Quand le gouvernement fait la réclame du tourisme médical

Quand l’hôpital public manque de lits, que les exilé-e-s malades sont accusé-e-s de faire du « tourisme médical », que le gouvernement veut réduire l’AME, les ambassades font la publicité des soins en France. Pas d’attente aux urgences, l’hôpital public est à disposition, pour qui peut payer. Vous avez dit « marchandisation » ?

"Venir se soigner en France – Brochure réalisée par Atout France - agence française du développement touristique" : cette brochure publicitaire est accessible dans sa version de 2019 à partir des sites des ambassades de France via le site France.fr (voir ici et ), ou parfois directement téléchargeable sur le site de certaines ambassades, dans sa version de 2016 (voir ici).

En vingt-huit pages, couverture comprise, ornées de photos non exemptes de stéréotypes de genre, elle expose tout d'abord les avantages de venir se faire soigner en France. Puis elle présente les détails pratiques pour y parvenir, et sept spécialités (cardiologie, gynécologie - obstétrique, neurologie, oncologie, orthopédie, pédiatrie, soins de réhabilitation) avec la liste des établissements dont les services sont ouverts à la vente. Suit et clôt la brochure une double-page ventant les avantages touristiques de la France ("découvrir la France : un rendez-vous unique").

À aucun moment il n'est question d'argent. Pour le public visé, cela va sans dire. Les détails médicaux, pratiques et financiers se discutent avec les établissements concernés.

On lira l'édito qui ouvre la brochure en ayant à l'esprit la crise actuelle de l'hôpital public, ainsi que les restrictions déjà en œuvre de l'accès au titre de séjour étrangers malades, les restrictions projetées de l'accès à l'Aide Médicale d'État, et le discours des pouvoirs publics qui entoure ces réformes.

"[...] Afin de faire profiter davantage de patients internationaux de son expertise, la France a décidé de développer des conditions d’accueil adaptées à ces personnes qui font le choix de lui faire confiance.

L’une des priorités de l’association French Healthcare (https://frenchhealthcare.fr), qui fédère notamment les établissements et professionnels de santé souhaitant promouvoir le savoir-faire français à l’international, est de proposer un cadre garantissant la satisfaction des patients et la qualité de leur prise en charge durant tout leur séjour.

Parmi les objectifs de cette démarche : un accès aux soins « à la française » plus aisé, une obtention de visas pour motifs de santé facilitée, un accueil optimal dans les établissements pour les patients et leur famille, des services adaptés et des personnels spécialement formés.

Les patients qui ne disposeraient pas dans leurs pays de résidence de l’offre de soins que leur état de santé requiert pourront désormais trouver en France les traitements et prises en charge médicales les plus performants, en termes d’efficacité, de coûts et de qualité d’accueil. Les mille et un trésors des villes et terroirs français les attendent également."

Il y a donc deux hôpitaux publics, un dont les prestations sont mises en vente à l'attention d'une clientèle fortunée, l'autre pour les assuré-e-s sociaux-ales et les pauvres. La qualité des prestations n'est pas la même.

On fera le rapprochement avec l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiant-e-s étranger-ère-s et la marchandisation de l'enseignement supérieur.

 

Vous pouvez télécharger la brochure "Venir se soigner en France" ici (pdf, 1.4 MB).

 

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