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Billet de blog 24 mars 2011

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Les mauvaises manières de la classe politique portugaise

Au Portugal, la civilité n'est pas un vain mot. C'est un des points communs avec le Japon. Comme souvent, l'Orient extrême et l'extrême Occident se rencontrent, par delà une longue histoire commune, les premiers «nambans» ayant accosté au sud de l'archipel en 1542.

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Au Portugal, la civilité n'est pas un vain mot. C'est un des points communs avec le Japon. Comme souvent, l'Orient extrême et l'extrême Occident se rencontrent, par delà une longue histoire commune, les premiers «nambans» ayant accosté au sud de l'archipel en 1542. Les Portugais ne pratiquent pas la courbette mais ils utilisent encore communément les formules de politesse traditionnelles (Votre Excellence...), sont très attentifs au titre de leur interlocuteur (Docteur, Professeur, Ingénieur, Commandeur, etc.) et s'adresse volontiers à lui à la troisième personne. Un peu désuet mais très agréable dans la vie quotidienne, comme au Japon.

Bien sûr, cette civilité souffre des exceptions. A Tokyo, c'est dans le métro: quand on doit faire trois de heures de trajet quotidiens pour aller travailler, une place assise vaut bien une petite bousculade. Au Portugal, c'est au volant. En témoigne le nombre très élevé des victimes d'accidents de la route. Mais, dans l'ensemble, les rapports entre les personnes restent dominés par la courtoisie, surtout quand on fait la comparaison avec un troisième pays que je connais trop bien.

C'est pourquoi les mauvaises manières affichées par la classe politique au cours des évènements récents ajoutent encore au discrédit de ce personnel. Que le Premier ministre démissionnaire José Socrates soit un grossier personnage n'est pas une révélation. Il a été surpris, il y a quelques jours, par les caméras de télévision commentant ainsi (micro fermé) une intervention du dirigeant du Bloc de Gauche Francisco Louça au cours d'un débat parlementaire: «Tu és parvo, pa» (Tu es stupide, mec). L'Ingénieur du dimanche (son «diplôme» ayant été validé par télécopie un Jour du Seigneur) Socrates est connu pour terminer toutes ses phrases par cette interjection plus que familière: «pa».

Mais ses mauvaises manières viennent de lui jouer un mauvais tour: le mépris avec lequel il a traité les autres institutions du pays (la présidence de la République, l'Assemblée nationale où son gouvernement était minoritaire), en s'engageant à Bruxelles sur un quatrième plan d'austérité successif sans la moindre information ou consultation préalable, a pesé lourd dans la décision du principal parti d'opposition (PSD, centre droit) de rejeter ce «PEC4», provoquant mercredi soir la chute du gouvernement. Au cours de ce débat parlementaire crucial, le Premier ministre était d'ailleurs absent, ayant quitté l'hémicycle dés la fin du discours introductif de son ministre des Finances Fernando Teixeira dos Santos.

Lequel y est allé de sa petite goujaterie. Il s'est absenté pendant toute la durée de l'intervention de Manuela Ferreira Leite, elle-même ancienne ministre des Finances (surnommée la Dame de fer) et ancienne présidente du PSD. Elégant.

Le Président de la République Anibal Cavaco Silva, qui gouverna longtemps à Lisbonne au nom du PSD, a conclu cette journée en rendant la monnaie de leur pièce aux socialistes. Alors que Socrates parcourait les quelques kilomètres séparant le palais de Belem où il venait de s'entretenir avec Cavaco Silva, de sa résidence de Sao Bento où toute la presse attendait une déclaration officielle, le site Internet de la Présidence de la République annonçait au pays que le chef du gouvernement avait présenté sa démission. Ambiance...