Laissons-les entrer

La Turquie, 85 millions d’habitants, accueille 4 millions de réfugié-e-s, dont la majorité des personnes qui ont fui la Syrie en guerre. Elle ne souhaite plus le faire. L’Union européenne, 450 millions d’habitants, doit prendre la relève et les accueillir. C’est la seule décision qui vaille.

Rapporté à leurs populations, quand la Turquie accueille 4 millions de réfugié-e-s, c'est comme si l'Union européenne en accueillait 21 millions. Jusqu'ici, l'Union européenne a payé la Turquie pour qu'elle les maintiennent à distance de sa frontière. Aujourd'hui s'y ajoutent plus d'un million de réfugié-e-s de région d'Idlib, bloqué-e-s à la frontière turque.

La Turquie a mis en crise ce système de mise à distance. Qu'à cela ne tienne. Si elle a su pendant des années accueillir ces réfugié-e-s, l'Union européenne, plus riche et plus peuplée, peut le faire à son tour.

Un peu plus au sud, le petit Liban accueille 1,5 million de réfugié-e-s, ce qui représente selon les estimations entre le quart et le tiers de sa population. Selon la même proportion, c'est comme si l'Union européenne accueillait entre 110 et 150 millions de personnes. Le Liban connaît depuis l'automne une crise économique doublée d'une crise politique dont on ne sait pas où elles vont le mener. La possibilité pour ce pays d'accueillir autant de réfugié-e-s est ainsi mise en question.

C'est donc de l'accueil de plusieurs millions de personnes qu'il s'agit. Accueil dans des délais courts cette fois-ci. Capacité d'accueil à organiser dans le temps, pour que l'Union européenne tienne un rôle proportionnel à sa richesse et à sa population, par rapport aux situations d'exil causées par les crises du monde. C'est la parole de vérité qu'on est en droit d'attendre de la part des forces politiques qui n'ont pas cédé à la xénophobie ambiante. Il ne suffit pas de s'offusquer, même légitimement, d'une situation de violence à la frontière grecque qui nous offense la conscience. Il s'agit d'assumer une politique qui ne suppose pas cette violence. Assumer pour construire l'adhésion. Et assumer pour le faire.

 

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