Quand Charles Gave fait la leçon à Thomas Piketty

Dans l'intérêt d'un débat pluraliste, et avec l'aimable autorisation de Charles Gave, je reproduis presque intégralement ci-dessous l'article que cet économiste et financier libéral a consacré au best-seller (aux Etats-Unis) de Thomas Piketty Le capitalisme au 21ème siècle, sur le site de l'Institut des Libertés.

Dans l'intérêt d'un débat pluraliste, et avec l'aimable autorisation de Charles Gave, je reproduis presque intégralement ci-dessous l'article que cet économiste et financier libéral a consacré au best-seller (aux Etats-Unis) de Thomas Piketty Le capitalisme au 21ème siècle, sur le site de l'Institut des Libertés. Voici également le lien vers la version originale en anglais (plus concise et légèrement moins polémique) publiée sur le site de la société de recherche économique Gavekal, dont Charles est le co-fondateur et le président. Le coeur de l'argument est l'erreur élémentaire commise par Piketty quand il confond, dans R>G, la rentabilité du capital investi et le taux de croissance des profits. 

Contrairement à la France, où ce très gros livre, près de mille pages, n'a guère était lu et encore moins analysé, le succès de Capital in the Twenty-First Century s'accompagne outre-Atlantique d'un débat critique, qui ne fait que commencer. Critiques qui ne viennent pas uniquement des milieux et publications conservateurs ou libéraux (comme le Wall Street Journal et The Economist). Mais aussi d'économistes classés "à gauche", comme en témoigne ce texte de James Galbraith:  http://www.dissentmagazine.org/article/kapital-for-the-twenty-first-century

Mon observation personnelle à ce stade (ayant entrepris et abandonné plusieursfois la lecture du livre, mais je ne désespère pas d'en venir à bout) est que la comparaison entre Marx et Piketty (sollicitée par le titre même du livre de ce dernier) n'est pas tout à fait illégitime: dans les deux cas, un formidable travail documentaire, une construction théorique bancale et des conclusions politiques où l'utopique le dispute au calamiteux. L'envolée des inégalités récente est un fait. Son origine n'est pas là où croit l'avoir trouvé Piketty. Et les remèdes ne sont certainement pas ceux qu'il préconise. Bonne lecture. 



Piketty ou quand un "Oint du Seigneur" se prend les pieds dans le tapis

Thomas Sowell , le grand économiste Américain, est à l’origine de cette appellation "Oint du
Seigneur" dont je me suis souvent servi dans le passé. Les oints du Seigneur sont ces intellectuels
que personne n’a jamais élu mais qui ont des idées très arrêtées sur la façon dont l’économie devrait
être gérée au bénéfice des damnés de la terre dont ils sont bien sur les seuls à avoir les intérêts à
coeur.

Leur raisonnement se déroule toujours en trois phases, nous dit Sowell.

1. Ils commencent par identifier un problème qui peut être réel ou ne pas l’être, peu importe. Ce
problème a toujours comme origine commune un «dysfonctionnement» du marché. Comme tout
individu normal le sait, la caractéristique du marché est qu’il ne fonctionne pas.

2. Ils proposent donc une solution, qui bien entendu requiert une forte intervention de l’Etat, ce qui
accroîtra leur, pouvoir à eux, puisqu’ils sont les grands Prêtres seuls autorisés à présenter les
offrandes sacrificielles à l’idole «Etat ».

3. Quand il devient évident que leurs actions ont transformé une situation normale en un vrai
désastre, ils expliquent gravement que la catastrophe vient du fait que l’on a appliqué leurs idées
beaucoup trop timidement, que la situation eût été bien pire si l’on n’avait rien fait et que
d’ailleurs , ils ont un nouveau plan… ce qui nous ramène à la phase 1…Et ainsi de suite. (Voir
l’Euro par exemple).

Thomas Piketty est l’un des grands espoirs Français de la classe Oint du Seigneur (au sens marxiste
du terme) et comme toute cette classe, il a ardemment milité pour l’élection de monsieur Hollande à
la Présidence de la République. Une fois élu, le bon garçon qu’est monsieur Hollande a suivi à la
lettre les conseils de monsieur Piketty et a augmenté massivement les impôts sur le Capital. Etape
Numéro 1.

Le résultat fut bien entendu un désastre complet (Etape Numero 2), et toujours bien entendu,
monsieur Piketty a sorti un gros livre pour expliquer que si sa politique avait échoué c’était parce
qu’elle n’avait pas été ASSEZ appliquée et qu’il fallait l’appliquer au monde entier…(Voir Etape
numéro 3 plus haut…). Et ce livre est devenu un «best seller».


L’extraordinaire dans toute cette affaire est que l’analyse de monsieur Piketty est fondée sur une
erreur logique qu’un débutant ne devrait pas faire et que peu de personne à ma connaissance, ont
relevé à ce jour.


Sa thèse est la suivante.  NDLR: on s’accroche, ce n’est pas si compliqué)
Si R représente la rentabilité du capital investi et si G est le taux de croissance de l’économie,
comme R>G , les profits croîtront plus vite que les autres revenus, ce qui veut dire que les riches
deviendront plus riches et donc les pauvres plus pauvres.


Déjà, voila qui est idiot. Ce n’est pas parce que les riches deviennent plus riches que les pauvres
deviennent plus pauvres. Comme le dit le proverbe chinois, c’est quand les gros maigrissent que les
maigres crèvent de faim. Mais enfin, passons sur cette première ânerie. Car l’ânerie suivante est
d’une amplitude bien plus considérable.


Piketty confond à l’évidence la rentabilité sur capital investi et le taux de croissance des
profits, ce qui est à peine croyable.

Je suis actionnaire dans une boulangerie industrielle dans le Sud Ouest de la France. Cette affaire a
une rentabilité de 20 % sur le capital investi, mais il est hors de question de réinvestir les profits à
20%. Si nous utilisions les profits pour acheter plus de machines ou embaucher plus de gens, nous
ne vendrions pas un pain de plus et notre rentabilité s’écroulerait. En termes simples, cela veut dire
que la rentabilité marginale du capital et du travail est de … zéro. Les actionnaires prennent donc
les profits et se les distribuent, à charge pour eux de les investir dans des endroits où la rentabilité
marginale du capital est plus forte.

A l’autre extrême, je peux trouver une société qui aura une rentabilité très faible, mais un taux de
croissance de ses bénéfices très élevé (je pense à Amazon ou à Samsung).
Toutes les sociétés dans le monde peuvent être « cartographiées » en fonction de ces deux
critères :
- rentabilité immédiate sur capital investi et
- croissance des bénéfices,
mais comme chacun peut le voir, il s’agit de deux notions complètement différentes.

Commençons par la croissance des bénéfices: sur le long terme, la croissance des profits ne peut
pas être supérieure à la croissance du PIB, sinon, au bout d’un certain temps, les profits
représenteraient 99.99% du PIB, ce qui est idiot. Continuons par la rentabilité du capital. Si la
rentabilité de ma boulangerie baissait pour se retrouver en dessous du taux de croissance de
l’économie, je serais obligé de la fermer puisque le capital libéré aurait une rentabilité plus forte si
j’achetais une obligation d’Etat , dont le rendement est égal au taux de croissance de l’économie (G).

Par construction, TOUTES les activités sans croissance doivent avoir une rentabilité supérieure au
taux de croissance de l’économie sinon, elles doivent fermer. Les deux branches de la démonstration de monsieur Piketty n’ont donc aucun sens économique.

Ce cher homme est un ignoramus de la pire espèce, c’est à dire un ignoramus pédant.
Ce que fait notre  "oint du Seigneur", c’est simplement de nous resservir le vieux brouet marxiste
de la «paupérisation inéluctable du prolétariat ». L’histoire des 200 dernières années ainsi que
l’émergence de 2 milliards de personnes de la pauvreté la plus absolue à une honnête aisance dans
les 20 dernières années montrent à quel point nous ne sommes pas ici dans l’analyse des faits mais
dans des incantations de nature religieuse, faisant appel au pire des sept péchés capitaux, l’Envie…

Il n’en reste pas moins que Marx avait écrit ce qui a été prouvé comme faux par l’expérience bien
avant que Bohm-Bawerk, Von Mises, Jevons, Alfred Marshall, Wicksell, Schumpeter ne publient
leurs travaux sur la notion de la rentabilité marginale du capital investi. . .

Ces grands hommes essayaient de répondre à la question suivante: quel accroissement de la
rentabilité suis-je en droit d’attendre si je mets au travail une unité supplémentaire de capital?
(dans le cas de ma boulangerie, la réponse est zéro, et donc je n’investis pas).
Je plains les élèves de monsieur Piketty tant il semble qu’il n’ait pas compris cette notion alors
qu’elle a été mise à jour il y a plus de 100 ans…

La question suivante est bien sur de se demander pourquoi ce livre entaché d’une erreur aussi
grotesque est il devenu un best seller?

La réponse nous est fournie par un autre grand économiste et sociologue de la même époque,
Wilfredo Pareto. Pour les gens au gouvernement, les théories peuvent se scinder en quatre groupes.

1. Celles qui sont fausses et inutiles

2. Celles qui sont vraies et utiles

3. Celles qui sont vraies et inutiles

4. Celles qui sont fausses et utiles

Les oints du Seigneur définissent l’utilité d’une théorie non pas en fonction des résultats qu’elle va
obtenir dans la vraie vie, pour le peuple, mais en fonction d’un autre critère: cette théorie va t’elle
leur permettre d’arriver au pouvoir et de s’y maintenir. Par exemple la lutte des classes et le
Keynésianisme qui ont toujours amené à des désastres invraisemblables partout où ces théories ont
été appliquées, mais elles ont toujours fort bien servi les intérêts de mes chers Oints du Seigneur.
(...) Mais qui sont ces oints du Seigneur et d’où viennent ils?
Schumpeter nous fournit la réponse à cette question.


Dans Capitalisme, Socialisme et Démocratie, ce grand esprit fait l’analyse suivante :
Le capitalisme, en autorisant la création destructrice entraine une immense augmentation du niveau
de vie, qui va permettre un développement foudroyant de l’éducation.

Un certain nombre des gens nouvellement éduqués ne trouveront pas la place dans la société à
laquelle ils aspiraient et en ressentiront un très fort dépit. En suivant les conseils de Gramsci, ils
essaieront de prendre le contrôle du système éducatif et de la Culture pour enseigner aux jeunes
que le Capitalisme ne fonctionne pas et qu’il faut le remplacer par le Socialisme. Au bout de trente à
quarante ans, le système politique tombera comme un fruit mur dans leurs mains. Ces gens là, nous
dit Schumpeter, arriveront à prendre le contrôle de l’économie en capturant le système politique et
nous ramènerons à terme à un système clérical où les grands prêtres géreront la pénurie, qu’ils
auront créée, à leur profit exclusif. On le voit le  "projet" socialiste, c’est le retour à l’Egypte des
Pharaons.

Que le lecteur me comprenne bien.
En aucun cas, je ne suis contre l’éducation, toute ma vie prouve le contraire.
En revanche, je suis férocement contre un système éducatif CENTRALISE, car si des forces
mauvaises en prennent le contrôle, cela met en cause non seulement notre bien être et celui de nos
enfants et petits enfants, mais aussi notre Liberté Individuelle.
C’est exactement ce qui s’est passé en France.

Une classe Cléricale, mal éduquée, incompétente a pris le pouvoir dans les milieux éducatifs et
culturels il y a cinquante ans et elle mène notre pays à sa perte. Le coeur du cancer qui ronge la
France, c’est l’Education Nationale et le ministère de la Culture. Et pourquoi cette classe hait-elle à
ce point le libéralisme?
Parce qu’elle sait fort bien, nous dit Raymond Boudon, que dans un système libéral, cette
cléricature serait payée à sa juste valeur (...).

 

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