Philippe Marlière
Politiste
Abonné·e de Mediapart

127 Billets

1 Éditions

Billet de blog 23 juin 2018

Il y a deux ans, le Brexit

Se battre au sein de l’UE fait certes penser à la condamnation de Sisyphe. C’est une option terrible, mais l’autre option, la sortie, l’est encore plus. L’option de la sortie est d’autant plus dépassée que la social-démocratie néolibérale, partisane de l'UE actuelle, est en train de disparaitre.

Philippe Marlière
Politiste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En 1992, j’ai voté contre le traité de Maastricht. En 2005, après une campagne active (articles et divers meetings publics avec le “Non de gauche”), j’ai voté contre le traité constitutionnel. Au fil des ans, j’ai rédigé nombre d’articles et donné plusieurs interviews exprimant explicitement mon rejet d’une Union européenne (UE) au service du capital.

Cette UE a en effet été **conçue et construite par les gouvernements nationaux** pour transposer au niveau supranational une série de réformes structurelles qu’ils ne pouvaient ou n’osaient prendre seuls de peur d’être violemment rejetés par leurs électorats. Il y a deux ans, ce jour, les Britanniques ont voté en faveur de la sortie de l’UE. Si j’avais pu voter à cette occasion, j’aurais, sans aucune hésitation, voté pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE.

Pourquoi ? Parce qu’une sortie sèche comme celle de la Grande-Bretagne est techniquement hyper compliquée. Parce qu’elle entraîne plus de désavantages économiques pour les peuples que de gains. Parce qu’elle met en péril le peu de protection sociale que l’UE a pu imposer aux États-membres. En outre, cette sortie est un grand défouloir pour ce que le pays compte de xénophobes et de racistes. La situation économique et politique s’est dramatiquement détériorée depuis deux ans en Grande-Bretagne.

Jeremy Corbyn qui ne s’oppose pas clairement à cette offensive ultralibérale et xénophobe est en train de perdre des soutiens au sein de la jeunesse et de l’électorat travailliste très largement acquis au maintien dans l’UE. Je n’ose imaginer ce qu’un vote de sortie donnerait dans un pays comme la France, dans lequel les idées d’extrême-droite et islamophobes sont si fortes.

Penser que les capitalistes qui maitrisent l’économie d’un pays vont se coucher devant la “volonté d’un peuple souverain” au motif que ce pays est sorti de l’UE est une funeste farce. Un capitalisme national sera encore plus violent avec son peuple car il devra se battre avec une concurrence européenne (droits de douane, accès au marché unique, exigence de qualité des produits, etc.). Se battre au sein de l’UE fait certes penser à la condamnation de Sisyphe. C’est une option terrible, mais l’autre option, la sortie, l’est encore plus. L’option de la sortie est d’autant plus dépassée que la social-démocratie néolibérale, partisane de l'UE actuelle, est en train de disparaitre. Raison de plus pour y rester et se battre pour la transformer. C’est une tâche très difficile et aléatoire, mais c’est le moins mauvais des scénarios. Le projet de sortie est avant tout celui des populistes, des racistes et des ultralibéraux.

Quelques jour savant le vote britannique, je publiais cet article sur Mediapart. J’en reproduis les derniers paragraphes, tellement édifiants et prophétiques… :

“Jeremy Corbyn les Greens, Left Unity (gauche radicale), le mouvement social Momentum (proche de Corbyn), les syndicats du TUC, et des personnalités comme Ken Loach ou le journaliste Owen Jones font, sans état d’âme, campagne pour le maintien dans l’UE. Tous ont compris qu’une victoire du Brexit sur une ligne néo-thatchérienne et xénophobe amènerait un tournant à droite, et une attaque en règle contre les quelques droits sociaux protégés par l’UE (congés payés, de maternité ou durée maximale du travail hebdomadaire).

Le Lexit (sortie à gauche) est, de fait, restée introuvable. La gauche a compris que le gouvernement et Westminster n’ont pas besoin de la Commission européenne pour imposer une austérité virulente (le pays n’est pas dans la zone euro et n’est donc pas soumis aux contraintes du Pacte de stabilité) ou mener des politiques tatillonnes en matière d’immigration (la Grande-Bretagne n’appartient pas à la zone de Schengen).

Cette gauche sait que l’Europe est intergouvernementale et que les grandes décisions qui engagent les peuples sont décidées, non par la Commission, mais par les gouvernements les plus influents (Allemagne, France et Grande-Bretagne). Promouvoir une sortie de l’UE dans les circonstances actuelles, ce serait objectivement renforcer le camp antisocial, populiste et raciste, en Grande-Bretagne et en Europe.”

Deux ans après le vote du Brexit, les capitalistes et xénophobes ont les mains libres pour mettre en oeuvre leur sale besogne anti-populaire.

Twitter : @PhMarliere

https://www.facebook.com/philippe.marliere.50

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
En Seine-Maritime, Alma Dufour veut concilier « fin du monde et fin du mois »
C’est l’un des slogans des « gilets jaunes » comme du mouvement climat. La militante écologiste, qui assume cette double filiation, se lance sous les couleurs de l’union de la gauche sur ce territoire perfusé à l’industrie lourde, qui ne lui est pas acquis.
par Mathilde Goanec
Journal — Sports
Ligue des champions : la France gagne le trophée de l’incompétence
La finale de la compétition européenne de football, samedi à Saint-Denis, a été émaillée de nombreux incidents. Des centaines de supporters de Liverpool ont été nassés, bloqués à l’entrée du stade, puis gazés par les forces de l’ordre. Une faillite des pouvoirs publics français qui ponctue de longues années d’un maintien de l’ordre répressif et inadapté, souvent violent.
par Ilyes Ramdani
Journal — Europe
En Italie, Aboubakar Soumahoro porte la voix des ouvriers agricoles et autres « invisibles »
L’activiste d’origine ivoirienne, débarqué en Italie à l’âge de 19 ans, défend les ouvriers agricoles migrants et dénonce le racisme prégnant dans la classe politique transalpine. De là à basculer dans la politique traditionnelle, en vue des prochaines élections ? Rencontre à Rome. 
par Ludovic Lamant
Journal — Moyen-Orient
Le pouvoir iranien en voie de talibanisation
La hausse exponentielle des prix pousse à la révolte les villes du sud et de l’ouest de l’Iran. Une contestation que les forces sécuritaires ne parviennent pas à arrêter, tandis que le régime s’emploie à mettre en place une politique de ségrégation à l’égard des femmes.
par Jean-Pierre Perrin

La sélection du Club

Billet d’édition
Ma grand-mère, fille mère
Les récits familiaux reprennent dans l'édition «Nos ancêtres les gauloises». Celui-ci nous est proposé par un contributeur qui tient à rester anonyme. Son histoire, entre mémoire et fiction, explore un secret de famille où la vie des bonnes «engrossées» par leur patron rencontre celle des soldats de la Guerre de 14...
par ELISE THIEBAUT
Billet de blog
Les mères peuvent-elles parler ?
C'est la nuit. Les phares des voitures défilent sur le périphérique balayant de leurs rayons lumineux le lit et les murs de ma chambre d'hôpital. Je m'y accroche comme à un rocher. Autour de moi, tout tangue. Mon bébé hurle dans mes bras.
par Nina Innana
Billet de blog
Pourquoi la fête des Mères est l’arnaque du siècle
À l’origine la Fête des Mères a donc été inventé pour visibiliser le travail domestique gratuit porté par les femmes. En effet, Anna Jarvis avait créé la Fête des Mères comme une journée de lutte pour la reconnaissance du travail domestique et éducatif gratuit ! Aujourd'hui personne n'est dupe sur les intérêts de cette fête et pourtant...
par Léane Alestra
Billet de blog
Mères célibataires, les grandes oubliées
Mes parents ont divorcé quand j'avais 8 ans. Une histoire assez classique : une crise de la quarantaine assez poussée de la part du père. Son objectif à partir de ce moment fut simple : être le moins investi possible dans la vie de ses enfants. Ma mère s'est donc retrouvée seule avec deux enfants à charge, sans aucune famille à proximité.
par ORSINOS