignant du rôle de Marseille comme métropole majeure des échanges culturels et économiques entre Europe et Méditerranée." En accord, ajoutons-nous, avec la fonction de pôle sud de valorisation et d'échange haut tertiaire entre l'UE et les pays de rive sud du Bassin méditerranéen et du golfe Persique, incarnée par l'opération de rénovation urbaine Euroméditerranée, toujours en cours. Autre réalisation, sur le point de débuter, celle des Terrasse du Port, un centre de 52.000 m2, qui comptera pas moins de 150 boutiques et 2 850 places de parking, pour un coût total de 450 M€ et quelques 1.500 emplois à terme, rien que pour ce projet. Deux ans de travaux seront nécessaires pour ériger ce temple du fun shopping de 45 000 m2 sur l'emprise du port de commerce marseillais. Sera-t-il opérationnel en 2013 ? Croisons les doigts !

 Des événements populaires pour des instants conviviaux
Après les chantiers, Bernard Latarjet évoque les événements populaires, "il s'agit de partager des moments exceptionnels et conviviaux. L'année est construite sur 4 saisons, chacune d'elle débute par un temps fort et festif... Les ingrédients du succès ? Des spectacles et des expositions, en tout 30 événements sur l'ensemble du territoire.... Albert Camus sera à l'honneur... on découvrira une exposition sur l'histoire de la Méditerranée à travers des bateaux, des expositions de photographies... Des salons de lecture... cinéma... théâtre..." On comprend que dramaturges, musiciens, plasticiens seront de la fête et s'en donneront à cœur joie. De nombreuses associations seront invitées à s'exprimer à travers des ateliers de participation citoyen. Associations culturelles, "établissements scolaires, ateliers de travail, jeunes, moins jeunes, riches ou pauvres, il s'agit de produire quelque chose pour la capitale culturelle européenne. Tous les genres sont permis : chorale, atelier d'écriture, café philosophique, cabaret... Il s'agit avant tout d'être acteur de l'événement plutôt que consommateur."

Les Ateliers de l'Euro-Méditerranée
Dernier ingrédient de la recette présentée par Bernard Latarjet : les "Ateliers de l’EuroMéditerranée (AEM)", ouverts à tous les artistes, d'où qu'ils viennent. Dans la phase de candidature, les Ateliers de l’EuroMéditerranée ont constitué le cœur de la future Capitale Européenne de la Culture. C’est, pour une grande part, sur ce concept que le jury de sélection des candidatures s’est prononcé sur le choix de Marseille-Provence."
Les Ateliers de l’EuroMéditerranée, ce sont 200 espaces de travail installés progressivement et durablement de 2010 à 2013. Leurs objectifs répondent à la nécessité d’enrichir la dimension culturelle du processus de Barcelone – Union Pour la Méditerranée dans les domaines de la création contemporaine, de la mobilité des artistes, du dialogue interculturel. C'est aussi la vocation de Marseille-Provence, tant historique que contemporaine, de servir exemplairement cette ambition.
Selon le texte du projet original qui a permis à Marseille de remporter la bataille pour le titre de capitale culturelle européenne 2013 : "Les AEM se fondent aussi sur l’implication et l’engagement de tous les acteurs de la vie sociale, et particulièrement ceux du monde économique, de jouer un rôle majeur dans la mise en œuvre de ce projet. Ils prennent aussi en compte l’expérience acquise par les entreprises privées (au sein notamment de Mécènes du Sud) et par les institutions culturelles publiques en matière d’accueil et de soutien aux artistes."

 

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Le Mucem en 2013

 Un grand rendez-vous populaire
Marseille-Provence 2013 se définit aussi comme un grand rendez-vous populaire, grâce à ses musées (Palais Longchamp, ...) et à ses équipements nouveaux comme le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Mis en valeur par l’architecture de Rudy Ricciotti, le Mucem fera découvrir à l’Europe la Méditerranée d’hier et d’aujourd’hui. Rêvé comme "point fort de l'espace Saint Jean " en 1995 par Renaud Muselier, alors premier adjoint au maire de Marseille, le Mucem a été défini par Bernard Latarjet comme "une des clés de la réussite de l'événement 2013"
Séparé de ce grand musée national par une darse, le Fort Saint Jean deviendra un belvédère culturel sur la mer, enrichi des collections des arts et traditions populaires.
La Friche de la Belle de mai mais aussi la Cité des arts de la rue seront des lieux d’expressions contemporaines.
Par ailleurs, d’Aix-en-Provence à Marseille, une exposition sera consacrée aux grands ateliers du Midi, de Van Gogh à Bonnard. Cela suffira-t-il à assurer le succès de Marseille Provence comme capitale européenne de la culture ? On a perçu de réelles inquiétudes poindre dans les questions posées au cours du débat qui a suivi l'exposé de Bernard Latarjet. Il est vrai aussi que les grèves actuelles perturbent les chantiers. Autre élément (non abordé au cours du déjeuner débat) qui pourrait contrarier la fête pour de nombreux touristes à Marseille : une signalétique destinée aux piétons... inexistante. Des tracés sur le sol ne sauraient en aucun cas s'y substituer. À elle seule, elle justifierait la création d'un bureau d'ingénierie par la ville de Marseille ! Philippe LEGER

 

1 – Restaurant Bo&Chic, 4 rue du Lacydon 13002 Marseille (entre l'Hôtel de Ville et le Musée des Docks Romains)

2 - Bernard Latarjet, ingénieur général du génie rural, des eaux et des forêts de formation, a travaillé à la Datar (Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale), une administration française chargée de préparer les orientations et de mettre en œuvre la politique nationale d'aménagement et de développement du territoire. En 1984, il est nommé délégué général de la Cinémathèque française jusqu'en 1987, avant de prendre la tête de la Fondation de France (1989 à 1991). De 1991 jusqu'en 1992, il a été le conseiller spécial de Jack Lang au ministère de la Culture et de la Communication. Dans la foulée, il a rejoint l’Élysée en qualité de conseiller technique sur les affaires culturelles et les grands travaux (1992-1995). De 1996 à 2006, il a assumé à la satisfaction de tous, la présidence de l’Établissement public du parc et de la grande halle de la Villette. Fin 2006, il est appelé par Jean-Claude Gaudin pour piloter la candidature de Marseille au titre de capitale européenne de la culture 2013. Bernard Latarjet est également administrateur de Radio France, secrétaire général du conseil d'administration du Théâtre de la Ville à Paris, président de la BiFi (Bibliothèque du Film, une institution française dédiée au cinéma), ainsi que de l'École nationale supérieure du paysage deVersailles, du Centre National des Arts du Cirque et du Théâtre Silvia Monfort, de la Cité de la Musique et de la Maison des enfants d’Izieu .

3 – Au nombre des convives : Michèle Teboul, présidente du CRIF Marseille- Provence ; Jocelyn Zeitoun, Conseiller général du canton de Marseille - Notre Dame du Mont, Délégué du développement économique ; Serena Zoughi, Conseillère municipale déléguée (Marseille) : Concertation avec les C.I.Q. Cité des Associations Cité des Rapatriés ; Clément Yana, ancien président du CRIF régional, chargé de mission au conseil général pour les relations intercommunautaires et initiateur de « laboratoires de la paix » réunissant juifs, chrétiens et musulmans, fondateur de RJM (Radio Juive de Marseille) ; Jean-Pierre Allali, membre du Bureau Exécutif du CRIF(national) et président de la Commission de relations avec les ONG, les syndicats et le monde associatif ; Robert Bismuth, président du Comité de Coopération Marseille Provence Méditerranée ; Jean-Jacques Zenou, président de RJM ; Philippe Korcia, président du Cercle des Amis du Crif ; Daniel Herman, Adjoint au Maire délégué à l’Action Culturelle Musées, Bibliothèques et Muséum ; Guillaume Jouve, élu de la Mairie des 6e et 8e, Adjoint d’arrondissements, délégué au patrimoine, aux bâtiments communaux ; Zvi (Sylvain) Ammar, vice- président du CRIF et du Consistoire israélite national, président du Consistoire israélite de Marseille...

 

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