6 février 2014 - plage de Tarajal - Ceuta

Le 6 février 2014, environ deux cents exilé-e-s tentent d’entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta en nageant. La Guardia civil réplique avec des fumigènes et des balles de caoutchouc. Quinze cadavres seront trouvés du côté espagnol, le nombre total de mort-e-s et disparu-e-s est inconnu. La justice espagnole classera à deux reprises les poursuites contre les policier-ère-s impliqué-e-s.

La clôture entourant l'enclave espagnole de Ceuta, sur la côte méditerranéenne du Maroc, commence à être édifiée en 2001. Elle fait suite à celle entourant l'enclave de Melilla, qui date de 1998. Elle est contemporaine de l'édification des premières clôtures à Calais (2000 pour le port, 2001 pour le Tunnel sous la Manche et la gare TGV). Depuis, toutes trois n'ont cessé de se développer, en hauteur, en profondeur, en sophistication technologique.

Au fil des années, le marqueur différenciant la gauche de la droite espagnoles a été que la droite renforçait la clôture de barbelés "concertina", à lames de rasoir, très mutilants, que la gauche enlevait, puis que la droite remettait.

La difficulté croissante à franchir la clôture explique la tentative de passage à la nage du 6 février 2014.

La justice espagnole a été saisie à la fois de l'emploi de fumigènes et de balles de caoutchouc ayant entraîné la mort d'au moins quinze personnes, de l'absence de secours apporté aux personnes en détresse dans la mer (attitude partagée par les militaires marocains présents de l'autre côté de la frontière), et du refoulement illégal des vingt-trois personnes ayant atteint vivantes la plage de Tarajal. L'affaire a été classée sans suites une première fois le 16 octobre 2015, la juge estimant que « Les migrants ont assumé le risque d’entrer illégalement sur le territoire espagnol par la mer, à la nage, faisant de plus abstraction des agissements dissuasifs tant des forces marocaines que de la Guardia civil ». Les exilé-e-s étant responsables de leur propre mort, il n'y avait donc pas lieu d'en incriminer qui que ce soit. Rouverte, l'affaire a été classée une deuxième fois en janvier 2018.

Les associations de défense des droits des exilé-e-s et les familles des personnes mortes ou disparues maintiennent la pression et commémorent chaque année le massacre de Tarajal (voir ici et ), cette année notamment par un événement du 6 au 8 février à Oujda (pdf, 733.0 kB), au Maroc.

Depuis que Pedro Sanchez préside le gouvernement espagnol, celui-ci a accueilli l'Aquarius dans le port de Valence à grand renfort de médiatisation ; il a réduit les moyens du sauvetage en mer espagnol, rendant plus probable la mort par noyade des exilé-e-s tentant de rejoindre l'Espagne en bateau, participant ainsi à la politique européenne de dissuasion par la mort ; a fait enlever les barbelés en lame de rasoir des barrières de Ceuta et Melilla pour les remplacer par une "barrière intelligente" utilisant des technologies de pointe pour la détection des tentatives de franchissement ; a financé la construction par le Maroc de barrières pourvues de barbelés autour des deux enclaves, du côté marocain de la frontière ; a incité à et financé une politique de la part des autorité marocaine de répression accrue de la présence des exilé-e-s dans le nord du Maroc mais aussi sur l'ensemble du territoire.

L'avenir nous dira rapidement si le gouvernement de coalition avec Podemos maintient cette politique, la politique migratoire s'avérant alors une dimension sacrifiée pour parvenir à gouverner ensemble, ou s'il prendra de nouvelles orientations, et dans ce cas quelles voies il ouvrira à des politiques alternatives.

 

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