Il ne faut pas vendre la peau du Macron avant de l'avoir chassé

Macron aurait perdu la prochaine présidentielle. C’est ce qu’affirme Thomas Coutrot sur son blog Médiapart. Au profit de Marine Le Pen si la gauche ne se ressaisit pas. Inversement, si la digue contre le Rassemblement National tient encore, Macron est sûr d’être élu, grâce à la gauche – ci celle-ci ne change pas.

N'est-ce pas aller un peu vite d'affirmer que Macron n'a aucune chance d'être réélu en 2022, parce que Marine Le Pen sera boostée par la politique actuellement menée, et que personne ne viendra au secours du président sortant au deuxième tour de la présidentielle - comme le fait Thomas Coutrot dans un billet de son blog Médiapart intitulé "Macron a déjà perdu 2022... pour le pire ou le meilleur" ?

https://blogs.mediapart.fr/thomas-coutrot/blog/030120/macron-deja-perdu-2022-pour-le-pire-ou-le-meilleur

En fait, rien ne dit que le rejet du Rassemblement National ait baissé au point de ne pas assurer l'élection de la candidate ou du candidat qui se retrouvera face à Marine Le Pen au deuxième tour.

Contrairement à François Hollande qui a mené une politique à rebours de son électorat, et qui a dû renoncer à se représenter parce que les sondages le créditait de 6% des voix - score qu'a effectivement fait le candidat socialiste - Emmanuel Macron a préempté l'électorat de droite et semble y avoir trouvé une assise stable - malgré la politique menée, il fait tout de même 20% des voix aux européennes. En tout cas, rien ne permet aujourd'hui - les choses peuvent changer en deux ans - de prévoir un effondrement de son électorat.

Pour que Macron ne soit pas élu, il faut qu'un-e autre candidat-e fasse mieux que lui au premier tour. La droite semble durablement comprimée entre LREM et le RN. Reste la gauche. Pour gagner la présidentielle, il lui faudrait un candidat unique dès le premier tour. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a du chemin à parcourir.

La France Insoumise existe pour et par la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Toute concession à l'idée de rassemblement, liée au contexte pré-municipales, le mode de scrutin invitant au regroupement, ou à une pression plus large en faveur de l'unité, est contrebalancée par une réaffirmation de la singularité de LFI et de son positionnement solitaire. Une démarche unitaire dès le premier tour suppose de mettre en débat l'identité du candidat, Mélenchon n'ayant pas l'assurance d'être choisi.

Pour que la gauche soit en mesure de gagner la présidentielle de 2022, il est donc nécessaire que La France Insoumise règle son problème Mélenchon, et devienne une véritable formation politique, unie par des idées, un projet, un programme, et non soumise à l'ambition d'un homme.

Avec le mouvement pour le climat et suite à son résultat aux européennes, il semble aussi difficile à Europe Écologie Les Verts d'envisager de ne pas présenter de candidat à la présidentielle. Difficile mais pas impossible - il faudrait un engagement fort de ses partenaires, surtout si la ou le candidat-e choisi-e ne venait pas d'EELV. Et se poserait la question d'une éventuelle candidature Jadot si EELV ne présentait pas de candidat - LREM ayant tout intérêt à fournir les signatures nécessaires à ce candidat Macron compatible, qui serait remercié par un portefeuille ministériel - comme d'autres. Dans la configuration actuelle, si ce scénario ne se réalisait pas, cela tiendrait plus à la vertu de Yannick Jadot qu'à la solidité d'EELV.

Le dépassement de ces hypothèques suppose qu'EELV clarifie la question de son positionnement, mais aussi la question de sa capacité semble-t-il infinie à servir de marche-pied à des personnalités qui vont une fois mises en orbite faire carrière ailleurs comme caution écologiste de gouvernements ou de majorités qui ne le sont pas.

Se pose aussi la question d'une candidature socialiste, entre l'espoir de voir revenir au bercail une partie des électeur-trice-s qui avaient voté Macron puis LREM, et la difficulté à ne pas apparaître à la présidentielle de 2022 après son résultat à celle de 2017. Sans entrer dans le débat sur la gauchité ou la gauchitude du Parti Socialiste, il s'en faut parfois de quelques pourcents dont un candidat socialiste pourrait priver un hypothétique candidat unitaire de gauche.

On peut admettre plus facilement que Benoît Hamon ne se présente pas, que le PCF ne présente pas de candidat, ne serait-ce que pour des raisons financières.

Il reste deux ans. Mais si la gauche ne change pas, elle reste la meilleure alliée d'Emmanuel Macron pour sa réélection.

 

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