L'Argentine, exemple pour la Grèce? Vraiment?

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Les bons esprits qui donnaient l'Argentine péroniste en exemple à une Grèce confrontée à l'impossibilité de respecter ses engagements vis à vis des créanciers internationaux auraient mieux fait de voir plus loin que le bout de leur nez. Rien ne va plus chez la veuve Kirchner et les investisseurs spoliés en 2001 viennent de se rappeler au bon souvenir du gouvernement argentin.

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Les bons esprits qui donnaient l'Argentine péroniste en exemple à une Grèce confrontée à l'impossibilité de respecter ses engagements vis à vis des créanciers internationaux auraient mieux fait de voir plus loin que le bout de leur nez. Rien ne va plus chez la veuve Kirchner et les investisseurs spoliés en 2001 viennent de se rappeler au bon souvenir du gouvernement argentin.


Le "Libertad' © DR Le "Libertad' © DR
A la demande d'un fonds spéculatif américain NML Capital qui a refusé l'échange forcé de ses obligations avec une décote de 65%, la justice ghanéenne a saisi fin octobre le «Libertad», superbe trois mats qui sert de navire-école aux cadets de la marine argentine. Ce familier des concentrations de grands voiliers évitait de faire escale dans les pays «à risque» pour les mauvais payeurs et se croyait à l'abri dans le port de Téma. Raté. Dénonçant le chantage des «vautours», Buenos Aires a du affréter un avion d'Air France pour rapatrier 281 hommes d'équipage et apprentis-marins. Le désormais bien mal nommé «Libertad» risque de pourrir enchaîné dans les eaux africaines car «aussi longtemps que je suis présidente, ils peuvent garder la frégate mais personne ne portera atteinte à la liberté, à la souveraineté et à la dignité de ce pays», a déclaré la présidente argentine Christina Kirchner.

Et comme un malheur n'arrive jamais seul, un tribunal américain a rendu en faveur des créanciers qui exigent toujours la totalité de leur dû un jugement qui va compliquer singulièrement la vie du gouvernement argentin et potentiellement celle de tous les gouvernements débiteurs qui se trouveraient en délicatesse avec les porteurs de leurs obligations. Ce qui pourrait bien être le cas, sait-on, jamais de plusieurs pays de la zone euro. Une cour d'appel de New York a estimé qu'en payant les intérêts dus au investisseurs qui ont accepté l'échange en 2005 et 2010 (soit 93% d'une dette de 81 milliards de dollars), le gouvernement argentin viole le principe de l'égalité des créanciers puisque qu'il refuse de faire de même pour les réfractaires (holdouts en anglais). En clair, le gouvernement argentin doit payer tout le monde ou personne. Buenos Aires a fait appel et le feuilleton judiciaire est loin d'être clos.

Mais ce n'est pas demain que l'Argentine va pouvoir revenir sur les marchés internationaux de capitaux dont elle est exclue depuis 2007 étant donné l'énorme prime de risque demandée par les investisseurs. Qu'à cela ne tienne, nous n'avons besoin de personne, répondra Mme Kirchner.

Ce fut vrai pendant un temps, quand le pays, ayant fait défaut, a pu surfer sur le boom des matières premières agricoles tirées par la demande chinoise. Mais comme à leur habitude, les dirigeants péronistes, feu Nestor et son épouse Christina, ont été incapables de réformer un secteur public argentin qui vit chroniquement au dessus des moyens du pays. Logiquement, l'inflation s'est envolée (plus de 25% en rythme annuel), après la mise sous tutelle de la banque centrale dont les réserves ont été pillées par Christina. A suivi la répression financière contre les ménages essayant de préserver leur épargne en la plaçant en dollar, comme on le fait depuis des générations tant les Argentins sont avertis des conséquences inévitables du social-clientélisme pratiqué par leurs dirigeants. Le 8 novembre, un demi-million de manifestants a envahi les rues de la capitale pour protester contre la situation économique, la corruption endémique du régime, ses tentatives pour museler la presse et les manoeuvres visant à réviser la constitution afin de permettre à Christina d'être candidate à un troisième mandat. C'est plutôt la Grèce protestataire et «indignée» qui serait un exemple pour l'Argentine, en l'occurrence.

Il est évidemment plus facile de renier régulièrement sa signature, en faisant vibrer la fibre patriotique et populiste, ce que l'Argentine comme la Grèce ont fait à plusieurs reprises dans leur histoire récente, que de créer les conditions d'un développement économique durable et d'un progrès social qui ne soit pas financé par la dette. Des classes politiques incompétentes, corrompues et dynastiques sont aussi ce qui rapproche ces deux pays. Ceci expliquant sans doute cela.

Publié initialement sur Orange.fr, le 15 novembre 2012

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