Psychanalyse de l'Union européenne

L'utilisation des images animalières par l'Union européenne dans les situations de crise relève sans doute de la psychanalyse. L'art de se faire une grande crise aussi. Courons donc avec les Frontex-lapins à la frontière grecque. Au lieu où La Ferme des animaux se marie avec 1984.

Lorsqu'il s'agissait de politiques budgétaires, les fauteurs de crise étaient les États-cochons (Portugal, Italy, Greece, Spain). Lorsqu'il s'agit de politiques migratoires, ce sont les Frontex-lapins (RApid Border Intervention Teams) qui courent à la frontière.

Les Frontex-lapins sont donc appelés à la frontière gréco-turque, et les médias nous enjoignent d'y courir des yeux.

L'Union européenne rémunère la Turquie pour garder sur son sol quelques trois millions six ou sept cents mille réfugié-e-s syrien-ne-s. Le gouvernement turc en fait régulièrement un sujet de chantage. Cette fois-ci il va plus loin et annonce qu'il n'empêche plus les réfugié-e-s de partir, alors que des soldats turcs sont morts et que près d'un million de réfugié-e-s syrien-ne-s sont dans une situation alarmante massé-e-s à la frontière turque du fait de l'offensive syro-russe dans la province d'Idlib. Des bus sont affrétés par les autorités turques pour emmener des réfugié-e-s près des frontières grecque et bulgare, les médias officiels turcs filment les départs. Tout comme ils filment les départs d'embarcations de la côte turque vers les îles grecques.

https://www.courrierdesbalkans.fr/Turquie-syriens-pression-UE

Un petit millier d'exilé-e-s seraient arrivé-e-s dans les îles grecques, ce qui n'est pas exceptionnel un week-end où le beau temps facilite la traversée. Et quelques treize mille exilé-e-s seraient à la frontière gréco-turque. Sans préjuger d'un éventuel effet d'entraînement, c'est extrêmement peu par rapport aux un peu moins de quatre millions d'exilé-e-s qui sont en Turquie.

Mais l'effet de loupe est en place, la scène de crise est constituée. D'autant qu'il y a une vraie crise dans les îles grecques, due au pourrissement de la situation mise en place par l'Union européenne et la Grèce avec la création des "hotspots".

Le gouvernement grec joue la surenchère, parle d'invasion, envoie des renforts de gardes-frontières, annonce des manœuvres de l'armée avec l'usage de munitions réelles, manière de dire sans dire tout en laissant entendre, appelle l'Union européenne à envoyer des Frontex-lapins, suspend l' application de la Convention de Genève et de la législation européenne sur l'asile, promet des expulsions vers les pays d'origine. Envoie des textos aux exilé-e-s proches de la frontière pour les dissuader de la franchir, et a donc uyilise la technologie permettant de trouver leurs numéros de portable - non seulement Big Brother nous regarde, mais il nous téléphone. Le président Macron, tout à sa rhétorique d'affichage xénophobe, assure le gouvernement grec de son soutien et offre l'aide française pour garder fermée la frontière grecque. L'Union européenne prévoit un conseil extraordinaire des ministres des Affaires étrangères.

La mise en scène se déploie. Mais aux frontières, ce sont des personnes réelles qui se débattent. Un exilé-e-s a été tué par les gardes-frontières grecs à la frontière de l'Evros, tandis qu'un enfant est mort suite au naufrage d'une embarcation de fortune près de Lesbos.

https://www.france24.com/en/20200302-syrian-migrant-killed-as-thousands-attempt-to-cross-from-turkey-into-greece

https://www.alaraby.co.uk/english/news/2020/3/2/greek-border-guards-kill-syrian-refugee-on-turkey-border

Quand aux réfugié-e-s d'Idlib, tout ce vacarme recouvre leur cri, il et elles mourront dans le silence si elles et ils doivent mourir, à moins que nous n'en venions à les regarder comme une nouvelle vague d'invasion, à tenir à distance à tout prix.

Sur le théâtre des politiques, n'oublions pas que la scène de crise est aussi scène de crime.

 

 

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