G20: la présidence française s'ouvre sur une débâcle européenne

Il faut s'y résigner: la présidence française du G20, qui commence après le sommet de cette instance planétaire à Séoul le 11 novembre, nous vaudra son pesant de tartarinades, rodomontades et mouvements de menton de la part d'un Nicolas Sarkozy «déterminé» à y redorer le blason singulièrement terni de son quinquennat. Or, cette présidence va s'ouvrir sur une défaite en rase campagne de l'Union européenne dans l'arbitrage sur la réforme de la gouvernance du Fonds Monétaire International, après l'accord intervenu en Corée du Sud entre les ministres des Finances dudit G20.

Il faut s'y résigner: la présidence française du G20, qui commence après le sommet de cette instance planétaire à Séoul le 11 novembre, nous vaudra son pesant de tartarinades, rodomontades et mouvements de menton de la part d'un Nicolas Sarkozy «déterminé» à y redorer le blason singulièrement terni de son quinquennat. Or, cette présidence va s'ouvrir sur une défaite en rase campagne de l'Union européenne dans l'arbitrage sur la réforme de la gouvernance du Fonds Monétaire International, après l'accord intervenu en Corée du Sud entre les ministres des Finances dudit G20.

Défaite infligée par les Etats-Unis, coalisés pour l'occasion avec les principaux pays émergents, qui sont les interlocuteurs des Européens au sein du G20. Voilà qui donne une petite idée des chances de succès des propositions de réforme que la France souhaite promouvoir, en particulier quant au fonctionnement du non-système monétaire international soumis depuis 1944 à l'hégémonie du dollar.
Ce qui est en cause dans cette affaire, sur laquelle la «pompom girl» Christine Lagarde est pour une fois restée discrète (on la comprend !), ce n'est pas l'évidente nécessité d'augmenter le poids de pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil au sein des institutions de Bretton Woods. Il était devenu absurde de maintenir ces pays, qui assurent désormais bon an, mal an, les deux tiers de la croissance additionnelle du PIB planétaire, à un rang équivalent ou inférieur à celui de la Belgique ou des Pays-Bas. La nouvelle règle assure un modeste transfert de quelque 6% des droits de vote au bénéfice des pays émergents. Et les Européens, qui disposent aujourd'hui collectivement de neuf sièges sur 24 au conseil d'administration du Fonds, vont perdre deux chaises.
Le problème est que l'Union européenne, qui reste collectivement la première puissance économique, commerciale et financière du monde, est le seul banquier de cette réforme, sans aucune contrepartie de la part des Etats-Unis. Non seulement on ne touche pas au droit de veto détenu de jure et de facto par les Américains (toute décision importante doit être prise à une majorité de 85% quand ils détiennent près de 17% des droits de vote) mais en plus on croit comprendre que les Européens renonceraient au privilège de désigner le directeur général du Fonds (ce qui vaut sa position actuelle à DSK) alors que les Etats-Unis continueront à placer un des leurs à la tête de la Banque Mondiale.
L'Union européenne paye une de fois de plus son incapacité à prendre une quelconque initiative sur la scène internationale. Coupables, bien sûr, les petits pays directement menacés qui ont crû pouvoir éviter l'inévitable. «Encore un moment, Monsieur le bourreau», commente un bon connaisseur bruxellois du dossier. Coupable encore, la Commission européenne de José Manuel Durao Barroso dont l'évanescence se confirme dossier après dossier. Coupables enfin les «grands» pays européens (individuellement des poids plumes dans le nouvel ordre planétaire) attachés à leur fauteuil garanti (pour le moment) comme le chien à son os.
Une attitude offensive aurait consisté à demander la consolidation des participations européennes, en tout cas celles des pays appartenant à la zone euro, ce qui en faisait instantanément le premier actionnaire du FMI, et de loin. A exiger sur cette base une refonte complète du conseil, les Européens détenant collectivement un nombre réduit de chaises dans une instance elle-même resserrée. A demander enfin le respect des statuts du Fonds qui prévoit que le siège de l'institution doit être installé chez l'actionnaire le plus important et donc déménager de Washington vers une ville européenne. Et à laisser aux Etats-Unis la responsabilité de torpiller la réforme en rejetant ces exigences légitimes.
Au lieu de quoi, ayant vendu leur droit d'aînesse sans même obtenir le plat de lentilles, les Européens ont maintenant quelques mois pour répartir entre eux la pénurie, c'est-à-dire décider qui va être sacrifié et comment pour libérer les deux sièges subtilisés par les Etats-Unis et leurs alliés de circonstance. Et c'est en tant que représentant de cette Europe-là, de cette France-là, aphone, sans tête et sans colonne vertébrale, que Nicolas Sarkozy pense obtenir de Washington, de Pékin, de Brasilia, de New Delhi, etc. un nouvel ordre monétaire international ? On peut toujours rêver...

Publié initialement sur Orange.fr, le 2 novembre 2010

 

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