Deux cadres et un miroir

Et s'ils étaient du pareil au même ?

Cette nuit-là, Abdelaziz Bouteflika fit un rêve. Il était devenu Emmanuel Macron. Jeune, debout sur l'estrade il ponctuait son discours de mouvements des mains, d'un sourire enjôleur tantôt, tantôt d'un air grave. Les mots lui venaient avec facilité, il s'adressait à la foule, aux gens, à la caméra.

Il parlait, parlait, mais peu-à-peu un malaise l'envahissait. C'était comme si ses mots ne traversaient pas l'espace, comme si ses gestes personne ne les voyait.

Et puis il y avait posés sur ses épaules, ses amis les dents rougies, ses amis venus manger le pays.

Emmanuel Macron se rêva cette nuit-là parlant, debout sur une estrade. Et les mots coulaient de sa bouche, un de ses courtisans l'avait appelé "la Seine de la pensée".

Mais il eut une impression confuse, oh quelque chose de tellement improbable, comme si on ne le voyait plus, comme si on ne l'entendait plus.

Alors il se tourna, et dans le miroir accroché au mur dans son cadre il vit un vieillard au regard vide et sur ses épaules ses amis aux dents rougies qui mangeaient le pays.

Le vent souffla et dans le tourbillon de l'histoire, le vieux président d'un pays de jeunes et le jeune président d'un pays de vieux se tenaient embrassés dans un long baiser.

Ce matin, tous deux se réveillèrent en sueur.

 

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