Stocker les exilé-e-s hors des frontières européennes : après la Turquie, le Maroc ?

Le gouvernement espagnol propose un accord entre l'Union européenne et le Maroc sur le modèle de celui qui existe avec la Turquie, pour bloquer les exilé-e-s qui tentent de gagner l'Europe par la Méditerranée occidentale et les stocker sur le territoire d'un État voisin.

La recette est simple, même si elle est à plusieurs étages, au point qu'il est tentant de la reprendre. Vous prenez un pays voisin qui accueille de nombreux-ses réfugié-e-s qui pourraient être tenté-e-s d'aller reconstruire leur vie quelque part dans l'Union européenne, par lequel passent aussi qui souhaitent rejoindre l'Union européenne mais que celle-ci ne souhaite pas accueillir. Vous proclamez que ce pays est sûr pour les réfugié-e-s. Vous lui faites un double chèque. Financier pour améliorer l'accueil des réfugié-e-s, et pour les empêcher de partir vers l'Europe. Politique en fermant les yeux sur ses violations des droits humains, ses emprisonnements massifs d'opposant-e-s ou supposé-e-s telles, sa guerre de plus ou moins basse intensité contre les Kurdes, y compris sur le territoire d'un État voisin.

Vous passez donc un accord avec ce pays, mais un accord international doit être ratifié par le Parlement européen, ce qui suppose un débat public, que vous souhaitez éviter, parce que quand même votre arrangement est un peu douteux. Alors il n'y a pas d'accord international, il ya une simple déclaration, comme ça, c'est juste un truc qu'on a dit, qui n'a pas de valeur juridique. Mais qui s'applique concrètement, il y a six milliards d'euros qui voyagent, des gens qu'on bloque, qu'on renvoie.

C'est ce qui s'est passé avec l'accord du 18 mars 2016 entre l'Union européenne et la Turquie.

Il est donc devenu plus compliqué pour les exilé-e-s d'entrer d'entrer dans l'Union européenne par les Balkans, des arrangements encore moins avouables avec le gouvernement et des milices libyens rendent le passage plus difficile en Méditerranée centrale, un plus grand nombre d'exilé-e-s tentent leur chance par la Méditerranée occidentale et arrivent en Espagne.

Le gouvernement espagnol propose donc de faire avec le Maroc comme on a fait avec la Turquie. On déclare que c'est un pays pas sûr pour les exilé-e-s, on lui donne de l'argent pour les accueillir - ou pour les empêcher de venir au Maroc, ou pour les expulser, ça on s'en fiche un peu - et pour les empêcher de partir vers l'Europe.

Il n'est pas dit que le Parlement européen acceptera une nouvelle fois que ses prérogatives servent de paillasson à l'opération, mais on troucera bien un arrangement concernant ces petits détails démocratiques.

Article en anglais sur le site Infos Migrants :

http://www.infomigrants.net/en/post/7526/spain-proposes-eu-morocco-accord-to-frontex

 

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