Hollande "libéral"? Même pas en rêve

Dénoncé par la «gauche de la gauche», approuvé du bout des lèvres par la droite, François Hollande aurait pris ou confirmé, lors de ses voeux au pays pour l'année 2014, un tournant «libéral» ou «social-libéral» (exercice délayé mardi 14 janvier lors d'une interminable "conférence de presse").

Dénoncé par la «gauche de la gauche», approuvé du bout des lèvres par la droite, François Hollande aurait pris ou confirmé, lors de ses voeux au pays pour l'année 2014, un tournant «libéral» ou «social-libéral» (exercice délayé mardi 14 janvier lors d'une interminable "conférence de presse").

En proposant aux entreprises un «pacte» (un de plus) de «responsabilité». Et en reconnaissant que la pression fiscale atteignait désormais un niveau insoutenable.

Notons tout d'abord que l'appel à la «responsabilité» de la part d'un Etat complètement irresponsable, qui vit à crédit de depuis plus de trois décennies, dont l'endettement approche le PIB annuel du pays, dont la capacité d'investissement est devenue pratiquement nulle, submergé qu'il est par les coûts de fonctionnement de ses structures obèses et archaïques, relève, au mieux, de la mauvaise plaisanterie.

La seconde observation préalable concerne les voix enrouées de la gauche cacochyme, nostalgique du programme du Conseil national de la Résistance ou des premières années des «lumières» mitterrandiennes, qui voit le «libéralisme» («ultra» ou «néo», forcément) partout comme l'Eglise (autrefois) le diable et pense que cette évocation fera trembler dans les chaumières. Une stratégie de la peur qui n'est pas sans rappeler celle que pratiquait jadis la droite "la plus bête du monde" avec la menace des «bolchéviques». Ce ne sont plus les chars soviétiques redoutés place de la Concorde mais Hayek qui se cacherait à l'Elysée sous la couche présidentielle.

Qu'y a-t-il de «libéral» dans une démarche politique monarchique («moi» et «je» à toutes les lignes) consistant toujours à placer l'Etat au centre du jeu économique et social, arbitre des élégances, distributeur de bons et de mauvais points, en ressortant du placard l'arme par excellence de l'étatisme bonapartiste, l'ordonnance, qui dispense même de donner le change «démocratique» pour mettre en chômage technique un parlement dispensé de jouer son rôle habituel de chambre d'enregistrement ?

Qu'il y a-t-il de «libéral» dans le fait de rendre aux entreprises et aux ménages une (toute petite) partie de prélèvements obligatoires qui placent la France sur le podium de la pression fiscale parmi les pays de l'OCDE (sans pour autant afficher une redistribution sociale satisfaisante, contrairement aux pays scandinaves) à travers des usines à gaz bureaucratiques comme le CICE dont les groupes La Poste ou Carrefour devraient être les premiers bénéficiaires ?

Dans la configuration particulière du «mix» économique, politique et social français, le libéralisme consisterait à briser le carcan imposé à la société par l'Etat et les innombrables corporatismes et clientèles, concurrents entre eux mais alliés dans la défense du système. En commençant par le corporatisme qui domine tous les autres, celui de la classe politique (n'est-ce pas Serge Dassault ?).

Donc, non cumul des mandats, limitation dans le temps à trois mandats consécutifs, démission de la fonction publique (et notamment des «grands corps» de l'Etat) des fonctionnaires devenus parlementaires, réduction drastique du nombre de députés (et de ministres), suppression de l'inutile CESE, substitution du non moins inutile et très dispendieux Sénat, élimination du département et réduction de moitié du nombre des régions, concentration des 36.000 communes en quelque milliers d'entités, etc., etc.

Pour la fonction publique, les réformes «libérales» dont se portent fort bien les social-démocraties scandinaves (vraiment sociales et vraiment démocrates, elles) : abolition des innombrables statuts de la fonction publique, contrats de travail de droit commun dans toutes les fonctions publiques, alignement des systèmes de retraite sur celui du secteur privé, administrations de «mission» (qui durent autant que la mission), etc.

Trop ambitieux pour «Moi, Président» ? Une petite réforme des professions règlementées alors? Ne parlons pas des taxis parisiens, face auxquels ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, a rendu les armes dans l'affaire des VTC.

En novembre 2012, un «quatre pages» de la direction générale de la compétitivité indiquait que, parmi les professionnels dits «libéraux», «les revenus des professions réglementées sont presque deux fois plus élevés que ceux des non réglementées». Selon cette étude, «les professionnels libéraux ont gagné en moyenne 57 400 Euros sur l'année 2010. Mais ces revenus varient énormément d'un domaine à l'autre. La rémunération annuelle moyenne apparaît la plus faible dans le domaine technique (37 600 Euros). Les revenus des professionnels de santé sont un peu plus élevés que la moyenne avec 65 600 Euros. C'est le domaine du droit, avec des revenus nets annuels de 92 300 Euros, soit 2,5 fois plus élevés que dans le domaine technique, qui reste le plus rémunérateur avec, par exemple, 228 000 Euros par an en moyenne pour les notaires et 150 000 Euros pour les huissiers de justice. Les professions aux plus hauts revenus étant pour la plupart réglementées, c'est sans surprise que les professions réglementées possèdent en moyenne des revenus presque deux fois plus élevés (62 700 Euros contre 34 600 Euros pour les non réglementées)».

Précisons que les champions de la rente par délégation de l'Etat sont les greffiers des tribunaux de commerce : 380.400 euros de revenu annuel moyen. En finir avec ces «statuts» médiévaux, ces charges trop souvent héréditaires, introduire la concurrence dans ces fonctions de monopole?  Vous n'y pensez pas ? C'est ce que voulait faire l'affreux Bolkestein, cet «ultra-libéral» batave, avec sa directive européenne sur les services. Heureusement, la République française veillait au grain.

Hollande libéral ? Même pas en rêve...ni en cauchemar. Les corporatismes peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Publié initialement sur Orange.fr, le 9 janvier 2014

PS: faut-il préciser que la grand messe présidentielle du 14 janvier, ouverte par une homélie de 40 minutes, ne change rien à ce diagnostic. La preuve de l'existence du pudding, c'est qu'on le mange. Une seul exemple: pour la baisse promise des dépenses publiques, Hollande annonce la création...d'un comité.

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