Post generali conventu tristis es activists

Un bilan personnel de la journée de mobilisation sur Alençon. Ses hauts, ses bas, et des idées sur le militantisme en général et la lutte.

De manière originale, notre AG avait lieu avant la manif. D'accord, plusieurs autres manifs avaient lieu dans le département, et il s'agissait de permettre à des personnes de rejoindre ces cortèges. D'accord, mais ce n'est pas le cas de tout le monde, et cela rend impossible de tirer les leçons de ce qui va se passer une AG avant une manif.

La salle est pleine, il y environ 200/250 personnes. On comprend vite qu'il s'agit d'une réunion d'information, et pas d'une AG en tant que telle. Et c'est chronométré : les syndicats doivent préparer la manif : on a une heure.

Quatre syndicats à la tribune, et personne d'autre. La réunion commence par une présentation de la réforme à venir, avec ce qui nous attend comme régressions au vu des éléments qu'on a. Suit un tour de table des syndicats. Puis parole à la salle pour un échange.

Divers points de vue sur la grève de la part de personnes aux situations différentes : gilet jaune, au chômage, dans le public, dans le privé, à la retraite. Points positifs : la diversité des interventions, la conscience qu'on est possiblement proche d'un moment historique, envie qu'ont les gens de s'exprimer, que ça change. Pour ma part, j'ai voulu faire passer un appel pour une grève offensive et la mise en avant d'exigences, plutôt de que d'exiger un retrait.

Le négatif. Je ne vais pas le cacher, je n'ai pas du tout aimer cette "AG". Avant de dire le fond de ma pensée, je précise que je n'attaque personne en particulier, ni une organisation précise. J'exprime des désaccords sur ce qui s'est passé là, qui ne peut en aucun cas résumer l'action des participant.e.s dans leur action syndicale quotidienne. Et je pense, au moment où je parle, qu'on va pouvoir redresser tout cela.

D'abord, une simple réunion d'information. Pas super comme premier pas dans un conflit. Mais surtout, il se s'agit pas d'une AG décisionnelle : pas de proposition, pas de vote. Ensuite, elle est chronométrée... cela me rappelle les réunions catastrophiques des gilets jaunes de la ville : comment débattre quand une cloche va nous dire qu'il y a un terme aux échanges ? Le pire, c'est qu'à la fin on a eu le droit à des extinctions volontaires des lumières pour bien nous signifier que la récré était finie... sérieux... On s'est bien demandé si on allait pas rester - un noyau n'étant pas du tout content. Bon on a été bouffer.

Ensuite, et c'est fort malheureux, il y a eu quelques piques entre personnes sur qui souffrait le plus de la grève... public... privé... Tomber aussi bas ! Ensuite, même s'il est évident qu'une grève c'est d'abord des salarié.e.s qui arrêtent de travailler et perturbent / bloquent leur outil de travail, dans le cadre d'une grève générale tout le monde est concerné, surtout quand ce qui a fait explosé le baril de poudre est une question comme la retraite ; il ne faut donc pas oublier toutes les personnes qui participent à la lutte. La grève générale, c'est bloquer le capitalisme dans son fonctionnement, le faire au grand jour, s'affirmer uni.e face à l'exploitation et à l'oppression. Or comme ce fût le cas ici, quand on ne cesse de parler du salariat, et du salariat seulement - en plus de voir s'opposer le salariat public et privé -, c'est qu'on a affaire à un énorme problème venant du fait que les concepts de classe et de lutte de classes ont été tellement marginalisés par la propagande du pouvoir en place, que nous pouvons oublier qui nous sommes dans la hiérarchie sociale et le processus de production.

La grève générale prend position dans la lutte de classes. Elle met face à face exploité.e.s et exploiteurs. Dans le premier groupe, on ne possède qu'un cerveau et des muscles qu'on doit louer pour vivre. De l'autre, les propriétaires des moyens de production, et toute la liste de celles et ceux qui permettent l'exploitation. Dans le cadre de ce schéma très très simplifié, mais pas faux pour autant, on peut aisément faire rentrer les personnes en étude (travailleurs / travailleuses en formation), les personnes au chômage (privées d'emploi, ou plus à même de travailler), les personnes à la retraite (qui sont sorties du salariat). Nous sommes la classe du Travail face à celle du Capital. Il serait temps de prendre tout le monde en compte, et de ne pas se limiter au salariat : on est ensemble, on lutte ensemble, on décide ensemble, on bloque tout ensemble. Le temps imparti se terminant, j'ai posé deux questions : on se revoit quand ? Qu'est-ce qu'on fait durant les jours qui viennent ? Même réponse : adrfepprooeppsppeooozsdxxolefg. J'ai cru comprendre que cela signifiait quelque chose entre : rien, on vous rappelle, on sait pas, j'ai pas compris la question.

Est-ce comme cela qu'on va bloquer l'économie ? Certainement pas. Qu'en est-il de l'auto- organisation de la lutte ? Nulle part... ou plutôt à la tribune, et la tribune est allée manger.

 

On s'est retrouvé.e.s à la manif. Sympa la manif, beaucoup de monde, enfin pour Alençon, très longtemps qu'on n'avait pas vu autant de monde : entre 1900 selon la police et 2300 selon nous. On n'a donc pas démenti ce qui s'est passé partout : les gens en ont gros et se mobilisent. Chouette. Merci aux syndicats pour l'organisation de la manif.

Et après, devinez-quoi ? Avec tout ce monde, qu'est-ce qu'on a bien pu faire ?

Ben on a juste bu du vin chaud. L'AG n'était pas décisionnelle. On aurait pu, même avec la moitié seulement des gens, bloquer bien des choses à Alençon. Mais non. C'est bien dommage.

Bref, allez, c'est pour une prochaine fois. On a toutes et tous envie de leur en mettre plein la tronche, on va y arriver.

 

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