La Ligue du LOL, canal MDR

Il y a à peu près un an, Médiapart se faisait l'écho des exploits du jeune "prodige" Mehdi Meklat, chroniqueur au Bondy Blog, qui occupait une partie de ses loisirs à tweeter des insanités : https://www.mediapart.fr/journal/france/200217/docteur-mehdi-et-mister-meklat?onglet=full

Eu égard au traitement, à mon sens un peu léger qu'en avait fait Médiapart, je m'étais fendu d'un commentaire, ainsi que d'un billet de blog : https://blogs.mediapart.fr/philippe-motta/blog/220217/le-veule-comique-de-la-twittosphere  L'auteur de l'article m'a répondu. Affaire classée.

Presque : car s'il est un point commun entre tous ces affolés du smartphone que l'aimable Michel Serres appelle "nos petites poucettes", c'est leur génération. Je donne ce quitus sur ce point, mais seulement sur ce point, au respectable académicien. En revanche, je maintiens mon propos quant au fond de ce que j'écrivais alors :

"(...) rien n’interdit de s’interroger sur cette génération sans recul qui, sous prétexte d’un abonnement 4G s’autorise à dispenser ses énervements réels ou supposés sur des réseaux anonymes. Rien n’interdit de se questionner sur (des) gamins qui, comme de nombreux autres de sa génération, ont peut-être poussé un peu vite et un peu trop près d’un smartphone avant même d’avoir fréquenté assez de livres. Quand bien même, à l’instar de Zahia ou de Nabilla Benattia,  ils incarneraient quelque chose cela ne fait pas forcément (d'eux) quelqu’un d’intelligent, de cultivé, raisonné, apte à avoir une distance entre un mot et ses conséquences. Cela fait simplement de lui un « twittos », fils d’une génération nourrie au zapping et dont la première ambition est d’avoir un abonnement SFR ou Orange, avant même d’avoir celui de la bibliothèque. (...) On ne saurait non plus s’interdire de réfléchir, ou leur demander de réfléchir, s’ils ont pensé une seule seconde dans quel cerveau pouvaient tomber leurs tweets ? Comment ont rampé leurs injonctions puantes dans l’entendement de personnes aussi intellectuellement démunies qu'eux ? (...) rien de ce qui s’écrit (dans la sphère publique) n’est anodin. C’est d’autant plus pernicieux que si certains destinataires ont lu Chomsky et Bourdieu, ce n’est certainement pas le cas de tous, tant il est plus facile de dégainer son smartphone pour « cracher à la gueule » que de rentrer dans une librairie (...)". 

Je ne retire rien. Et je constate également que, outre leur caractère générationnel, ces "petites poucettes" avaient comme point commun -au moins pour ceux auxquels l'article fait référence- d'avoir des postes "à responsabilité" (désolé, c'est le terme). Tels des agriculteurs ignorant les effets du glyphosate, ils ont joué sur leur terrain de "compétence" (désolé encore, c'est encore le terme), imaginant sans doute qu'ils seraient imprenables.

Moi, je ne suis ni le Petit Poucet, ni l'ogre, d'ailleurs. J'ai connu les téléscripteurs dans les rédactions. Vous venez de le comprendre : je suis un vieux con, mais cependant si je sais qu'on peut tweeter comme on s'emmerde (en attendant le métro, dans une salle d'attente, aux chiottes...), je sais également que tout ce que je peux écrire avec mes gros doigts peut être retracé, fut-ce des années plus tard.

Imaginer que ces types "à responsabilité" puissent se faire piéger dans leur propre domaine par le vecteur d'un procédé que moi même, vieux con, je n'ignore pas, m'interroge déjà sur leur propre compétence. J'ajoute que s'attaquer aux uns parce qu'ils sont gays, aux autres parce qu'elles sont femme, ou parce qu'ils ont une barbe, une trottinette mauve... donne un indice sur le temps que ces gens-là ont à perdre plutôt qu'à lire ou regarder le monde.

Au-delà de cet aspect anecdotique de la vie des insectes de la tweetosphère, reste le problème de fond : la bêtise. Sombre, crasse, veule. Michel Serres ne les avait sans doute pas vus venir. Non pas ces Petites Poucettes idiotes qui croyaient avancer masquées et vont être propulsés à l'encan des "décryptages médias" -il m'est avis que Sonia Devillers va avoir une petite nuit-  mais les méchantes poucettes, celles qui vont prospérer sur le terreau du cerveau mou, sur les ruines des bibliothèques. Sur notre consentement à laisser des écrans aux enfants avant même de leur avoir appris à lire. Sur notre faiblesse, sur notre renoncement.

Ils l'ont déjà fait avec Facebook, ils le feront avec tweeter : c'est juste une question de réglages.Puisqu'il y a des crétins qui se font prendre aussi bêtement, il convient d'affiner encore un peu. Quant aux messageries "cryptées" et soi-disant inviolables, que ceux qui y croient encore lèvent le doigt. Non, pas le pouce : le majeur.

 

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