Mélenchon doit proposer un accord à Hamon dès maintenant!

La balle est dans le camp de Jean-Luc Mélenchon : veut-il vraiment faire gagner la gauche ou préfère-t-il camper jusqu'au bout le personnage du “sauveur de la France” ? Veut-il que l’on se souvienne qu’il aura permis de sauver la gauche d’une défaite historique ou que son ego aura épousé jusqu’à la caricature les habits plébiscitaires de la 5e république ?

Jean-Luc Mélenchon est en train de commettre la même erreur que Benoît Hamon quand ce dernier était crédité de 17% des intentions de vote dans les sondages et Mélenchon était redescendu à 9% (dans les jours qui suivirent la primaire) : il parie sur le siphonnage des voix de son concurrent et son effondrement.

Le candidat de la “France insoumise” est peut-être en mesure de siphonner les voix d'Hamon, mais cette tactique ne devrait pas suffire pour se qualifier au deuxième tour (ceci dit, l’hypothèse n’est plus à écarter dans l’atmosphère hautement volatile de cette fin de campagne).

Que Mélenchon parvienne à ses fins ou pas, sa démarche est négative car elle ne permettra pas de construire un rapport de force durable contre les forces du capital après l'élection. En outre, on ne bâtit pas une majorité en humiliant un adversaire dont le programme est très proche du sien.

Il est confondant d'entendre les appels condescendants (dernièrement Alexis Corbière) demandant à Hamon de se “désister”. Comme si les conditions politiques et matérielles étaient réunies pour cela ! Autant croire dans le mouvement de nez convulsif de Samantha Stevens qui fera disparaitre magiquement le candidat Hamon, ultime obstacle à la qualification mélenchoniste au second tour.

Non, ce que Jean-Luc Mélenchon devrait faire, c'est publiquement s'adresser sans tarder à Benoît Hamon (car le temps presse) pour négocier un accord unitaire d’action politique et de gouvernement. C’est évidemment à celui qui fait la course en tête qu’il revient de faire le premier pas. Cet accord unitaire comporterait à la clé une plateforme programmatique minimale (largement réalisable étant donné les recoupements importants dans ce domaine) et une répartition des rôles pendant et après la campagne.

Si Mélenchon est élu president de la république, il devrait nommer Hamon premier ministre (ou toute personne proche de lui dans la mouvance socialiste). Ce volet unitaire devrait enfin comporter une ébauche d'accord pour les élections législatives. Ce dernier point est fondamental car à quel avenir serait promis une présidence Mélenchon qui ne pourrait compter que sur un groupe parlementaire maigrelet à l’Assemblée nationale ? (hypothèse la plus plausible aujourd’hui, que Mélenchon gagne l’élection ou pas)

Une fois cet accord à gauche conclu, Mélenchon pourrait poursuivre sa stratégie populiste de gauche, qui consiste à trianguler des thèmes de droite (dont le patriotisme). Il ferait certainement attention de ne plus parler en bien de Bachar el-Assad ou de Vladimir Poutine (le vent ayant tourné depuis quelques semaines, c’est déjà le cas, à quelques rechutes près). Le désaccord sur l’Europe pourrait être résolu, car il apparait patent à tout observateur qui connait bien le mitterrandophile, que Mélenchon n’a aucune envie de sortir de l’Union européenne.

Avec cet accord, Mélenchon pourrait enfin rassembler la gauche. C’est la condition sine qua non pour envisager sa qualification et sa victoire au deuxième tour. Une entente avec la gauche socialiste et écologiste (et non sa demande de réddition en rase campagne) s’impose d’autant plus aujourd’hui que l'idée même de “vote utile” en faveur d’Emmanuel Macron est en train de perdre du terrain au sein de l’électorat socialiste. Des sondages récents montrent en effet que Jean-Luc Mélenchon battrait Marine Le Pen au deuxième tour. Le rassemblement de la gauche serait a fortiori essentiel dans l’hypothèse d’un duel Macron-Mélenchon car ce dernier ne possèderait pas les réserves de voix à droite que peut espérer son concurrent.

La balle est donc dans le camp de Mélenchon : veut-il vraiment battre Le Pen, Fillon, Macron et faire gagner la gauche ou préfère-t-il camper le personnage du “sauveur de la France” jusqu'au bout ? Veut-il que l’on se souvienne qu’il aura permis de sauver les forces progressistes d’une défaite historique dans un contexte politique tendu ? Ou préfère-t-il être remémoré comme celui dont l’ego aura épousé jusqu’à la caricature les habits plébiscitaires de la 5e république ?

Il faut s’étonner que peu de personnes à gauche, sans soute grisées par des sondages favorables, ne posent le problème - et il est de taille ! - en ces termes. En fait, plus rien ne doit surpendre dans cette campagne électorale intéressante et… dangereuse.

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