Le Soudan n'en a pas fini avec nos amis génocidaires

Samedi 8 juin des militant-e-s soudanais-es en France appellent à une manifestation à Paris pour appeler le gouvernement français à exiger le départ du régime militaire soudanais. Malgré l'insurrection démocratique et l'interruption par les militaires du dialogue avec l'opposition, rien n'indique que l'Union européenne dont la France envisage de cesser son soutien au régime génocidaire soudanais.

L'Union européenne et ses États membres avaient fait du Soudan du dictateur Omar El-Béchir un partenaire central pour l'externalisation de leur politique migratoire en Afrique de l'Est, à travers le processus de Khartoum. Alors que des financements arrivent au Soudan pour empêcher les migrations vers la Libye et au-delà potentiellement vers la Méditerranée et l'Europe, l'ancienne milice des janjawids, actrice majeure du génocide au Darfour, devenue Forces de Soutien Rapide, se transforme en garde-frontière, notamment à la frontière soudano-libyenne. L'Union européenne jure la main sur le cœur que pas un sous qu'elle donne pour "lutter contre la migration irrégulière" au Soudan ne va aux Forces de Soutien Rapide - non plus qu'au NISS, le Service National de Renseignement et de Sécurité, chargé de la répression des opposant-e-s politiques. Les analystes non gouvernementaux en doute. Comme en Libye, l'Union européenne semble financer des acteurs armés para ou non-gouvernementaux. Resterait à savoir s'il s'agit d'un effet collatéral non désiré mais considéré comme inévitable de la politique migratoire européenne, ou d'un choix délibéré de nouer des liens avec une diversité d'acteurs dans un contexte instable (Libye) ou dans celui d'un régime pouvant être remis en cause.

Certaines organisations de défense des droits humains attribuent la rupture du dialogue entre le Conseil militaire de transition et l'opposition et la dispersion violente ce 3 juin du sit-in devant le siège de l'état-major à l'action conjointe des Forces de Soutien Rapide, du NISS, de l'armée et de milices :

http://www.acjps.org/sudan-violent-crackdown-on-protesters-requires-urgent-action-by-international-community/

Tout semble indiquer que les Forces de Soutien Rapide, gardes-frontières au service des politiques migratoires européennes (et passeuses dans le même temps, comme les milices libyennes), ont un rôle central dans ce tournant répressif.

Demain 8 juin des militant-e-s soudanais-es invitent à une manifestation de la place de la Chapelle (départ à 14h) jusqu'à République pour protester contre la répression et interpeller le gouvernement français.

Vous pouvez télécharger le communiqué d'appel ici (pdf, 191.0 kB).

Pour rappel, les autorités françaises continuent leur politique d'expulsion vers le Soudan. Vous pouvez notamment, si vous ne l'avez pas fait, signer la pétition pour Salah, enfermé au centre de rétention de Coquelles, près de Calais, en vue de son expulsion :

https://www.change.org/p/aller-simple-pour-la-torture-ne-laissez-pas-la-france-expulser-salah-au-soudan

Voici les "conseils aux voyageurs" que donnent le ministère français des affaires étrangères concernant le Soudan, intéressants pour ce que ça dit et ce que ça tait :

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/soudan/

 Et aux dernières nouvelles :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/06/06/soudan-khartoum-livree-aux-miliciens-du-darfour_5472239_3212.html

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.