Hollande à Strasbourg : encore une occasion manquée

Après Hollande l'Africain, Hollande l'Européen. Passant de Tombouctou et Bamako à Strasbourg «capitale européenne», le chef de l'Etat découvre, après son prédécesseur, que les meilleurs moments de son quinquennat, il les connaîtra hors de France, loin de la morosité ambiante, de la croissance en berne et des comités d'accueil de porteurs de banderoles. Le Zambèze avant la Corrèze en somme ! 

Après Hollande l'Africain, Hollande l'Européen. Passant de Tombouctou et Bamako à Strasbourg «capitale européenne», le chef de l'Etat découvre, après son prédécesseur, que les meilleurs moments de son quinquennat, il les connaîtra hors de France, loin de la morosité ambiante, de la croissance en berne et des comités d'accueil de porteurs de banderoles. Le Zambèze avant la Corrèze en somme !

 


Le premier défaut majeur du discours de Strasbourg de François Hollande, c'est justement d'avoir été prononcé dans la capitale alsacienne. Le «Strasbourg circus», qui lance chaque mois sur les routes des dizaines de camions, pour une session de quelques jours d'un Parlement européen dont la base permanente est Bruxelles, coute annuellement au modeste budget de l'UE plus de 200 millions d'euros. Sans compter les investissements colossaux dans des infrastructures sous-utilisées. «Des économies, oui. Affaiblir l'économie, non», a lancé François Hollande.

En renonçant à cette présence purement symbolique du PE à Strasbourg, la France pourrait permettre à l'UE de faire des économies tout en soutenant l'économie. Les recettes ne manquent pas. Par exemple, comme l'auteur de ces lignes l'a suggéré de longue date, consolider la participation des pays européens au capital du Fonds Monétaire International, ce qui aurait comme effet immédiat de faire du Vieux Continent le premier actionnaire de l'institution, dont le siège devrait statutairement déménager de Washington en Europe. Les Européens, ravis de mettre fin à la «navette» parlementaire Bruxelles-Strasbourg, ne pourrait refuser à la France son implantation en Alsace.

Ce qui aurait comme avantage de soustraire une institution dont la vocation première est la gestion du système monétaire international à l'influence intellectuelle et matérielle dominante d'un gouvernement américain qui s'est ingénié, depuis le début des années 70, a détruire ce système. Et qui continue avec la «guerre des changes» actuelle dont l'initiative revient à la politique monétaire irresponsable de la Réserve Fédérale des Etats-Unis, voisine du Fonds à Washington. En outre, imagine-t-on ce qui se serait passé si un directeur général français s'était laissé allé à exiger d'une soubrette une petite «gâterie» au Sofitel de Strasbourg plutôt qu'à celui de New York ? Rien...justement.

Les Français ont laissé passer une autre occasion avec le projet d'Institut européen d'innovation et de technologie (EIT), qui se voulait la version européenne du célèbre MIT américain. Faute d'ambition, de moyens et de centre nerveux, il s'est réduit à un simple réseau d'instituts de recherche européens, vaguement coordonnés depuis Budapest, qui reçoivent de la Commission de Bruxelles des financements de programmes. Là encore, la France aurait obtenu facilement son installation à Strasbourg, dans les installations réaménagées du PE. Sachant que le MIT, loin d'être une simple institution universitaire, est devenue une véritable pépinière d'entreprises de haute technologie, transformant la région de Boston en rivale de la Silicon Valley, avec à la clef la création de dizaines de milliers d'emplois hautement qualifiés. Qui à Strabourg bénéficie vraiment de la présence épisodique des eurodéputés, en dehors de quelques hôteliers et restaurateurs ?

A l'image de ses prédécesseurs de droite, Chirac et Sarkozy, l'opérateur politique corrézien qui occupe aujourd'hui l'Elysée joue «petit bras» sur la scène européenne. Pour une part, il y est contraint par les contreperformances économiques chroniques du pays. Difficile de se donner en exemple quant on est un contre-exemple. Mais aussi par manque d'imagination et conservatisme foncier. Il est révélateur que dans sa référence à la Politique agricole commune, enjeu majeur de la bataille de chiffonniers en cours entre les 27 sur les futures perspectives financières 2014-2020, François Hollande se soit dit préoccupé de l'avenir de «l'agro-alimentaire». Quand on a toujours pas compris que le couple infernal formé par l'agrobusiness et la grande distribution a ruiné physiquement, économiquement, socialement et moralement l'agriculture européenne, on a peu de chance de contrer ceux qui veulent mettre fin à cette politique commune. La PAC actuelle, destructrice d'emplois, de sols, de paysages, de santé publique, est une obscénité indéfendable. Premier bénéficiaire financier de ce monstre, la France devrait prendre l'initiative d'une refondation radicale. Mais d'un corrézien à l'autre, de Jacques l'ami-des-paysans Chirac à «lou François», c'est malheureusement le triomphe de la continuité.

Dans ces conditions, la référence à la vieille idée deloriste des «ressources propres» pour alimenter un budget de l'UE moins ridicule et libéré des égoïsmes nationaux, se résume à une figure de rhétorique, sans conséquences et sans lendemain. Affligeant.

Publié initialement le 7 février 2013, sur Orange.fr


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