Automne 2009 : chronique des expulsions et destructions

La très-médiatisée "fermeture" de la "Jungle de Calais" et ses suites. C'est-à-dire l'arrestation sans sommation de près de 300 personnes, leur tri au faciès mineurs ou majeurs, et leur envoi aux quatre coins de la France, sans aucune base légale, puis la destruction de leurs habitations et de leurs effets personnels.

La très-médiatisée "fermeture" de la "Jungle de Calais" et ses suites. C'est-à-dire l'arrestation sans sommation de près de 300 personnes, leur tri au faciès mineurs ou majeurs, et leur envoi aux quatre coins de la France, sans aucune base légale, puis la destruction de leurs habitations et de leurs effets personnels.

Puis les autres destructions et expulsions des jours qui ont suivi, médiatisées ou non.

Je reproduis ci-dessous à l'état brut une sorte de journal que j'ai envoyé jour après jour à une amie

 

Dimanche 20 septembre
Ici, un peu posé par une soirée autour du narguilé avec quelques amis Égyptiens. Posées aussi les bases d'un futur tournoi d'échecs.
Avant ça, quel chaos.
Chaos à la jungle des Pachtounes, où ceux qui restent sont paumés entre les rummeurs diverses, et ne savent de toute façon pas quoi faire. Les No borders essayent de s'orienter dans tout ça et de créer le contact - pas mauvais d'ailleurs quand les passeurs ne sont pas là. Des journalistes dans tous les coins, visites guidées par Moustache ou Sylvie Copyans. Les No borders s'installent dès ce soir pour camper.
Chez les Hazaras, plus grand'monde de connu. Karim et Jamal sont à Lille chez Dominique et Bernard, Feroz en Angleterre. Mais bon, toujours plus lucides, certains prévoient de partir demain à Paname.
Sur le quai, passé un moment avec Tarek, Cherif et un nouveau. Pas grand'monde non plus sur le reste du quai. Grande impression de vide.
Les Soudanais n'ont finalement pas été délogés, je les ai vus du train, à leur place habituelle. J'irai les voir demain.
Réunion des associations demain matin, avec des gens de Paris. A priori forte envie de bouger, il faut juste donner forme.
Je ferai la tournée des squats demain avec les "conseils avant rafle" en diverses langues. Ensuite je passerai la nuit à la jungle avec les No borders.
A priori Cudrat serait en prison. J'essaye d'en savoir plus demain.
Ceci était mon premier rapport journalier.
Bonne nuit à toi.
Philippe.
Lundi 21 septembre
Compte-rendu circonstancié plus précoce ce jour, puisque je vais dormir à la jungle. Je pense qu'il y aura un bon petit groupe d'ailleurs, et puis apparemment quelques journalistes. quelques migrants aussi sans doutes, pour faire couleur locale. Ceux qui ont une APS d'une part, qui attendent patiemment leur relogement. Ceux qui n'ont plus de fric et ne savent pas où aller d'autre part. Qui m'inquiètent beaucoup plus. Un début de politisation, des migrants ont fait des banderoles, à voir ce soir avec eux pour la suite.
A mon avis les choses vont se passer de manière très polie demain, des journalistes voulant dormir à l'intérieur, le HCR voulant être présent : grande opération de com' en perspective, pour montrer combien le gouvernement est humain. On va plus être utile pour briefer les journalistes et rappeller aux migrants ce qu'ils doivent faire en centre de rétention pour s'en tirer à moindre frais.
Philippe.
Mercredi 23 septembre
Excuse-moi de ne pas t'avoir écrit hier soir. J'étais épuisé.
D'après les infos que j'ai, Qudrat est à la maison d'arrêt de Longuenesse, près de Saint-Omer. Je n'ai pas réussi à savoir sous quel nom. On se renseigne sur les conditions de visite. On voit ça et je te tiens au courant.
Pour la jungle, je repousse encore à ce soir de te raconter un peu longuement, je fonce faire la tournée des autres squats pour discuter avec les mecs. désolé, mais si je raconte vraiment il faut que je me pose vraiment.
A ce soir.
Philippe.
Mercredi 23 septembre (suite)
Je vais commencer par la journée d'aujourd'hui, ce sera plus gai.
Mission du jour, filer dans les petits squats les conseils avant raffle sur que faire en centre de rétention, sachant que tant qu'à avoir 500 flics en renfort, ils allaient peut-être taper fort et évacuer tout dans la foulée.
Première étape, les Hazaras, puisque les Afghans semblent plus particulièrement visés. Plus je m'approche tout fier sur mon nouveau vélo, plus je me dis que je ne trouverai personne, vu leur état d'esprit à ma dernière visite, dimanche soir. Effectivement, je fais le tour des cabannes - j'en découvre que je ne connaissais pas - tout est désert. Certaines sont fermées avec soin, ça ne sent pas la descente de flics.
Je vais pour partir, quand je croise le gars qui écoute du rap et de la musique arabe. Il m'emmène sur le talus de l'autoroute - endroit le plus visible, où sont trois autres gars, dont Salim, un ami de Nuri et Feroz. On tchatche, je leur donne les conseils avant rafle, on parle de la destruction de la jungle pachtoune. Je laisse un message à un ami de la part de Salim qui voudrait rejoindre Nuri et Jamal à Lille. Quatre autres gars arrivent avec un épervier blessé qu'ils ont ramassé. Un Iranien arrivé récemment me parle du danger qu'il court en cas de renvoi, quand survient le HCR, France Terre d'Asile et des journalistes. Le HCR fait son info sur l'asile, l'Iranien leur dit qu'il a de la famille en situation régulière en Angleterre, le HCR va s'occuper de son cas. Les journalistes photographient l'épervier.
Je passe au quai où je retrouve une amie. On parle des possibilités pour que les Egyptiens se mettent au vert, on parle de la destruction du quai demain.
Passage à la Cabina. Quelques Pachtounes sont là, dont une dizaine relâchés après l'opération d'hier. Des visages connus. Putain ça fait plaisir de les voir !
Visite à la maison des Erythréens. La rafle de ce matin s'est résumée à quatre arrestations, et les gars sont de retour. Discussion sur la destruction de la jungle et distribution des conseils avant rafle en arabe. Geste très appréciés. Je repasse demain avec une version en tigrinya.
Allées et venues pour trouver une solution pour que les Egyptiens se mettent au vert. Je reviens au quai nanti des précieuses informations. Conseils avant rafle aux Soudanais.
Une amie m'appelle, elle est en route pour chercher Salim. Je fonce chez les Hazaras. Trois camionnettes de CRS sont sur le parking. Je passe sans encombre, mais fais prudemment le tour par la plage. Salim est chez lui. Quand elle arrive, les flics sont partis. Salim doit être à Lille à cette heure-ci. Il déposera sa demande d'asile lundi. Il y a deux nouveaux dans sa cabane, ils n'étaient pas là dimanche.
Lecture des mails. Les échos dans la presse continuent à être défavorables à Besson. En particulier la Voix du Nord et Nord Littoral - sans parler de CalaisTélé. Des journalistes restent sur Calais pour attendre le retour des Afghans. Douze mineurs ont déjà fugué. Le premier est arrivé à la distrib ce soir après avoir fait cent bornes à pinces.
Les soutiens s'organisent à Toulouse et Marseille, où des Afghans de Calais sont placés en rétention. Une manif est prévue à Bruxelles devant l'ambassade de France.
Point noir, Sakozy déclare de New York qu'il y aura des expulsions. Il y a encore du boulot.
Bon, passons à l'épisode précédent.
Quand j'arrive à la jungle pachtoune dimanche à 18h, il y a une petite dizaine de militants présents. Il y a par contre des journalistes partout, et la rue du Pont Trouille est remplie de leurs voitures et de camions avec antennes paraboliques des deux côtés. Une demie-douzaine de No Borders arrivent. Les Pachtounes ont fait des banderoles près de la mosquée pour demander la paix, l'asile, le droit de vivre en Europe.
Tour de la jungle pour tchatcher avec les mecs et distribuer les conseils avant rafle en pachtoune. Ils sont plus nombreux que le 20 juillet au soir. Les passeurs sont partis. Ils sont restés parce que ce lieu est à eux, que c'est leur maison. Mélange de fatalisme et de détermination. Beaucoup de remarques hostiles à la mafia.
Retour près des banderoles, un grand feu est allumé, quelques journalistes plus militants se sont installés, d'autres bénévoles sont arrivés, nous serons une cinquantaine au lever du jour, des No Borders, des gens du Secours Cath, de la Belle Etoile, de Salam - des habitués du dortoir, Caro et sa maman, Jenny, Luc, Jérémy a lâché ses vendanges pour revenir; des jeunes de Salam Dunkerque. Marcel, Sylvie, Manu sont là aussi.
Des Afghans se joignent à nous peu à peu. On cause, on plaisante. "They can destroy the jungle. We'll come back and we'll built another jungle". Un gars craque. La maman de Caro fait la vraie maman.
Une paire de tours de jungle. Beaucoup de cabanes silencieuses : sont-ils partis, ou dorment-ils ?
Vers quatre heure, arrivée massive de journalistes. La plupart des Afghans s'éclipsent. Les huiles de Salam arrivent aussi.
Le muezzin appelle à la prière au chant du coq. Dernière tournée de distribution des conseils avant rafle. La jungle se réveille. Les uns vont à la mosquée, les autres préparent le petit déjeuner.
Retour à l'entrée de la jungle. Les flics se mettent en place. Dernier tour avec Denise - la photographe toute maigre, qui est maintenant avec les No Borders. La nervosité est plus sensible. "Jungle finish ?" "Yes, Jungle finish". Certains hésitent entre fuir ou rester. "If you stay, you'll be in a retention center. If you want to escape, do it now, in this way, and decide now". Ils seront une paire à s'échapper.
Balade écourtée, les flics bouclant tout, et commençant à entrer par l'arrière de la jungle. On est revenu vers les banderoles. Tout le monde était là, Afghans et militants en boule, se tenant par les bras, les journalistes dispersés aux environs.
Les flics sont arrivés assez vite, sans casques ni équipement, ont hésité un moment, puis ça a été l'horreur. Ils ont arraché les gens un par un, les Afghans pour les emmener, les militants pour les envoyer bouler plus loin. Les journalistes bougeant tout autour, intelligents, une caméra arrivant toujours là où ça pouvait tourner trop mal, sans ça ç'aurait été un massacre. Ça a duré ce que ça a duré, sans doute assez peu en temps d'horloge. On a fini par être évacués, militants et journalistes. Quelques Afghans restaient, encerclés par des cordons de flics.
On s'est retrouvé là, bloqués rue du Pont Trouille, la rage au cœur et les larmes aux yeux.
Le préfet est arrivé plus tard, pour une conférence de presse au café du coin. Les No Borders sont allés gueuler. Les CRS nous ont repoussé brutalement. Du coup ils ont bloqué tout le monde devant l'entrée de la jungle, y compris les journalistes - mauvaise tactique pour la suite.
Quand ils ont enfin libéré la voie, je suis allé avec les No Borders pour un petit rassemblement devant la sous-préfecture où Besson donnait sa conférence de presse. Les CRS nous ont repoussé assez loin, sans trop de heurts. Un bus attendait devant la sous-préfecture, pour un voyage organisé de la presse à la jungle "nettoyée", commenté par le ministre.
Chacun est rentré chez soi.
"Jungle finish".
Philippe.
Jeudi 24 septembre
Journée bizarre aujourd'hui.
Lever 6h, une rumeur ayant annoncé la destruction du quai des Africains pour aujourd'hui. Bernard ayant infirmé la rumeur, nous le croyons et faisons une tournée des squats avec une amie. Pas l'ombre d'un flic. Les camions des renforts sont toujours à la gendarmerie et à l'hôtel Etape. Croissants et pains au chocolat pour le quai. Seul Icham est réveillé. La huitaine de No Borders présents honorent les croissants.
Tournée des squats africains dans l'après-midi (Soudanais, Ethiopiens, Erythréens). Peu de monde, entre le quai et ces trois squats, à peine quarante personnes. Les autres se sont mis au vert. Ambiance entre sympathie et inquiétude.
Arrêt à la Cabina, une trentaine d'Afghans sont là. Moitié d'anciens de retour, moitié de nouveaux arrivés aujourd'hui. Un groupe de Kurdes croisés en centre-ville, un ancien et des nouveaux. Des vietnamiens croisés ces jours-ci. Selon Jérémie, de nouveaux iraniens ont emménagé au parc Chico Mendes.
Visite surprise de Besson à Calais cet après-midi : il ne laissera pas se reconstituer la jungle, il y aura des retours forcés vers l'Afghanistan, les autres squats seront détruits.
Réalité : les Afghans arrêtés mardi commencent à revenir : demandeurs d'asile, mineurs en fugue, malades de la gale (eh oui, les personnes présentant les symptômes de la gale ont été libérés, selon un concept juridique et médical innovant). Le tribunal administratif de Lille a commencé à annuler des mises en rétention, avec des motifs qui pourraient concerner une bonne part des migrants arrêtés mardi. Les petits squats sont toujours là, alors qu'il y a cinq cents flics supplémentaires qui n'ont rien d'autre à faire que de regarder les pelleteuses terminer de raser la jungle.
On est chez les fous.
Et la vie continue, des nouveaux arrivent comme si de rien était.
Les renforts restent encore demain. Gaffe quand même.
Philippe.
Vendredi 25 septembre
Ça fait plaisir, en arrivant à la Cabina, de revoir de plus en plus de visages connus, qui sont de retour. Libérés de l'après-rafle, mineurs en fugue, cachés réapparaissant, nouveaux, il y aurait déjà une grosse centaine d'Afghans à Calais.
A quelques signes comme ça à droite à gauche, je subodore que Calais va rapidement devenir un joli merdier pour les autorités.
Des nouveaux chez les Soudanais aussi. Et là aussi je sens poindre quelques surprises.
Petit nombre toujours chez les Erythréens et les Ethiopiens. Mais qui gardent peut-être la maison. Je ne crois guère au démantèlement des filières, les gens sont sans doute ailleurs.
La préfecture a annoncé ce matin avoir démantelé la jungle kurde entre celle des Pachtounes et l'autoroute. Elle n'a pas annoncé le nombre des interpellations. Connaissant les Kurdes, je ne crois pas qu'ils étaient là à attendre sagement. Peut-être quelques personnes de passage.
Si les annulations de mise en rétention prononcées cette semaine sont confirmées en appel, nous rirons bien la semaine prochaine. Sachant que le gouvernement s'acharnera d'autant plus renvoyer ceux qui restent en rétention, et qu'il faudra se battre comme des chiens pour éviter leur retour forcé en Afghanistan.
J'apprécie de plus en plus les No Borders, leur présence change vraiment la donne, et je crois que nous n'allons pas tarder à poser en semble quelques jalons intéressants pour l'avenir.
Bref, sans vendre la peau de l'ours, je crois que la vie est en train de reprendre tous ses droits.
à+
Philippe.
Samedi 26 septembre
Journée calme.
Petit passage à la Cabina pour voir les Afghans de retour.
Discussion : "Jungle finish. On n'a plus d'endroit où aller. On dort dans la rue". "Vous allez reconstruire une jungle". "on ne peut pas, ils ont tout détruit". "Vous allez reconstruire ailleurs. Vous n'avez pas le choix, il faut bien que vous alliez quelque part. Les policiers qui sont venus en renfort sont partis maintenant". Sourire.
J'ai croisé le dernier gars à qui j'ai dit "tu fais comme tu veux, mais si tu veux partir, c'est maintenant, dans cinq minutes il sera trop tard". La police avait déjà bloqué les carrefours, ils n'allaient pas tarder à encercler la jungle. Il est parti en courant. Regard complice. Lui content de s'en être tiré, moi content de le voir.
Visite chez les Hazaras. Plein de monde, des No Borders, des jeunes de Lille avec un ami, qui est maintenant à l'Auberge des Migrants. Je vais boire un thé avec les nouveaux occupants de la cabanne de Nuri et Feroz. Arrivent un ami de Lille, Jamal et Salim. Salim revient à la jungle, son père n'a pas voulu qu'il reste en France. Nuri est resté à Lille. L'ami français est tout content de sa nouvelle vie avec ses Afghans.
Je passe devant la Jungle pachtoune. Tout est rasé maintenant, c'est un grand terrain plat, de la terre avec des bouts de plastique qui dépassent. Il faudrait mettre une stèle, quelque chose, pour rappeler tout ce qui s'est vécu là.
Bon, je pars en week-end, petite randonnée par les falaises.
A bientôt,
Philippe.
Dimanche 27 septembre
Toutes les décisions n'ont pas encore été confirmées en appel, mais ça fait plaisir.
Philippe.
26 September 2009 : Communiqué de la Cimade
Evacuation de la "jungle" à Calais : premières victoires du droit
Mercredi 23 septembre 2009, 138 ressortissants afghans, interpellés à Calais, étaient placés dans neuf centres de rétention administrative.
Les juges des libertés et de la détention (JLD) se sont prononcés sur le respect des droits des personnes : 117 décisions de libération ont été rendues. Les juges ont considéré que les personnes n'avaient pas pu exercer leurs droits et, qu'une partie d'entre elles étaient mineures et ne pouvaient donc être placées en rétention.
Plusieurs tribunaux administratifs ont par ailleurs annulé des arrêtés de reconduite à la frontière au motif du non-respect du droit de demande d'asile.
Sur injonction du Garde des sceaux les procureurs ont systématiquement fait appel des décisions des JLD.
Ces jugements démontrent, s'il en était besoin, l'absurdité de l'opération de police menée à Calais et mettent en évidence qu'une telle opération ne peut être respectueuse du droit des personnes.
Soixante-dix-neuf Afghans placés en rétention ont d'ores et déjà été libérés. La Cimade demande à nouveau aux pouvoirs publics de libérer les 59 personnes encore placés en rétention et de prendre les mesures nécessaires à leur protection et à leur sécurité.
Lundi 28 septembre
Après ces souvenirs de chantier, reprenons la chronique des menus événements calaisiens.
Tout d'abord, et ça mérite d'être souligné, je suis parti en week-end. Sac au dos, par plages et falaises, direction Boulogne. Départ samedi, fin d'après-midi.
Pour gagner le bord de mer, il faut passer par le centre-ville. Je croise des Iraniens, bout de chemin en bavardant.
Longue marche sur la plage. La nuit tombe. A Sangatte je quitte la plage pour chercher le chemin menant aux falaises. Une voix m'appelle. C'est une amie. On papote, son copain m'offre un verre de vin - pas mauvais d'ailleurs. Rencontre improbable, moi surgissant de la nuit sac au dos "je vais à pied à Boulogne" le tout dans le plus grand naturel.
Bon, nuit à la belle-étoile sous le Cap Blanc-Nez, soleil et bord de mer le dimanche, retour en train de Wimereux, les pieds fatigués mais l'esprit content.
C'était : Philippe raconte ses vacances.
Aujourd'hui, plus sobre. E-mails, travail sur des courriers aux élus suite à la destruction de la jungle, relance pour la création de la future association.
Visite chez les Soudanais du Chanel. Et petit plaisir : Martine Devries, de Médecins du Monde va me faire un courrier pour Jaber - le monsieur un peu gros et plus âgé, qui conduisait la prière pendant le ramadan - que j'accompagne demain à la préfecture. Il a fait une demande d'asile, il a ses empreintes en Italie, mais aussi de gros problèmes de santé. On va essayer de lui obtenir un visa pour raison de santé. In'ch Allah.
Voilà pour aujourd'hui.
Bonne nuit.
Philippe.
Mardi 29 septembre
Journée un peu tendue aujourd'hui.
Annonce au matin par le préfet de la destruction de la jungle des Hazaras, répercutée par mail. Arrivé quand les flics étaient déjà partis, il ne restait plus que les services de la mairie pour le démontage et une paire de journalistes à trainer. A priori ils n'ont pas tout détruit. J'y retournerai demain pour voir plus précisément ce qui reste – je ne tenais pas à attirer l'attention sur les cabanes les mieux cachées – et pour voir si les gens sont revenus.
Début d'après-midi à la sous-préf pour le rendez-vous Dublin d'un Soudanais - qui devra y retourner après-demain, puis à la PASS, où le même devra retourner après-demain.
Fin d'après-midi chez les Soudanais - le mardi, c'est le jour du français. Détendue, sauf l'impression tenace que tout peut être détruit demain.
Soirée au quai, descente de police après le poisson, Cherif embarqué, de retour deux heures après.
Balade autour de la Cabina avec Christian, Marie et un journaliste. Des Kurdes, des Iraniens, des Afghans, sous les ponts, dans les parcs, à la Cabina... Les flics qui tournent autour, essayent de choper des mecs, sans grand succès, les relâchent au bout d'une heure ou deux quand ils les attrapent, beaucoup de provoc aussi de la part des flics. Fatigue chez les mecs, qui n'ont plus d'abris pour se reposer, cuisiner... Trouver le moyen de les aider à tenir.
Fin de soirée chez les Egyptiens. Bien ce groupe.
Bonne nuit.
Philippe.
Mercredi 30 septembre
Encore une drôle de journée calaisienne. Drôle d'ambiance surtout.
Evacuation au matin du squat des Erythréens. Peu de gens arrêtés, d'après les différentes sources que je peux avoir. N'empêche que quand je suis arrivé il y avait encore plusieurs camionnettes de CRS avec des chiens. L'accès au bâtiment a été grillagé, et gardé par des vigiles, toujours avec des chiens.
Passage à la Cabina vers 2h, surtout pour voir si les Hazaras étaient de retour. Pas un, mais plein de Pachtounes. Des revenants de Nîmes, de Toulouse.
A la recherche avec une amie d'une grève de la faim de migrants annoncée par les No Borders. Ils ont déjà été évacués du parc Saint-Pierre quand nous y arrivons.
Après-midi chez les Soudanais avec une autre amie. Un peu de français, on cause surtout. D'ailleurs ils nous apprennent aussi l'arabe. Je pars avec les boules jusqu'au genou : je ne sais pas si je les reverrai demain, et cette fois ce n'est pas parce qu'ils seront en Angleterre.
On ne sait pas quel squat ils vont péter demain.
Participation téléphonique à l'émission d'Yves sur Fréquence Paris Plurielle.
Puis quelques coups de fil pour mettre au point une opération thé : on tourne le soir et se pose avec un peu de thé chaud avec les groupes sous les ponts et dans les parcs pour rétablir le contact. Et calmer les flics si possible.
A priori on commence demain.
Voilà les news de ces temps troublés.
Philippe.
Jeudi 1er octobre
Journée calme aujourd'hui, pas de mauvaises nouvelles depuis ce matin. En attendant une nouvelle tempête annoncée pour demain.
Chouettes discussions avec des Pachtounes à la Cabina. C'est marrant de voir un mineur revenu de centre de rétention demander des infos pour rester en France. Encore un signe de la foutaise ambiante. Du coup il est intéressé pour apprendre le français, et on devrait commencer une activité avec des Afghans.
L'idée est aussi de tourner le soir avec du thé et de se poser avec les mecs qui squattent sous les ponts et dans les parcs. Une amie est partante. J'ai fait passer le mot aux jeunes qui sont au dortoir de Salam par Agathe, qui est de passage à Calais. Tu as aussi le bonjour d'une amie, qui est là aussi avec un groupe de la Plateforme. L'Auberge va peut-être s'y joindre. On commence demain soir.
Visite chez les Soudanais. Passage à la PASS pour le visa pour raisons médicales de Jaber. Rendez-vous pris avec l'assistante sociale de l'hôpital demain. Solide branlée aux dominos - c'est à cause de mon partenaire qui jouait mal. Les Soudanais aussi demandent de tes nouvelles de temps en temps.
Certains Hazaras sont de retour. Pas forcément tous. J'essaye de me renseigner pour savoir si certains sont restés en rétention.
Visite chez les Éthiopiens. Quelques questions sur l'asile. Ceux qui ont été arrêtés il y a quinze jours sont de retour. Terre d'Errance leur a trouvé un avocat pour leur procès le 19 novembre pour l'occupation en réunion d'un lieu privé. Bon, d'ici-là, ils seront peut-être en Angleterre.
Passage rapide sur le quai. Bonne ambiance. Sliman a rendez-vous à la PASS lundi pour voir s'il peut quitter son plâtre un peu plus tôt.
Je te laisse. La journée de demain va commencer tôt et risque d'être un peu longue.
a+
Philippe.
Vendredi 2 octobre
Drôle de journée. Longue à raconter, vu l'heure qu'il est, je pense que je ferai par épisodes.
Début jeudi soir en fait, avec l'info qui filtre d'une "grosse opération" policière vendredi matin, sans savoir contre quel squat.
D'où la tournée des squats restants, Soudanais, Ethiopiens, Quai, en donnant l'info et quelques consignes de base : préparez les affaires auxquelles vous tenez et mettez-les en lieu sûr; ceux qui risquent sont les Dublin qui peuvent être renvoyés vers le pays où ils ont leurs empreintes.
En tournant je m'aperçois que l'info confidentielle est largement partagée, et que Salam tourne aussi. Un ami est passé chez les Soudanais, je croise un autre ami et une équipe de la Plateforme devant chez les Ethiopiens.
Ce matin, quête d'info, rien, je commence à tourner sur mon vélo et vais chez les Soudanais. Tout le monde (moins de monde que la veille) est rassemblé et attend. Jaber, qui a eu cette semaine son papier comme quoi il devait aller en Italie demander l'asile et qu'il était renvoyable à tout moment, avec qui j'ai rendez-vous dans une demie-heure à l'hôpital pour sa demande de visa pour raison médicale, à qui j'ai expliqué et fait traduire qu'il faut qu'il parte plus tôt parce qu'il y a un risque pour lui, est placidement en train de se brosser les dents. Les flics se positionnent, les gens commencent à partir, Jaber enfin mis sa veste, j'explique qu'il doit se tirer, je lui donne rendez-vous à l'hôpital, je sors avec mon vélo, je passe derrière, les autres issues ne sont pas bloquées, je vais mon chemin.
Chez les Ethiopiens tout est calme, au quai itou, je vais à l'hôpital.
J'y arrive en même temps que Jaber. Ouf. Il retourne chercher son frangin qu'il a perdu en route, et qui doit faire la traduction (arabe-anglais anglais-français, tout est simple), je prévient l'assistante sociale qu'on a du retard. Jaber revient seul, on y va, aide téléphonique d'un médecin arabophone pour le dossier de demande de visa, reste la question de l'hébergement, Jaber n'a plus de maison. Attente, pas de réponse, rendez-vous l'après-midi à la PASS pour avoir la réponse.
Je rentre manger, je passe devant les maisons des éclusiers en cours de démolition, j'ai appris entre temps que Besson était en visite à Calais. Un grand cirque médiatique, avec conférence de presse, démolition d'un ancien squat et destruction d'une jungle.
Passage à la Cabina après manger, arrivée de revenants et de nouveaux, on tchatche un peu, des ados se passionnent pour apprendre à compter en français.
Arrivée à la PASS. Des Soudanais, dont Jaber, et des Erythréens, sont là pour se poser et prendre une douche. Pas de possibilité d'hébergement à calais, mais si Jaber est d'accord on peut essayer Boulogne. Jaber OK. Attente. Pas de possibilité à Boulogne. J'appelle une amie, qui me conseille d'appeller Myriam. Peut-être une possibilité à Arras. Attente. C'est bon pour Arras. Il reste à véhiculer Jaber jusqu'au Secours Catholique. Céline appelle Mahmad. Ça marche. Jaber part vers son nouveau foyer. Merveilleuse collaboration inter-structures, dissident de Salam pour le suivi, Secours Catholique pour l'hébergement, Belle Etoile pour le transport, PASS pour la boite aux lettres.
Fin du premier épisode.
Philippe.
Vendredi 2 octobre (suite)
Bon, je reprends quand même le récit de la journée d'hier. Jaber est parti pour le Secours Catholique, et de là vers Arras. Drôle de journée pour lui. Le matin il se lève, fait ses ablutions, sa prière, mange un peu, se brosse longuement les dents, met sa veste et prend sa sacoche avec tous ses papiers, part un peu précipitamment à l'arrivée des flics. dans l'après-midi, il n'a plus de maison, il dit rapidement au-revoir à ses amis, monte dans une voiture. Le soir il est dans une autre ville.
Je repasse par le camp des Soudanais, histoire de voir pour le croire. Les tentes ne sont plus là, les cabanes démontées. Des objets divers trainent un peu partout. Je veux retrouver le jeu de domino pour le leur rendre. Je ne trouve qu'un jeu de carte, que je donne à l'arrêté de la journée qui passe à ce moment-là en revenant de Coquelle. Oui, il y a eu 130 policiers pour une vingtaine de migrants, et ils n'en ont attrapé qu'un seul. Tant mieux quelque part, mais quel cirque.
J'appelle une amie. Elle a le moral dans les chaussettes, nous remettons au lendemain le début de l'opération thé. La destruction des maisons des éclusiers l'a achevée. Elle se demande comme nous tous jusqu'où tout cela va aller, et où les gens vont pouvoir aller.
Je vais au quai, surtout pour voir les Soudanais du Chanel, avec une boite de thé, du sucre et des gobelets, ils viennent d'emménager, ils ne doivent pas avoir grand'chose.
Boujour en passant aux Iraniens qui se sont installés au tout début du quai.
Passage rapide chez les "Palestiniens". Sameh, Sliman, Ramadan et Icham ne sont pas là, et les deux feux arabes se sont regroupés avec l'arrivée des Erythréens et des Soudanais dont les squats ont été détruits. Ça picole pas mal, l'ambiance est assez mauvaise, je ne reste pas.
(parenthèse : je t'avais dit qu'Icham était passé; il est effectivement passé; l'Angleterre ne lui a pas plu; alors il est allé voir la police pour être renvoyé en France, et il a demandé l'asile ici; je te laisse imaginer la tête des autres)
Sur le deuxième tronçon du quai, il y a un feu avec surtout des Erythréens et quelques Soudanais. Ils ne se parlent pas en arabe. Les regroupements doivent se faire par proximité ethnique, pas par nationalité. Je passe un moment avec eux. Ils s'interrogent sur ce qui va se passer, sur où aller. Je n'ai pas de réponse.
Je passe chez les Soudanais, qui sont tout au bout avec quelques Erythréens. Mêmes interrogations, ils ont bien conscience que la prochaine destruction sera ici.
Et c'est là que ça s'est gâté. Je vois Tarek et l'un des Arabes francophones faire les zouaves sur mon vélo. Dans l'état où ils sont, je fonce récupérer mon vélo. Ils sortent du port. Je râle en passant chez les Egyptiens, jusqu'à présent je n'avais pas besoin d'attacher mon vélo, il n'y avait jamais de problème. Indifférence générale, tout le monde s'en fout.
Je vais les chercher, en voyant gros comme une maison ce qui allait effectivement se passer. En revenant, je vois Tarek essoufflé près de l'entrée, puis il détalle devant une voiture de CRS qui déboule. Les flics descendent, appellent du renfort, deux autre fourgons arrivent avec la camionnette de ramassage. Évidemment ces cons ont croisé les flics et se sont fait courser.
Pour la première fois, je les laisse se démerder avec les flics, j'étais véner. Je vais dans les rues à la recherche de mon vélo qu'ils ont dû lourder quelque part. Je reviens bredouille. J'ai croisé une camionnette de ramassage avec des gens dedans - était-ce la même ?
Les choses se sont calmées entre temps, je vais demander aux intéressés où ils ont laissé mon vélo, et leur dire ma manière de voir. "C'est pas moi, c'est mon copain", version Tarek, "c'est pas mon vélo, c'est pas mon problème" répond le copain. Indifférence générale. Je rappelle qu'à une époque on pouvait laisser ici un sac avec argent, téléphone, appareil photo, sans le moindre problème. Seul Irmad a l'air de comprendre, mais ne dit rien. Je pars plus écœuré que véner. Même s'il y avait des absents dont Sameh ce soir-là, c'est bien une page qui s'est tournée sur le quai.
Je me pose encore un moment chez les Soudanais avant de repartir à pied. Je rencontre mon vélo sur la route, proprement appuyé à un mur, les deux pneus crevés. Ça c'est les flics. L'avoir retrouvé ne me console guère.
"Trandafiri mor, visurile mint" chante Tudor Gheorghe - je suis seul ce soir, j'ai mis de la musique. "Les roses meurent, les rêves mentent".
J'en ai discuté avec les absents de ce soir-là - Sameh, Ramadan, Sliman et Icham, qui ont bien compris ce que je voulais dire. Je suppose d'ailleurs que mes deux zouaves ont dû se faire remonter les bretelles. Mais je vois aussi l'ambiance qui règne sur ce quai qui accueille les chassés des squats détruits, qui attendent là la destruction prochaine en se demandant ce qu'ils vont bien pouvoir devenir.
C'est pas la joie.
Philippe.
Samedi 3 octobre
Eh bien, no Calass today. Je n'ai bougéaujourd'hui pour acheter un peu de clairette, c'est quand même mon anniversaire demain. Besoin de digérer toute la violence de ces deux dernières semaines.
Philippe.
Dimanche 4 octobre
Je reprends donc la chronique des événements calaisiens où je l'avais laissée. Content de t'avoir entendu entre temps.
Dimanche donc. Passage à la Cabina, discussion avec les Afghans présents. Sympa. Encore des têtes connues qui réapparaissent. Des ados revenus à Calais de centre de rétention et qui demandent comment rester en France et demander l'asile. Des plus âgés aussi pour l'asile. Ceci dit, les passeurs veillent, je retrouve des documents que j'ai donnés déchirés en petits morceaux, de temps en temps quelqu'un arrive et tout le monde se tait. Mais c'est des ados que viennent les questions les plus précises sur les possibilités qui leur sont offertes et la vision la plus lucide de la situation.
La suite au prochain épisode.
Philippe.
Lundi 5 octobre
Lundi (Hier). Cabina. Baran, Baran. Heureusement, elle vient de s'arrêter, la pluie. Contact sympa avec les gars. Les choses reprennent leur place, Dzangali aussi. Ils me demandet pourquoi je ne suis plus là le soir, j'explique que je fais autre chose. Certains Afghans râlent contre l'attitude des responsables de Salam.
Le repas du midi est un moment où un peu tout le monde se retrouve. Je tchatche avec Chiarra des No Borders. Elle n'a pas trop d'idées sur ce qu'ils peuvent faire face à la situation. Je discute longuement avec la nouvelle responsable du HCR. Elle me donne de la documentation, je leur parle du squat des Ethiopiens qu'ils ne connaissent pas, ils me contacteront pour que je les y accompagne. Pour les mineurs, il faut que voie avec Jean-François de France Terre d'Asile. Le problème, c'est que d'un jour sur l'autre je n'arrive pas à les retrouver, les jeunes. Les gens de La Belle Etoile sont sympas - est-ce parce que je suis un dissident de Salam ? Trois Ethiopiens viennent se renseigner auprès du HCR.
Passage au quai chez les Soudano-Érythréens. Ambiance très sympa, beaucoup moins de stress. Les trois Éthiopiens de tout-à-l'heure arrivent. Ils vont demander l'asile.
Visite chez les Érythréano-Soudanais - le feu d'à côté, chez Abu Jabal. Sympa, mais ambiance plus anxieuse. Les flics passent pour compter. L'un d'eux répond que le squat en a encore pour longtemps. Mais qu'en sait-il, le bougre ?
Appel par mail pour trouver des tentes (et des toilettes). Appel par mail à propos de la situation des mineurs.
Et cette fois ça y est : l'opération thé commence, avec quelques amis. Je prépare deux thermos de thé. On commence par le groupe qui est sous le pont de l'écluse, près de la Cabina. Une petite dizaine de personnes, pensions-nous. Une grosse vingtaine en fait, ils vont boire tout le thé. C'est mignon, ils montrent leurs papiers d'annulation de leur mise en rétention ou de leur APRF, Toulouse, Nîmes, Rouen... Leurs rendez-vous à la sous-préfecture pour une demande d'asile. Ou leur domiciliation en région parisienne pour une demande d'asile (qu'est-ce que tu fais là, si tu veux demander l'asile sur Paris ?).
On rentre. Passage près de l'ancienne jungle pachtoune. Les CRS sont en embuscade. Ils contrôlent trois mecs. Ça c'est bien repeuplé tout autour de la jungle.
Et une nouvelle journée s'achève.
Bonne jeunesse.
Philippe.
Mercredi 7 octobre
Tu as dû recevoir mon texto, mon téléphone ne passe pas pour te joindre et nous sommes rentrés tard.
Bref, ils ont pété le quai ce matin. Les gars sont ressortis dans l'après-midi. La police a gardé Redwan le Tunisien parce qu'ils voulaient garder Redwan le Libyen, ils ont presque le même nom de famille, ils se sont trompés. Ça devrait donc s'arranger demain, s'il n'est pas déjà sorti.
Pour Sliman, Médecins du Monde lui paye 2 à 3 nuits d'hôtel. Pour la suite, on va voir avec le Secours catholique et l'assistante sociale de l'hôpital, y compris voir si un visa pour raison médicale est possible. Le plus dur ne sera pas de trouver une solution, mais de le convaincre.
Oui, parce qu'à sa dernière visite à l'hôpital, Sliman a appris que ce n'était pas qu'un mois de plâtre mais six semaines, puis trois à quatre mois de rééducation, sans pouvoir poser le pied par terre au début. Donc il faut vraiment qu'il puisse se poser.
C'est pas la joie pour les autres. On leur a apporté du thé chaud et on a passé un bon moment avec eux. Evidemment les flics sont venus, ils sont restés sur la plate-forme où était Jonas, et maintenant Abdallah, trop près du lieu qui vient d'être évacué. Ils ont déménagé en plusieurs groupes, les Égyptiens sont restés ensemble. C'est un groupe soudé de gars intelligents, ils s'en tireront sans doute moins mal que d'autres.
Et puis il y a Ali l'Irakien. Il a débarqué ce matin sans prévenir, pour faire une surprise. Quand il a vu la situation, il a plutôt mal pris la chose, mais ce soir ça allait mieux, il avait repris sa place dans le groupe.
Philippe.
Samedi 8 – dimanche 9 octobre
Je ne résiste pas à l'envie de t'apporter encore le parfum des embruns calaisiens.
Il y avait vraiment une ambiance magique ce midi à la Cabina. Des gens qui se retrouvent, qui parlent, qui rient, qui mangent, qui prient, une atmosphère de place de village où tout le monde se retrouve, que je n'avais pas senti depuis le début de l'été à la jungle.
Hier soir pour l'opération thé itou. Accueil chaleureux, détendu. On rit, on plaisante, on parle.
Objectivement tout va mal, et pourtant. La jungle s'est fondue dans la ville, se loge dans ses interstices, se rassemble là, à deux pas du centre.
Philippe.

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