Philippe Riès
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Billet de blog 31 juil. 2014

Disoriented Pavilion : la fleur en plastique dans tous ses états

Près d’un mois après leur mise en place, un travail acharné de cinq jours, les milliers de fleurs qui subliment les ruines du Patio Dom Fradique, dans le plus vieux quartier de Lisbonne, sont toujours aussi fraiches et pimpantes, une débauche de couleurs vives. Normal. Elles sont artificielles. En plastique. Made in China. 

Philippe Riès
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Près d’un mois après leur mise en place, un travail acharné de cinq jours, les milliers de fleurs qui subliment les ruines du Patio Dom Fradique, dans le plus vieux quartier de Lisbonne, sont toujours aussi fraiches et pimpantes, une débauche de couleurs vives. Normal. Elles sont artificielles. En plastique. Made in China. 

Fenêtre sur ruine © Phr

Avec cette installation, l’artiste barcelonaise Camila Caneque a voulu joindre la «vie artificielle à la mort naturelle». Au pied du château Saint Georges, jouxtant l’étonnant Palacio Belmonte (un des hôtels favoris du magazine branché Wallpaper et de tant d’autres revues), les ruines du Patio, dont certaines remontent au tremblement de terre de 1755, témoignent d’une certaine décadence de Lisbonne, qui était avant cette date fatidique la ville plus riche du monde, grâce à l’or du Brésil.

Ruines avec vue © Phr

Les fleurs en plastique chinoises attestent elles d’une autre perte de repaires, pour ne pas dire d’une acculturation. Quand dans les villages les plus reculés du Portugal, on va les acheter à «la loja do Chinese» (la boutique du Chinois) pour fleurir les tombes le jour des Morts. Ce qui en fait une des manifestations les plus bizarres de la mondialisation. Au demeurant, la fleur en plastique, dont la Chine s’est arrogé le quasi-monopole, a joué un rôle non négligeable dans l’émergence de la puissance industrielle chinoise, avec le textile et les jouets. C’était bien avant que «l’usine du monde» ne se lance dans les «smartphones» et autres trains à grande vitesse. On trouve d’ailleurs ce modeste objet décoratif à l’origine de l’immense fortune de Li Ka-Shing, l’homme le plus riche de Hong Kong.

Au pied des suites du Belmonte © Phr

Avec son Disoriented Pavilion, dont le soir tombé le nom s'affiche en néons rouges, en chinois et anglais, Camila Caneque fait la démonstration que la beauté peut naître de la laideur. Et redonner vie à un lieu déshérité. En changeant le regard des milliers de touristes, et des habitants de ce quartier encore très populaire, qui passant le proche du Palacio Belmonte, empruntent la «calçada» pluricentenaire ouverte au public pour descendre vers le Tage. Il faut dire que Maria et Frédéric, les propriétaires peu ordinaires du Belmonte, refusent que cet établissement ne soit qu’une forteresse du luxe. L’hôtel, dont les murs conservent la trace de tous ceux qui ont occupé le site depuis plus de deux millénaires, des Romains aux Portugais de l’âge baroque en passant par les Wisigoths et les Maures, cherche à vivre avec son quartier. Notamment en juillet, où le Belmonte Cultural Club organisait spectacles, ateliers et évènements populaires, sur le thème de la régénération urbaine.

Made in China © Phr

Dernière manifestation pour cette saison, le 30 juillet, avec le concert/conférence, dans le Patio et au Café Belmonte, par le percussionniste, compositeur et «birdwatcher» néerlandais Sytze Pruiksma et son complice ornithologue Theunis Piersma, autour du «roi des marais», le barge à queue noire, dont les deux tiers de la population mondiale (100.000 sujets au total) migre chaque année de la Frise à l’Afrique orientale en faisant escale dans les rizières d’Alcochete, sur la rive du Tage opposée à Lisbonne. Que l’on aperçoit depuis les terrasses du Belmonte...

En néon, en anglais et chinois © Phr

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