Congé maternel et paternel : et si on essayait l'égalité ?

En cette période de coronaconfinement, le (non)partage des tâches ménagères et parentales saute souvent aux yeux. Profitons-en pour faire une proposition qui, nous semble-t-il, irait dans le sens d'une égalité entre femmes et hommes.

  Je pense que pour contribuer à une égalité en matière de tâches d'éducation et de soins aux enfants, et à une égalité plus large entre femmes et hommes, il faut qu'on en arrive à une égalité totale en matière de congé maternité / paternité. En effet, on dit souvent que si les mères ont le droit à 6 semaines avant et 10 semaines après l'accouchement, c'est pour qu'elles se reposent. Je pense de mon côté que si vraiment les femmes devaient se reposer, il faudrait justement que leur compagnon (ou compagne du reste, en cas de couple lesbien) ait droit au même congé. En effet, je pense pendant qu'avant l'accouchement une femme est sur les rotules, et que, plus que de partager à égalité les tâches ménagères, il faudrait qu'il y ait à ses côtés quelqu'un qui en prenne une part bien plus importante. Après l’accouchement, après les petits jours de présence du père, où est l'égalité, et... où est le repos ? Qui doit se lever la nuit pour aller auprès de bébé ? Maman, le plus souvent. Papa doit retourner au travail. Qui se tape tous les soins durant la journée ? Maman, car papa est au travail. S'occuper d'un nouveau-né n'est pas une tâche de tout repos. Par conséquent, la présence du père qui, selon moi, devrait prendre en charge bien plus de la moitié des tâches durant cette période est ce qui permettrait réellement à la mère de récupérer.

 

  Vis-à-vis de l'enfant... Pourquoi un enfant n'aurait pas le droit d'avoir ET sa mère ET son père auprès de lui ? Et pourquoi Et la mère ET le père n'auraient pas le droit de s'occuper, d'aimer, de cajoler leur enfant à égalité, si elle et il le souhaitent ?

 

  Ce qui se joue là est très important en termes de conséquences sociales, psychologiques et politiques. Le choix fait de ne donner qu'à la mère 10 semaines à temps plein avec son enfant a comme conséquence de créer un lien de dépendance mère / enfant (qu'on ne s'étonne pas que seule une minorité de pères prenne le congé parental...) et enfant / mère... Ce lien de dépendance est une des sources de l'enfermement des femmes dans l'univers de la maison / du domestique. Bien sûr durant cette période les rôles des femmes et des hommes, rôles normés, vont se trouver renforcer. Les mères vont apprendre à être mère... et les pères, père... ce qui ne veut pas dire la même chose : l'une est dans le soins, l'autre dans les responsabilités. Et cela suivra le couple toutes les années qui suivront : qui appellera-t-on en général quand l'enfant sera malade à l'école, hein ? Plus largement, l'image sociale de ce qu'est une mère et un père s'en trouvera conforter : qu'une femme retourne travailler tôt, et on dira qu'elle est une mauvaise mère ; qu'un homme s'occupe intégralement de son bébé, et on trouvera ça très suspect.

 

  Il est à noter que ce qui est mis sur le compte de la "nature" - la mère a accouché donc c'est elle qui se repose - est très bizarrement invalidé, du coup, par la loi. Ainsi, si l'enfant est malade à sa naissance... une femme peut reporter son congé maternité ?! Ah bon, donc quand l'enfant est à l'hôpital, elle n'a plus besoin de se reposer ? Si, situation triste et tragique, la maman décède à l'accouchement... le père peut prendre 10 semaines après la naissance... Or, ben tiens, il n'a pourtant pas accouché ! Ce qui montre, DONC, que ce congé est fait non pour se reposer, mais pour s'occuper de l'enfant. Ce qui d'ailleurs est confirmé car si on adopte un nouveau-né, et bien on a aussi le droit à un congé, à ce qu'il me semble. Bref, le repos de la mère, c'est vraiment une sale excuse, alors qu'est visé en fait la reconduction de rôles sociaux, rôles qui encore une fois, vont potentiellement fermer l'espace social aux femmes (notamment en termes de carrière pro), et ouvrir celui des hommes.

 

  Bref, dans une société égalitaire, une femme et un homme (ou deux femmes) devraient pouvoir si telle est leur volonté pourvoir s'occuper durant un vrai congé maternité / paternité de leur enfant. Les mères se reposeraient vraiment, les rôles sociaux auprès de l'enfant et dans la société pourraient s'en trouver transformés, l'enfant auraient auprès de lui l'amour et les soins de ses deux parents, à égalité, et hommes et femmes pourrait câliner autant qu'ils / elles le veulent.

 

  Dans un capitalisme radin (ok, c’est redondant) et une société sexiste, c'est pas près d'arriver. Mais ça dépend de nous : seule la lutte débouche sur des avancées...

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