Ce qu'un président Romney pourrait changer pour l'Europe

Comme le fait observer le comique américain Bill Maher, le problème avec Mitt Romney, ce n'est pas tant le candidat républicain lui-même que la cohorte de lunatiques du créationnisme, d'ayatollahs du puritanisme réincarné et de fanatiques de la droite religieuse qui pourraient entrer à la Maison Blanche dans les valises du fondateur de Bain Capital.

Comme le fait observer le comique américain Bill Maher, le problème avec Mitt Romney, ce n'est pas tant le candidat républicain lui-même que la cohorte de lunatiques du créationnisme, d'ayatollahs du puritanisme réincarné et de fanatiques de la droite religieuse qui pourraient entrer à la Maison Blanche dans les valises du fondateur de Bain Capital. Néanmoins, dans la confusion qui caractérise aujourd'hui l'état de la théorie économique et les choix politiques contradictoires qui s'en inspirent pour sortir les pays avancés de la crise, une expérience de «Romneynomics» serait fort intéressante à observer.

A cette nuance près, évidemment, que les cobayes n'en seraient pas des rats de laboratoire mais les citoyens américains et au delà tous les habitants de cette planète. Et à cette réserve près que l'ancien missionnaire mormon en terre de France ayant souvent changé de position sur de multiples sujets, il est difficile d'anticiper avec précision ce qu'il ferait s'il venait à présider la première puissance économique mondiale.

Ayant hérité des huit années de règne de Bush Junior une économie américaine confrontée au double défit d'une crise financière majeure et d'un basculement géostratégique du monde, Barack Obama a répondu avec les remèdes du politicien classique qu'il est et non comme le Jésus Christ marchant sur les eaux que ses adorateurs européens continuent de voir en lui. En dépit d'une explosion sans précédent des déficits budgétaires et de la dette publique, cette réponse keynésienne, bien convenue de la part d'un Démocrate, a montré ses limites. La croissance américaine reste médiocre, le taux de chômage très élevé, surtout si on prend en compte les millions d'Américains qui se sont retirés du marché du travail en attendant des jours meilleurs.

Comme prévu compte tenu du précédent japonais, la politique monétaire laxiste de la Réserve Fédérale américaine, applaudie par Obama, a elle carrément échoué. Cette manipulation du prix de l'argent, si elle a en effet contribué à alléger artificiellement (et provisoirement) le fardeau de la dette publique dont la Fed est désormais le premier et presque le seul acquéreur, n'a eu qu'un impact insignifiant sur le retour de l'activité économique. Et la facture reste à honorer...un jour ou l'autre.

Mais là où l'administration Obama a carrément erré, c'est dans le traitement du marché immobilier dont était venu le choc initial. En aidant les banques plutôt que les emprunteurs en difficulté, le gouvernement américain n'a pas seulement détourné des sommes colossales au profit de Wall Street avant d'assister passivement à l'expulsion de millions de ménages de leurs logements par les mêmes banquiers. Il a accentué la déflation immobilière et retardé l'ajustement inévitable. Après huit années de déprime, les prix s'étant adaptés à la demande réelle, la spéculation étant purgée (elle reviendra un jour), ce marché crucial donne des signes de stabilisation, voire de reprise, ce qui est sans doute la meilleure nouvelle possible pour l'économie des Etats-Unis. En d'autres termes, le cycle économique, en dépit des tentatives malheureuses pour le manipuler, a prouvé, une fois encore, sa validité. Si cela avait été mieux compris, le prix à payer aurait été moins élevé, tant pour les finances publiques que pour les ménages américains.

Aujourd'hui, même si la Réserve Fédérale est formellement indépendante, l'élection du candidat républicain, surtout si elle s'accompagnait d'un renforcement de son camps au Congrès, pourrait abréger l'expérience d'assouplissement quantitatif à répétition conduite par Ben Bernanke et qui ne fait pas l'unanimité chez les gouverneurs de la banque centrale américaine. Cette politique de taux d'intérêts artificiellement bas n'est pas seulement inefficace. Elle entraine des externalités négatives nuisibles : découragement de l'épargne, mauvaise allocation du capital, perturbation du processus de destruction créatrice indispensable au renouvellement de l'appareil productif, etc. Toutes leçons apprises du Japon mais superbement ignorées par les responsables occidentaux.

Bien entendu, si le prix de l'argent remontait outre-Atlantique vers des niveaux établis par le marché et non plus par les manipulations de la Fed, les effets n'en seraient pas limités aux Etats-Unis. Les pays émergents, qui se plaignent du dumping monétaire américain, applaudiraient. Par contre, on imagine sans peine quelles seraient les conséquences pour les pays européens menacés de banqueroute et dont les dirigeants pensent que la création monétaire aujourd'hui, et l'inflation demain, leur épargneront une profonde remise en ordre de l'Etat providence. Et l'expérience ne serait nulle part plus passionnante à suivre qu'en France, pays engoncé dans ses certitudes étatistes et flottant dans son imaginaire ultra-keynésien.

Publié initialement sur Orange.fr, le 31 octobre 1012

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