La nationalisation/privatisation du BPN portugais: un fiasco politique exemplaire

C'est vraiment l'affaire du siècle. Le nouveau gouvernement portugais va céder pour 40 millions d'euros un «actif» ayant déjà coûté, en attendant la suite, 2,4 milliards au contribuable d'un pays qui vit désormais sous assistance financière de l'Union européenne et du Fonds monétaire international. Si la situation des banques européennes est bien le véritable enjeu névralgique de la crise dite des dettes souveraines dans la zone euro, alors la privatisation du BPN (Banco Portugues de Negocios) n'est pas un événement anecdotique ou périphérique. 

C'est vraiment l'affaire du siècle. Le nouveau gouvernement portugais va céder pour 40 millions d'euros un «actif» ayant déjà coûté, en attendant la suite, 2,4 milliards au contribuable d'un pays qui vit désormais sous assistance financière de l'Union européenne et du Fonds monétaire international. Si la situation des banques européennes est bien le véritable enjeu névralgique de la crise dite des dettes souveraines dans la zone euro, alors la privatisation du BPN (Banco Portugues de Negocios) n'est pas un événement anecdotique ou périphérique.

 

 

Souvent qualifié de «banque du bloc central», ces partis politiques de centre droit et de centre gauche qui alternent au pouvoir à Lisbonne depuis la fin du processus révolutionnaire de 1974-75, le BPN, institution financière de taille moyenne, s'est livré à tous les excès possibles, certains d'une légalité douteuse, de la finance en folie des premières années du 21ème siècle. La crise financière venue d'Outre-Atlantique, coupant brutalement les circuits de refinancement des banques européennes, a fait s'écrouler le château de carte, découvrant un gouffre financier dans les comptes, truqués, de cette banque.
Le gouvernement portugais de l'époque, dirigé par le socialiste José Socrates, est intervenu en adossant le BPN au géant financier public Caixa Geral de Depositos, chargé d'y injecter des milliards d'euros pour maintenir la banque en fonctionnement, avant de le nationaliser. Le ministre des Finances affirmait alors que la nationalisation du BPN serait la solution la moins onéreuse pour le contribuable.
A noter que Vitor Constancio, le gouverneur de la Banque du Portugal, gendarme chargé de la surveillance bancaire qui n'avait rien vu venir, a été récompensé de cette brillante performance par un poste de vice-président, numéro deux, à la Banque centrale européenne.
Quand la «troïka» UE/FMI/BCE a négocié au printemps le mémorandum conduisant à l'octroi d'une aide financière de 74 milliards d'euros au Portugal, la liquidation ou la privatisation du BPN était une des conditions à remplir d'urgence. Le gouvernement PSD/CDS (centre droit) de Pedro Passos Coelho vient de s'exécuter dans des conditions qui laissent perplexe.
L'acheteur choisi est la banque BIC, dont le capital est contrôlé par des intérêts angolais, dont Isabel dos Santos, fille du président angolais et gestionnaire des intérêts financiers gigantesques d'une famille prédatrice de la rente pétrolière de l'ancienne colonie portugaise. Le principal actionnaire portugais (avec un quart du capital également) est le magnat du liège Americo Amorim, première fortune du pays.
Pour 40 petits millions, BIC met la main sur un réseau d'agences et un portefeuille de clients et de déposants, sans prendre aucun risque. Quelque 500 millions de créances douteuses sont transférées à l'Etat. Le licenciement de la moitié des 1500 employés sera également financé par l'Etat. La facture finale pour le contribuable pourrait donc excéder les trois milliards d'euros. L'accord, qui reste à finaliser, prévoit une modeste clause de retour à meilleure fortune en faveur du contribuable, si les résultats du nouveau BPN se révèlent meilleurs que prévus après cinq ans. Et le gouvernement portugais jure qu'une partie non précisée de l'argent public engagé pourrait être récupéré à travers les trois structures de cantonnement créées par l'Etat pour loger les actifs plus ou moins pourris hérités du BPN.
Le BPN, dont certains anciens dirigeants sont aujourd'hui poursuivis par la justice (tout de même !) n'aurait sans doute jamais du voir le jour si les autorités de tutelle avaient fait leur travail. Ni pouvoir opérer frauduleusement en toute impunité pendant des années. En 2008, dans la panique financière globale, le choix du maintien en activité puis de la nationalisation s'est révélé calamiteux. Il n'a servi qu'à laisser gonfler la facture au fur et à mesure de l'aggravation de la situation économique du pays. Dés cette époque, la liquidation, accompagnée d'une garantie des dépôts (payées par l'ensemble du système bancaire), était à l'évidence la seule solution rationnelle. Le prétendu risque systémique posé par la disparition du BPN était nul. Bien plus, une opération chirurgicale transparente aurait pu rehausser le crédit malmené du pays.
Cette incapacité des pouvoirs politiques à agir dès lors qu'une banque est en cause se retrouve de manière caricaturale dans la gestion de la crise des dettes souveraines par les gouvernements de la zone euro. Les aides financières accordées actuellement aux pays périphériques sont en réalité des transferts indirects aux banques internationales dont les engagements sur les «PIIGS» dépassent dans certains cas plus de 1000% des capitaux propres. Comme dans le cas du BPN au Portugal, c'est au contribuable que la note finale sera présentée.

 

Publié initialement sur Orange.fr, le 4 août 2011

 

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