Marseille, 8 décembre 2018 : réflexions

La répression qui s’est abattue non seulement sur la manifestation des gilets jaunes mais aussi aux environs, le 8 décembre 2018 à Marseille, telle que l’a documentée Mediapart, pose bien la question de la violence du gouvernement, mais aussi celle de son incompétence.

1- On assiste non seulement à la répression d'une manifestation, mais à des exactions policières à l'écart de celle-ci, commises par des unités errant sans apparemment que l'état-major sache vraiment où, et dont la violence s'exerce donc sur la population. Certes, on peut imaginer dans le dispositif de "maintien de l'ordre" (on peut s'interroger sur ce qu'il s'agissait de maintenir ce jour-là), face à des manifestant-e-s qui peuvent être mobiles, des patrouilles circulant à l'écart de la manifestation. Mais dans un contexte qualifié de "guerre" par des responsables du "maintien de l'ordre", on a plus l'impression d'unités chargées de faire régner la peur que de repérer un début de manif sauvage. Ce qui pose la question de savoir, dans cette "guerre", qui est l'ennemi, les manifestant-e-s ou la population en général.

2- On peut rétrospectivement considérer comme une erreur la fuite de De Gaulle à Baden-Baden le 29 mai 1968. Tout au moins y avait-il la grève générale, un mouvement étudiant qui pouvait prendre des tournures et des mots d'ordre insurrectionnels, un parti communiste puissant dans un contexte de guerre froide. On en est loin avec le mouvement des gilets jaunes. Et on peut s'interroger sur le décalage entre la panique qui semble saisir le sommet de l'État et un mouvement certes de fond mais ne mettant pas en péril les institutions. Certes, il peut y avoir une dimension d'hystérisation trumpienne du débat, de diversion permanente empêchant celui-ci de se faire sur des bases raisonnées - dans le même ordre d'idée, de manière récurrente, les mères portant le voile et accompagnant les sorties scolaires sont une menace pour les fondements de la République. Et cette stratégie n'est pas nécessairement sans succès puisque les élections européennes ont confirmé l'occupation par La République en Marche de l'espace politique de la droite traditionnelle. Mais ça ne suffit pas à faire une majorité, et on imagine mal que Macron ait pu bénéficier d'un raz-de-marée conservateur s'il avait dissout l'Assemblée nationale comme l'a fait De Gaulle en 1968. Et si on peut voir un certain nombre de constantes dans la politique macronienne - la préemption de l'espace politique de la droite, l'accroissement de la répression policière pour contenir l'impopularité assumée des réformes, la réduction des contre-pouvoirs - la question de l'incompétence en premier lieu du chef, Emmanuel Macron, se pose. Les signes s'en multiplient, les échecs lorsqu'il était ministre de l'économie (aéroport de Toulouse, Alsthom), le fiasco de sa politique européenne alors qu'il bénéficiait d'un fort a priori favorable, ses choix par rapport à son entourage (Benalla, Castaner à l'intérieur), un enfermement croissant dans l'exercice du pouvoir. Face à cette accumulation d'échec, la perte de sang-froid semble devenir une constante, que viendrait conjurer la désignation de menaces, de danger, d'ennemis - panique ou espoir que les peurs agitées par le pouvoir entreront en résonance avec celles de la population.

3- Même si on devine que l'utilisation qui est faite de la police est loin de faire l'unanimité en son sein, l'institution globalement fonctionne bien dans le rôle qui lui est donné, des consignes venant du sommet aux violences sur le terrain, en passant par les mécanismes usuels pour couvrir celles-ci. Il est peu probable que le dévouement à la personnes d'Emmanuel Macron ou à ses idées soit le ressort de ce bon fonctionnement. Peut-être un esprit de corps mobilisé par l'importance croissante que prend l'institution policière comme soutien d'un régime aux abois - ou se concevant tel et impopulaire en tout cas. Il serait intéressant de le comprendre pour savoir que faire avec cette institution en cas de retour à la démocratie.

 

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