Education : la France «découvre» PISA....un peu tard

Dix ans après ce que les Allemands on appelé le «choc PISA», la France semblerait renoncer à la politique de l'autruche, tête dans le sable, cul vers les étoiles. La fin du déni? A voir.

Dix ans après ce que les Allemands on appelé le «choc PISA», la France semblerait renoncer à la politique de l'autruche, tête dans le sable, cul vers les étoiles. La fin du déni? A voir.

Après la «révélation» par l'étude triennale de l'OCDE des performances calamiteuses de l'Education dite «nationale» (elle est tout sauf cela) et notamment de son caractère profondément inégalitaire, en dépit du slogan (devenu parfaitement creux) inscrit aux frontons de nos bâtiments «républicains», le  débat agite le microcosme politico-médiatique.

En mars 2006, l'auteur de ces lignes publiait sur le fil AFP une dépêche datée de Bruxelles et titrée  «L'Europe est en train de perdre la bataille cruciale de l'éducation (étude)». Traduite en anglais et d'autres langues de travail de l'agence, la dépêche fera le tour de monde, avec des «reprises» particulièrement fortes en Asie. En France ? Désintérêt poli. L'auteur de l'étude présentée, commissionnée par le «think tank» bruxellois Lisbon Council, était Andreas Schleicher, créateur et directeur à l'OCDE du désormais fameux programme d'évaluation des performances scolaires des adolescents dans des domaines cruciaux, maîtrise de la langue et des mathématiques, niveau en sciences.

La non-réaction française était en ligne avec celle ayant suivi les résultats de l'étude PISA (Programme for International Student Assessment) de 2003, qui avait mis en évidence les mauvaises performances des deux principales puissances économiques européennes, Allemagne et France. Mais alors qu'au delà du Rhin l'étude provoquait une prise de conscience et une mobilisation générale, l'establishment politico-syndical éducatif français, dominé par le dinosaure de la FSU Gérard Aschieri, préférait, comme à son habitude, exécuter le messager. L'OCDE ? Un «machin» anglo-saxon (son siège est...à Paris) qui ne comprendrait rien à «l'exception française». Le Lisbon Council ? Un repaire «d'ultra-libéraux» au service de la «technocratie» bruxelloise...Et ces gens voudraient donner des leçons au peuple le plus intelligent de la terre ? Laissez moi rire...

Les résultats 2013 de l'étude PISA sont tombés et les rires sont devenus jaunes : dans les trois classements, les premières places sont trustées par les Asiatiques, la ville de Shanghai (la Chine comme pays n'est pas membre du programme) occupant la première marche du podium. Leader européen et mondial en 2006, la Finlande ne figure dans le «top 5», de justesse, que pour ce qui regarde les sciences. Quant à la France, elle se classe respectivement 21ème, 25ème et 26ème, tout juste en dessus ou au-dessous de la moyenne européenne. Et surtout, les résultats détaillés de l'étude 2013 proclament tout haut le secret honteux (mais connu des initiés) de l'éducation dite «nationale» : un système profondément inégalitaire, au service d'une élite dirigeante, et qui laisse sur le bas côté les enfants des classes défavorisées.

Que disait la dépêche AFP de 2006 ? «Economiquement médiocres, les systèmes éducatifs allemand et français sont aussi socialement injustes, relève l'étude, qui dénonce le "préjugé de classe inhérent" de mécanismes qui "taxent les pauvres pour subventionner les opportunités d'éducation des riches". En Allemagne, la pré-sélection sociale dés l'âge de dix ans des filières éducatives fait que "des enfants de cadres hautement qualifiés ont quatre fois plus de chance d'emprunter la voie universitaire que ceux des ouvriers". La situation n'est pas très différente dans d'autres pays européens dont la France qui, souligne Andreas Schleicher, "refuse de publier les preuves fournies par PISA de l'inégalité sociale entre écoles!" »

Des coupables ? La liste est longue mais on «isolera» les innombrables ministres de l'Education dite «nationale» qui se sont succédé depuis quarante ans, toutes couleurs politiques confondues, en voulant chacun attacher son nom, promis sinon aux poubelles de l'Histoire, à la «grande réforme»...qui laisserait intact le système corporatiste cogéré avec les syndicats. Avec comme slogan le célèbre «Il faut que tout change pour que tout reste comme avant». Et s'il faut un nom, un seul, celui du «mélenchoniste» Aschieri, longtemps le vrai «boss» du système, qui coule aujourd'hui une retraite confortable et bien méritée (prise à 57 ans) au Conseil économique et social, ce coûteux (pour les contribuables) et inutile fromage de la République, caisse sur-complémentaire des bonzes syndicaux et éclopés du suffrage universel. L'homme des «moyens», qui seraient toujours «insuffisants» alors que pour des résultats aussi minables, la France dépense dans l'éducation des dizaines de milliards d'euros de plus que les pays voisins comparables.

Dans l'étude de 2006, Andreas Schleicher voyait dans le système éducatif des pays européens à la traîne "une industrie arriérée, dont les praticiens travaillent dans l'isolement et élaborent leurs pratiques à partir de la sagesse populaire sur ce qui marche". Constat toujours valable aujourd'hui pour la France, ce champion de l'individualisme auto-satisfait. La cerise sur le gâteau, c'est que l'élite sociale des jeunes diplômés formés à grand prix (200.000 euros par tête en moyenne) par la République n'a aujourd'hui qu'une idée en tête, aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Tant il est vrai que les performances éducatives et économiques sont intimement liées, à l'âge de «l'économie de la connaissance».

Publié initialement sur Orange.fr, le 13 décembre 2013

Je republie ci-dessous le texte de la dépêche de mars 2006 qui, s'agissant du système éducatif français, n'a pas pris une ride:

L'Europe est en train de perdre la bataille cruciale de l'éducation (étude) (PRESENTATION)
EUR-DOS-SOC - 12/03/2006 13h46 - AFP


Par Philippe RIES
ATTENTION - EMBARGO DIMANCHE 12 MARS 23h00 GMT ///

BRUXELLES, 12 mars 2006 (AFP) - L'Europe, tirée vers le bas par l'Allemagne et la France, est en train de perdre la bataille de l'éducation et de la qualification, arme pourtant décisive dans la compétition économique nouvelle avec la Chine et de l'Inde, selon une étude décapante qui sera rendue publique lundi à Bruxelles.
Réalisée par Andreas Schleicher, du département de l'Education de l'OCDE, pour le compte du Lisbon Council, laboratoire d'idée bruxellois, l'étude obtenue par l'AFP affirme que les pays européens doivent révolutionner leurs systèmes éducatifs, comme l'a fait la Finlande, en rendant les institutions d'éducation comptables de leurs résultats.
"L'époque où l'Europe était en concurrence principalement avec des pays offrant du travail peu qualifié avec de bas salaires est terminée depuis longtemps", écrit M. Schleicher, maintenant que la Chine et l'Inde apportent "des qualifications élevées à coût réduit". "Ceci change profondément les règles du jeu", souligne-t-il.
Le premier constat est que la dépense d'éducation a un formidable rendement économique, bien supérieur aux taux d'intérêts réels, pour les individus concernés mais aussi pour leur pays.
A preuve, ce que l'étude qualifie de "miracle coréen". Partie du bas de l'échelle dans les années 60, la Corée du Sud est aujourd'hui au 3ème rang de l'OCDE pour le nombre de jeunes adultes ayant une formation universitaire, alors que "la majorité des grandes économies européennes, y compris la France, l'Italie et le Royaume-Uni, ont à peine tenu leur rang et que l'Allemagne a reculé de manière significative".
"La France et l'Allemagne (...) qui pèsent un tiers de l'économie de l'UE, ne sont plus parmi les leaders mondiaux dans le développement du savoir et du talent", résume cruellement l'étude.
Il n'y a pourtant pas de fatalité puisque la Finlande a rejoint le peloton de tête après un bouleversement radical de son système éducatif. En 2003, les étudiants finlandais sont arrivés en tête de l'évaluation PISA (Programme for International Student Assessment), un projet dont M. Schleicher est le directeur pour l'OCDE.
Economiquement médiocres, les systèmes éducatifs allemand et français sont aussi socialement injustes, relève l'étude, qui dénonce le "préjugé de classe inhérent" de mécanismes qui "taxent les pauvres pour subventionner les opportunités d'éducation des riches".
En Allemagne, la pré-sélection sociale dés l'age de dix ans des filières éducatives fait que "des enfants de cadres hautement qualifiés ont quatre fois plus de chance d'emprunter la voie universitaire que ceux des ouvriers".
La situation n'est pas très différente dans d'autres pays européens dont la France qui, souligne Andreas Schleicher, "refuse de publier les preuves fournies par PISA de l'inégalité sociale entre écoles!"
L'auteur est particulièrement sévère pour les acteurs européens de l'éducation, restée "une industrie arriérée, dont les praticiens travaillent dans l'isolement et élaborent leurs pratiques à partir de la sagesse populaire sur ce qui marche".
Sur la base de ce constat, étayé par de nombreux indicateurs chiffrés du déclin européen, Andreas Schleicher avance quelques recommandations clefs.
D'abord, reconstruire un système d'institutions éducatives "diverses, viables et de haute qualité" et surtout "comptables de leurs résultats". Il faut notamment "que la capacité managériale" de leurs dirigeants "soit à la hauteur de celle d'entreprises modernes" et reflète des intérêts plus larges que ceux de "la communauté académique".
Ensuite, s'assurer que le développement de l'éducation supérieure "élargisse l'accés, augmente la qualité et améliore l'équité".
Enfin, le financement, y compris l'appui aux étudiants, doit "mobiliser les fonds publics et privés" d'une manière cohérente avec "les avantages sociaux et individuels" tirés de la formation universitaire.
phr/mpf

 

 

 

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