Lettre ouverte à M. Darcissac, maire capitaliste d'Alençon, LREM contrarié

Lettre ouverte au maire de droite d'Alençon, rédigé suite à une action locale, ce billet s'adresse aux planqué.e.s de la majorité en général, celles et ceux qui n'affichent pas leurs couleurs, pour mieux nous tromper. Mais il s'agit ici surtout de défendre les luttes de toutes et tous les camarades contre les réformes made in Medef. On est là, debout, et rien ne nous fera taire et cesser d'agir.

    Cher monsieur Darcissac,

    Le dimanche 12 janvier, nous nous sommes invité.e.s à l’une de vos cérémonies de vœux pour dire haut, fort et en chantant ce que nous pensions de la politique que vous soutenez, celle de monsieur Macron. De fait, cette intervention militante surprise a été très remarquée dans les médias locaux et nationaux. Des personnes de toute la France ont applaudi notre prestation sur les médias sociaux. Notre but – celui de dénoncer une politique antisociale, illégitime et inique – a été atteint, bien plus encore que nous ne l’espérions.

    Votre réaction a été simple : nous faire évacuer. Nous nous y attendions, c’est le jeu. A la presse, vous avez dit que la démocratie avait ses lieux (et que la cérémonie n’était pas politique !), et que vous étiez prêt à discuter de la réforme des retraites si nous demandions un rendez-vous, ce que nous n’avions pas fait. Nous souhaitons répondre à vos propos, et c’est l’objet premier de cette lettre ouverte. Nous souhaitons également vous dire d’emblée que nous ne vous demanderons pas d’entrevue.

    Vous souffrirez d’abord que nous riions du fait que votre tournée des popotes pré-électorale ne soit pas politique, selon vous. Debord prendrait part à notre chœur désopilé, croyons nous. Plus sérieusement, nier le caractère politique d’une cérémonie où un groupe de personnes est sur une tribune, là en tant qu’occupant des fonctions sociales d’autorité et ayant décidé du lieu et du cadre de sa présence est une perte du sens des réalités sociales. Ce qui nous amène immédiatement à notre deuxième point, celui de la démocratie.

    Nous ne considérons pas que la démocratie ait ses lieux. La démocratie selon nous c’est tout au contraire l’égale liberté de décision de personnes en présence, quel qu’en soit le lieu. Elle n’a donc pas à être cantonnée à des discussions privées dans des lieux feutrées, avec demande de rendez-vous pour atteindre un sommet de hiérarchie. Nous ne demandons pas audience, nous nous exprimons sur la place publique. Nous ne parlons pas tout bas en demandant l’autorisation de parler, nous prenons la parole sur cette place publique. La démocratie c’est le pouvoir de toutes et tous, pas celui d’un élu à qui l’on demande l’autorisation (la démocratie, ce n’est toutefois pas faire ce que je veux, mais ce que nous voulons). Le pouvoir du petit nombre, sans mandat impératif, révocable et sans rotation des tâches, pouvoir qui se réduit de plus en plus aux membres d’une seule et même classe quand on monte dans la hiérarchie, c’est l’oligarchie – le pouvoir du petite nombre – , quarteron, qui, de plus, ne lâche jamais le pouvoir, ou presque. La démocratie, donc, suppose une parfaite égalité entre celles et ceux qui s’expriment. Elle n’existe donc pas dans les institutions que vous représentez. Nous souhaitons donc aller parler à égalité en nous tournant directement vers nos semblables : nous l’avons fait et ne cesserons de le faire, mais dans la bonne humeur qui nous caractérise.

    Mais pour parler il faut être deux, ou plusieurs. Or vous – en tant que représentant de la minorité ayant le pouvoir contre la majorité des Français.e.s – refusez le débat et la contradiction. Toute opposition est d’abord disqualifiée d’emblée et ridiculisée par un chef de l’État – les Gaulois étant réfractaires et fainéants, n’est-ce pas ? Ensuite, sont organisés des débats, non !, un Grand Débat… qui s’est réduit de fait à des monologues du grand chef lui-même, sinon à ceux de ses vassaux, face à des salles médusées. Le tout à (très) grand renfort d’argent public. Nous préférons décidément la discussion quand elle est possible et, en termes de monologues, nous préférons définitivement ceux d’Eve Ensler. Quant aux cahiers de doléances, nous savons vous et nous où ils ont fini.

   Enfin, et surtout, quand nous – les personnes debout partout en France – avons débarqué dans l’espace public, l’espace commun, nous avons été blessé.e.s, fracassé.e.s, mis.e.s en pièces, broyé.e.s, matraqué.e.s, éborgné.e.s, estropié.e.s, frappé.e.s à terre. Nous comptons des milliers de blessés, des centaines gravement. Beaucoup d’entre nous ont été mis en prison. Nous en avons les preuves, en photos, en vidéos, par des témoignages qui sont légion. Le fait qu’à Alençon nous n’ayons pas subi cela n’y change rien. Tout cela a été fait dans une parfaite impunité depuis plus d’un an. Tout cela s’est observé dans les différents pays qui se révoltent en même temps que nous dans le monde : Irak, Chili, Hong Kong, Iran ou encore Bolivie. C’est honteux, inhumain. Pour le dénoncer, partout sur la planète, nous adoptons les mêmes codes. Ce que vous avez tenté de ridiculiser ici a été partout repris ; voyez-vous, le gilet jaune est maintenant vu dans toutes les manifestations à travers le monde. Et si vous – décidément – vous ne le savez pas, sachez que nous nous soutenons tous, peuples en luttes à travers des messages sans ambiguïtés. Au nom de cette violence déversée ici, nous refusons de montrer patte blanche pour nous faire entendre. Nous parlons et continuerons à parler devant toutes et tous.

    Le projet que vous défendez, celui de la casse des retraites, de la fin des solidarités, s’inscrit dans un contexte beaucoup plus vaste : celui d’une politique quarantenaire de destruction des acquis sociaux obtenus grâce à des luttes. Après Reagan et Thatcher, la France s’y est mise sans discontinuité depuis 1983/84 et l’arrivée d’une politique de droite capitaliste. Ce fut la fin de l’illusion réformiste « socialiste » qui n’avait duré qu’un peu moins de deux ans. Partout dans le monde depuis la fin des années 70 sont détruits nos droits, nos vies et la planète. Vous nous faites foncer dans l’abîme. La réforme des retraites est le passage d’une nouvelle vitesse sur une route qui nous conduit au précipice. Juste après que vous ayez attaqué les personnes privées d’emplois par un capitalisme fou, vous vous préparez à précariser des millions d’êtres humains, et en premier lieux les femmes, déjà victimes d’une domination masculine abjecte. Ce que vous faites n’a marché nulle part ; en Allemagne ou en Suède, le massacre a déjà commencé. Et tout cela pour quoi ? Pour rendre encore plus riches les plus riches, plus pauvres les plus pauvres, et plus puissants des financiers qui ne comprennent pas eux-même la façon dont la finance fonctionne – d’où les crises capitalistiques, marques de fabrique du mode de production devant lequel vous vous aplatissez. Rien ne fera marcher votre projet de casse programmée. La lucidité que vous n’avez plus, nous souhaitons la vivre, la reprendre. Votre intelligence est celle d’économistes noyés dans des équations qui ne mènent nulle part, la théorie néoclassique ayant fait totalement faillite. Vous êtes dans une orthodoxie de pensée qui a fait advenir un univers indiciblement morbide pour le vivant, le pensant et le riant. Sortez de votre bulle !

    De notre côté, nous défendons la rébellion contre la destruction, nous sommes pour une pensée hétérodoxe et originale. Nous savons lire et réfléchir, nous nous appuyons sur une intelligence collective composée de toutes nos origines. Nous avons brisé le moule. Nous sommes décidé.e.s à vous laisser derrière. Nous sommes l’avenir, vous êtes le passé. Nous en sommes au début tandis que vous faites le pied de grue devant le vide. Et le fait que vous cachiez de honte le que vous êtes le candidat investi par LREM en est la preuve première.

    Le peuple uni ne sera jamais vaincu. Inutile d’espérer le contraire.

                                                                                 Philippe, du Collectif Inter-Luttes d'Alençon

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.